Royaume-Uni : ce que l'on sait du meurtre de la députée britannique pro-européenne

Un enquêteur sur la scène du crime de la députée Jo Cox, jeudi 16 juin 2016, à Birstall (Royaume-Uni). 
Un enquêteur sur la scène du crime de la députée Jo Cox, jeudi 16 juin 2016, à Birstall (Royaume-Uni).  (PHIL NOBLE / REUTERS)

Jo Cox, une députée travailliste de 41 ans, a été tuée jeudi par balles. Un meurtre qui a aussitôt entraîné la suspension de la campagne pour le référendum sur la place du Royaume-Uni dans l'Union européenne, prévu dans une semaine. 

A une semaine du référendum sur l'avenir du Royaume-Uni au sein de l'Union européenne, le pays sous le choc. Jo Cox, une députée travailliste pro-UE de 41 ans, est morte des suites de ses blessures, quelques heures après avoir été la cible de coups de feu jeudi à Birstall (nord de l'Angleterre). Voici ce que l'on sait de cette attaque et de ses conséquences. 

Que s'est-il passé ?

Le mobile du crime reste incertain et les circonstances précises restent à déterminer. L'attaque s'est produite à proximité de la bibliothèque municipale de Birstall, un village où la députée avait pour habitude de rencontrer régulièrement ses administrés. La police indique avoir été alertée à 13h53 (heure de Paris).

Un témoin cité par l'agence Press Association rapporte que Jo Cox a été agressée par un homme portant une casquette de baseball blanche en possession d'une arme de poing dissimulée dans son sac. L'homme et la députée se seraient battus avant qu'il ne lui tire dessus, a rapporté ce témoin, évoquant également un autre homme qui aurait tenté de s'interposer. Un second témoin, cité par la BBC (en anglais), fait état de trois tirs, dont un au niveau de la tête, et affirme que la députée a été aussi poignardée.

L'agresseur aurait crié "Britain first", soit "Le Royaume-Uni d'abord", selon plusieurs médias britanniques. Le parti "Britain First", créé par d'anciens membres du parti d'extrême droite Ligue de défense anglaise (English Defense League), a affirmé ne pas être impliqué dans cette attaque.

Un homme de 77 ans a également été blessé, mais ses jours ne sont pas en danger.

Que sait-on du suspect ?

Un homme de 52 ans, identifié par les médias comme s'appelant Tommy Mair, a été rapidement interpellé à proximité du lieu où Jo Cox a été attaquée. Sans indiquer s'il s'agissait du meurtrier présumé, la police a déclaré ne rechercher, "à ce stade", aucune autre personne en lien avec l'agression, et évoqué un "incident isolé". Voici les images de son arrestation.

Des armes, et notamment une "arme à feu", ont été retrouvées sur place. Des habitants de Birstall ont décrit l'individu comme un homme "calme", "solitaire" et s'occupant de jardinage, rapporte l'agence PA, tandis que le Yorkshire Post (en anglais) a publié une photo le montrant vêtu d'une veste treillis et d'une casquette blanche.

Qui était la députée attaquée ? 

Jo Cox était députée travailliste pro-européenne de la circonscription de Batley et Spen (West Yorkshire). Diplômée de l'université de Cambridge, elle avait été élue lors des dernières élections législatives de 2015. Mère de deux jeunes enfants, elle avait occupé différents postes dans des organisations internationales, dont Oxfam, travaillant en Europe, aux Etats-Unis et dans des zones de conflits dans le monde entier.

Jo Cox, après son élection, le 12 mai 2015. 
Jo Cox, après son élection, le 12 mai 2015.  (REUTERS)

Ardente militante pour les droits des femmes, elle avait fait partie du réseau Labour Women's Network, encourageant l'entrée des femmes dans la vie publique. Au Parlement, elle faisait partie de la commission sur la gouvernance locale, mais aussi du groupe des amis de la Syrie, et participait à des travaux sur les Territoires palestiniens ou le Pakistan. Elle s'était prononcée en faveur de l'accueil de réfugiés et menait campagne pour que la Grande-Bretagne reste au sein de l'UE. 

Jo Cox partageait son temps entre son bateau sur la Tamise et sa maison dans sa circonscription. Elle était considérée comme une "étoile montante" du parti travailliste.

Elle aurait voulu nous "unir pour lutter contre la haine qui l'a tuée", a réagi son mari Brendan Cox après l'annonce du décès de sa femme. "Jo n'aurait pas eu de regrets à propos de sa vie. Elle a vécu chaque jour pleinement", a-t-il ajouté dans un communiqué. 

Quelles sont les réactions ?

Personnalités politiques et anonymes ont rapidemment exprimé leur horreur sur les réseaux sociaux devant ce drame. "La famille du Labour et l'ensemble du pays sont sous le choc et éprouvent de la tristesse après le meurtre horrible de Jo Cox", a réagi sur Twitter le chef du Parti travailliste Jeremy Corbyn. 

"La mort de Jo Cox est une tragédie. Elle était une députée engagée et bienveillante. Mes pensées vont à son mari Brendan et à ses deux jeunes enfants", a également commenté sur Twitter, David Cameron. En déplacement à Gibraltar, le Premier ministre britannique a salué dans un discours une femme "au grand cœur" qui a "un bilan impressionnant en matière d'aide aux réfugiés".

Après l'annonce de cette agression, le camp militant pour le maintien du Royaume-Uni dans l'UE a annoncé la suspension de sa campagne pour la journée. L'ancien maire de Londres et chef de file du camp pro-Brexit (sortie de l'UE), Boris Johnson, a également annoncé qu'il cessait de faire campagne pour la journée. 

Nombre de responsables européens parmi lesquels les Premiers ministres belge, luxembourgeois, danois et finlandais ont présenté leurs condoléances. "A travers elle, notre idéal démocratique a été visé. Ne jamais l’accepter !", écrit Manuel Valls. John Kerry, secrétaire d'État américain a, quant à lui, dénoncé "une attaque contre tous ceux pour qui la démocratie importe et qui ont foi en elle."  

Au Luxembourg, l'Eurogroupe réunissant les ministres des Finances européens a marqué une minute de silence en hommage à la députée. Des veillées sont prévues pour lui rendre hommage, jeudi, soir à Londres et à Birstall. 

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