Royaume-Uni : les quatre enseignements des législatives, après la victoire écrasante de Boris Johnson

Le Premier ministre Boris Johnson célèbre sa victoire aux élections législatives, le 13 décembre 2019 à Londres (Royaume-Uni).
Le Premier ministre Boris Johnson célèbre sa victoire aux élections législatives, le 13 décembre 2019 à Londres (Royaume-Uni). (DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP)

Le Premier ministre conservateur se voit conforté dans les urnes. Il a obtenu, à l'issue du scrutin de jeudi, une large majorité qui va lui permettre, selon lui, de mettre en œuvre la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne d'ici au 31 janvier.

La victoire est nette. Les résultats des élections législatives britanniques anticipées, publiés dans la matinée du vendredi 13 décembre, ont confirmé les premières estimations. Les conservateurs du Premier ministre Boris Johnson vont pouvoir s'appuyer sur une majorité écrasante et ainsi mettre en œuvre le Brexit.

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A gauche, l'opposition travailliste s'effondre, ce qui acte l'échec de la stratégie de Jeremy Corbyn. Les nationalistes écossais du SNP se renforcent et en profitent pour demander un second référendum sur l'indépendance de l'Ecosse. Voici ce qu'il faut retenir de ces résultats.

Un mandat pour le Brexit

Le Brexit sera réalisé "à temps" le 31 janvier, a promis Boris Johnson après son succès. Le Premier ministre s'appuie sur sa victoire aux législatives, les conservateurs ayant obtenu une majorité écrasante au Parlement britannique. Il faut remonter à Margaret Thatcher pour trouver une victoire comparable des conservateurs. Après dépouillement dans 647 circonscriptions sur 650, le parti de Boris Johnson avait raflé 362 sièges à la Chambre des communes (contre 317 remportés en 2017). Les Tories ont désormais les coudées franches pour mettre en œuvre le Brexit, approuvé à 52% par les Britanniques en 2016.

Le Premier ministre britannique, Boris Johnson, après sa victoire aux élections législatives, le 13 décembre 2019 à Londres (Royaume-Uni).
Le Premier ministre britannique, Boris Johnson, après sa victoire aux élections législatives, le 13 décembre 2019 à Londres (Royaume-Uni). (DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP)
Ce "nouveau mandat fort (...) donne à ce nouveau gouvernement l'occasion de respecter la volonté démocratique du peuple britannique", a souligné Boris Johnson. Il a évoqué un "tremblement de terre" qui redessine le paysage politique britannique, au profit des conservateurs. Les résultats montrent, selon lui, la "décision irréfutable, irrésistible et incontestable" des Britanniques de sortir de l'Union européenne. "Désormais, avec cette majorité écrasante, Boris Johnson va pouvoir faire ratifier son accord" sur le Brexit, estime sur franceinfo Patrick Martin-Genier, enseignant à Sciences Po et à l'Inalco, spécialiste des questions européennes.

Je vais mettre fin à ces absurdités et nous allons le réaliser à temps d'ici au 31 janvier.Boris Johnsondevant ses partisans

Les places boursières européennes ont démarré vendredi en hausse, galvanisées par la victoire des conservateurs aux élections britanniques, qui devrait permettre de trancher une bonne fois pour toutes la question du Brexit. "Pour les marchés et les entreprises, c'est le résultat parfait, une claire majorité pour les conservateurs, le risque Corbyn écarté, une nette réduction des incertitudes autour du Brexit et même un budget rapide pour soutenir l'économie", résume Neil Wilson, analyste chez Markets.com.

Un effondrement du Labour

Ce scrutin est une claque pour le Labour. Les travaillistes remportent entre 201 et 203 sièges, selon les résultats partiels, soit une quarantaine de sièges en moins par rapport à l'Assemblée sortante. Ils ont perdu des circonscriptions ouvrières détenues depuis des décennies par la gauche, à l'image de certains fiefs symboliques, comme la ville de Workington. 

"Je ne conduirai pas le parti lors d'une quelconque élection", a annoncé Jeremy Corbyn, le chef de l'opposition, depuis sa circonscription d'Islington, dans le nord de Londres, où il a remporté à 70 ans un 10e mandat. Sa défaite historique laisse le Labour face au choix radical de maintenir sa ligne gauchisante, qui a attiré de nombreux jeunes dans ses rangs, ou de revenir à la social-démocratie triomphante des années Tony Blair.

Le leader du Parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn, à Islington, dans le nord de Londres (Royaume-Uni), le 13 décembre 2019.
Le leader du Parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn, à Islington, dans le nord de Londres (Royaume-Uni), le 13 décembre 2019. (ISABEL INFANTES / AFP)

Le chef du parti travailliste britannique Jeremy Corbyn s'est dit vendredi "très déçu" du résultat des élections législatives. Humilié dans les urnes, il se trouve ainsi poussé à la démission. Il a ajouté qu'il souhaitait voir son parti entamer une "réflexion sur le résultat du scrutin et sa future politique". Eurosceptique dans un parti dont les députés sont majoritairement europhiles, Jeremy Corbyn avait choisi d'entretenir l'ambiguïté sur la question du Brexit.

Une déception pour le Parti libéral démocrate

Pour les Britanniques pro-UE, l'espoir d'empêcher le Brexit s'est évanoui avec la défaite du Labour et l'échec des Libéraux-démocrates. Ces derniers, qui ont tout misé sur la promesse de stopper purement et simplement le Brexit, vont devoir se contenter de seulement 11 à 13 sièges, selon les dernières projections. Ils ont échoué à séduire les europhiles des camps conservateur et travailliste. Le Parti libéral démocrate était pourtant arrivé à la deuxième place aux élections européennes de mai dernier, obtenant 20,3% des voix, derrière l'europhobe Parti du Brexit. 

La chef de file des Lib Dems, Jo Swinson, s\'exprime après avoir perdu dans la circonscription d\'East Dunbartonshire, au nord de Glasgow (Ecosse), le 13 décembre 2019.
La chef de file des Lib Dems, Jo Swinson, s'exprime après avoir perdu dans la circonscription d'East Dunbartonshire, au nord de Glasgow (Ecosse), le 13 décembre 2019. (PAUL ELLIS / AFP)

Il s'agit d'un camouflet pour la dirigeante Jo Swinson, élue depuis à peine cinq mois à la tête des Lib Dems, qui avait commencé la campagne en affirmant qu'elle pourrait être le prochain Premier ministre. Cette mère de famille de 39 ans a même été battue dans la circonscription de East Dunbartonshire, dans l'ouest de l'Ecosse, par le candidat indépendantiste écossais du SNP. Elle a par conséquent annoncé qu'elle quittait la tête du parti, rapporte The Guardian

Un espoir pour les indépendantistes écossais

A gauche, les nationalistes écossais du SNP ont, pour leur part, progressé d'au moins 20 à 46 sièges, selon les résultats partiels. Le parti a ainsi raflé la très grande majorité des 59 sièges dévolus à l'Ecosse.

La Première ministre et chef de file des indépendantistes écossais, Nicola Sturgeon, célèbre la victoire de son parti aux législatives, le 13 décembre 2019 à Glasgow (Ecosse).
La Première ministre et chef de file des indépendantistes écossais, Nicola Sturgeon, célèbre la victoire de son parti aux législatives, le 13 décembre 2019 à Glasgow (Ecosse). (ANDY BUCHANAN / AFP)
Ils comptent s'appuyer sur ce résultat pour demander un second référendum sur l'indépendance de l'Ecosse, dont les habitants restent majoritairement hostiles au Brexit. Il va encore falloir convaincre Boris Johnson, qui demeure fermement opposé à une telle consultation.

Il y a maintenant un mandat en vue d'offrir au peuple écossais le choix de son propre avenir.Nicola Sturgeon, Première ministre écossaiseà Sky News

La Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, a déclaré qu'elle avait remporté "un mandat renouvelé, rafraîchi et renforcé" pour appeler à un nouveau vote d'indépendance, détaille The Guardian. "Boris Johnson a peut-être reçu un mandat pour faire sortir l'Angleterre de l'Union européenne. Il n'a absolument pas le mandat de faire sortir l'Ecosse de l'Union européenne. L'Ecosse doit avoir le choix de son propre avenir", a-t-elle déclaré sur la chaîne de télévision Sky News.

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