Le Royaume-Uni dans l'impasse du Brexit : "C'est une des plus grandes erreurs politiques depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale"

Le spécialiste des questions européennes, Christian Lequesne, professeur à Sciences Po, réagissait mercredi au rejet massif par les députés britanniques du projet d'accord de Theresa May avec l'Union européenne.

"De mon point de vue, c'est une des plus grandes erreurs politiques depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale", a déclaré mercredi 16 janvier sur franceinfo Christian Lequesne, professeur à Sciences Po, à propos du Brexit. Le spécialiste des questions européennes réagissait à la suite du rejet massif par les députés britanniques du projet d'accord de Theresa May avec l'Union européenne. Ce vote, 432 voix contre, 202 voix pour, plonge le Royaume-Uni dans l'impasse du Brexit qui doit être acté le 29 mars prochain.

franceinfo : La débâcle de la Première ministre britannique Theresa May est claire ce mercredi matin, il n'y a pas débat sur l'ampleur de sa défaite ?

C'est un vote humiliant. On s'attendait à ce que le vote soit négatif mais pas avec cette ampleur. C'est tout de même 118 députés de son parti - le parti conservateur - qui ont voté contre l'accord. Cette différence de 230 voix est assez historique pour un grand vote comme celui-ci dans l'histoire du parlementarisme britannique. Il faut remonter à 1924 pour avoir un autre exemple, mais la différence n'était que de 166 voix. Là, 230 voix c'est vraiment très important.

Est-ce que ça veut dire que quoi qu'il arrive il n'y aura pas d'accord ? Que même si l'UE accepte quelques aménagements, l'écart est tellement grand qu'on n'arrivera pas à se mettre d'accord ?

Ce n'est pas sûr et Mme May veut absolument qu'il y ait un accord. Elle a trois jours pour retourner devant la Chambre et vraisemblablement qu'elle présentera un nouvel accord. Le problème c'est : 'Que peut-elle négocier sur le fond ?' Pas grand-chose, mais elle peut avoir de nouvelles garanties symboliques sous la forme de lettres ou de déclarations politiques. Je ne pense pas que ça suffise [à convaincre plusieurs centaines de députés]. Ce mercredi il va d'abord y avoir un vote de confiance [concernant la motion de censure] mais elle risque d'avoir la confiance car [...] il y a une très grande peur chez les conservateurs, c'est que cela profite à Jeremy Corbyn, le chef du parti travailliste. Cela terrorise les conservateurs.

S'il n'y a pas d'accord le 29 mars prochain, jour du Brexit, qui va le payer le plus cher ? Nous ou les Britanniques ?

Les Britanniques, sans aucun doute. Nous, l'Union européenne, nous n'avons pas tellement de choses en jeu. Ce sont surtout les Britanniques. C'est une erreur politique énorme, de mon point de vue, une des plus grandes erreurs politiques depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale dont les conséquences seront payées d'abord par les Britanniques. Pour eux, les conséquences économiques seront massives, il ne faut pas oublier qu'ils font encore plus de 40% de leur commerce avec des pays de l'UE. [Concernant la difficulté pour les pays membres de sortir de l'UE] : Ça explique pourquoi la plupart des partis populistes européens qui avaient mis à l'agenda la sortie éventuelle de l'UE sont en train de revenir. En France, Marine Le Pen ne parle absolument plus de de sortie de l'UE, voire de sortie de l'euro, parce qu'elle s'est rendue compte que c'était extrêmement compliqué.

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