Julian Assange extradé vers la Suède : le début de la fin pour WikiLeaks ?

Le fondateur du site WikiLeaks, Julian Assange, lors de son arrivée à la Haute Cour de Londres (Royaume-Uni), mercredi 2 novembre 2011.
Le fondateur du site WikiLeaks, Julian Assange, lors de son arrivée à la Haute Cour de Londres (Royaume-Uni), mercredi 2 novembre 2011. (LEON NEAL / AFP)

La justice britannique a autorisé en appel l'extradition vers la Suède du fondateur de WikiLeaks Julian Assange, où il est accusé d'aggression sexuelle. Un coup dur pour le site internet déjà en proie à de gros problèmes de financement.

"Nous arrêter ? Pour cela, il faudrait que vous fermiez internet !", défiait Julian Assange en décembre 2010. 

Presqu'un an plus tard, mercredi 2 novembre, la justice britannique a autorisé en appel l'extradition vers la Suède du fondateur du site de révélations de documents confidentiels WikiLeaks, poursuivi par la justice suédoise pour agression sexuelle et viol.

Cette décision va encore affaiblir l'organisation, en proie à de gros problèmes de financement. Serait-ce la fin du site le plus controversé de l'ère du numérique ? Retour sur les attaques destinés à faire taire le site "donneur d'alerte."

Reuters

Les attaques judiciaires

Mercredi, les journalistes se sont massés devant le tribunal de Londres pour assister à l'arrivée de Julian Assange, 40 ans. Arrêté l'an dernier au Royaume-Uni et placé sous contrôle judiciaire, il vit depuis dans un manoir de l'est du pays.

Julian Assange est accusé par deux Suédoises d'avoir eu des relations non protégées contre leur gré, ce que la justice suédoise nomme "sexe par surprise". En février dernier, la justice britannique avait déjà autorisé cette extradition, mais les avocats du patron de WikiLeaks avaient fait appel de la décision.

Pour ces derniers, comme pour de nombreux défenseurs du controversé site WikiLeaks, cette procédure constitue une machination politique destinée à faire taire cet homme responsable d'avoir rendu public de nombreuses informations confidentielles sur la politique internationale, notamment concernant la guerre en Irak.

L'Australien peut encore contester la décision de la Haute Cour de Londres devant la Cour suprême. Mais sa requête ne doit porter que sur la forme. Ses avocats craignent qu'une fois extradé en Suède, leur client soit transféré vers les Etats-Unis avec l'accord de la Grande-Bretagne, et jugé pour divulgation de secrets d'Etat

Les attaques financières 

Assange, qui confiait à Paris Match devoir "publier ou périr" en décembre 2010, a été contraint de suspendre les activités du site le 24 octobre, pour raison financière. "Cinq grandes institutions financières – VISA, Mastercard, Paypal, Western Union et la Bank of America – ont essayé d'étrangler économiquement WikiLeaks, lit-on sur la page d'accueil. L'attaque a bloqué plus de 95 % de nos dons, nous coûtant des dizaines de millions de dollars en manque à gagner."

Selon Assange, les dons sont passés de plus de 100 000 dollars par mois (72 000 euros), avant la décision de Visa et de MasterCard, à 6 000 ou 7 000 dollars actuellement.

"Si WikiLeaks ne trouve pas un moyen de lever ce blocage, nous ne pourrons simplement plus continuer d'ici à la nouvelle année", a fini par reconnaître Assange. Tout juste les fonds de l'organisation permettraient-ils d'assumer les frais juridiques du cofondateur et porte-parole principal depuis 2007.

Très remonté contre les banques et le système bancaire, il avait déjà fait une apparition le 15 octobre auprès des manifestants d'Occupy London. 

Les attaques médiatiques

Après l'engouement et la polémique suscités par la publication des câbles de l'armée américaine en Irak et en Afghanistan, en collaboration avec de prestigieux journaux à travers le monde tels que le quotidien anglais The Guardian, Le Monde ou l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, les journalistes ont pris leur distance avec l'association. 

En septembre, la publication d’une version non expurgée de dépêches diplomatiques américaines par WikiLeaks a signé le pourrissement des relations entre le site et les médias traditionnels. En raison d'une "brèche de sécurité maximale", Assange décide de publier les documents au plus vite, sans en ôter les noms et indications de lieux, susceptibles de mettre en danger les personnes concernées. 

Mais l'Australien se défend et accuse notamment The Guardian d'avoir, par "négligence", publié un mot de passe donnant accès à l'intégralité de ces informations. Les tensions entre Assange et les rédactions du Guardian et du New York Times, qui le considèrent davantage comme une source que comme un partenaire (lien en anglais), se détériorent et nuisent au rayonnement médiatique d'Assange. 

Un procès sur le dos, des finances au plus mal et le désavœu de grands médias… Si aucune des attaques à l'encontre de Julian Assange n'a réussi à stopper l'action de WikiLeaks, l'addition de ces derniers rebondissements pourrait causer la fin du site qui voulait révolutionner l'information.

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