L'article à lire pour comprendre les élections législatives anticipées au Royaume-Uni

La Première ministre britannique, Theresa May, et son rival travailliste, Jeremy Corbyn.
La Première ministre britannique, Theresa May, et son rival travailliste, Jeremy Corbyn. (AFP)

Ces "General elections" anticipées ont été annoncées en avril, contre toute attente, par la Première ministre conservatrice, Theresa May. Le scrutin, dont l'issue est finalement plus serrée qu'annoncé, risque d'avoir d'importantes conséquences sur le Brexit.

Un an après avoir décidé, par référendum, de sortir de l'Union européenne, les électeurs du Royaume-Uni se rendent aux urnes, jeudi 8 juin, dans le cadre d'élections générales anticipées. S'il vaut mieux ne pas avoir une confiance aveugle envers les instituts de sondage britanniques, qui n'avaient pas vu venir la victoire du camp du "Leave" en 2016, force est de constater que le combat est acharné et les enjeux bien supérieurs à la seule politique intérieure, notammant en raison des attaques meurtrières perpétrés à Manchester, puis à Londres.

>> DIRECT. Suivez la journée du vote avec nos envoyés spéciaux

Revenue de très loin, le Labour (parti travailliste) de Jeremy Corbyn rêvent de priver Theresa May et le parti Tory (les conservateurs) d'une majorité absolue à la Chambre des communes. Franceinfo vous explique tout ce qu'il faut savoir sur ce scrutin qui risque de peser sur le Brexit.

Comment ça marche les élections législatives au Royaume-Uni ?

De l'autre côté de la Manche, les législatives s'appellent "élections générales", mais le principe n'est pas si éloigné du système français : élire les députés qui composent la Chambre des communes, la chambre basse du Parlement, l'équivalent de l'Assemblée nationale (à ne pas confondre avec la chambre des Lords, l'équivalent du Sénat, où ses membres, nommés à vie, exercent un pouvoir limité).

Jeudi, les Britanniques doivent donc élire 650 députés pour autant de circonscriptions à travers le Royaume-Uni. Parmi eux : 59 sont écossais, 40 sont gallois et 18 sont nord-irlandais. Tous sont élus au suffrage universel direct au cours d'un scrutin uninominal majoritaire à un tour. Bref, celui qui obtient le plus de voix l'emporte et siège à Westminster pour cinq ans.

Mais leur mandat peut être plus court quand le ou la chef(fe) du gouvernement convoque des élections anticipées, comme cela a été le cas, mardi 18 avril. Ainsi, en 2017, les Britanniques se prononcent pour renouveler la chambre basse seulement deux ans après le précédent scrutin. Car, entre-temps, quelque chose a chamboulé le paysage politique : le Brexit. 

Quelle est la couleur politique de la Chambre des communes aujourd'hui ?

Dans un mobilier boisé très classieux, les fauteuils des députés sont recouverts d'un cuir vert qui rappelle la couleur du sol. Politiquement, en revanche, la chambre est dominée par le bleu. Depuis les élections de 2010, les conservateurs (les Tories) arrivent en tête des législatives au Royaume-Uni. Grâce à une coalition avec les libéraux-démocrates (Lib-Dem pour les intimes), une formation de centre-droit, ils obtiennent à l'époque la majorité et portent David Cameron au poste de Premier ministre. Ce n'est qu'en 2015 que le parti parvient à obtenir à lui tout seul la majorité absolue, soit plus de 326 sièges. Logiquement, le Tory David Cameron reste donc au 10, Downing Street.

Actuellement, les conservateurs disposent de 330 sièges, contre 232 pour les travaillistes du Labour, le principal parti d'opposition. En troisième position arrive le SNP, le parti nationaliste écossais, avec 56 députés, tandis que le Lib-Dem ne bénéficie plus que de huit sièges. Les sièges restants se répartissent entre plusieurs petites formations dont aucune ne dépasse les quatre représentants. 

Pourquoi Theresa May a-t-elle convoqué des élections anticipées ?

En convoquant ces élections anticipées trois ans avant la date prévue, Theresa May espère renforcer sa majorité en vue des négociations sur la sortie du pays avec l'Union européenne. Une légitimité nécessaire pour cette figure aguerrie du Parti conservateur, arrivée au 10, Downing Street presque par accident après le départ de son prédécesseur, David Cameron, qui avait mis sa démission dans la balance en cas de victoire du "Leave".

Or, elle sera bien plus à l'aise pour négocier avec ces futurs ex-partenaires européens si elle bénéficie du soutien des urnes et d'une majorité solide dans son propre pays. Ainsi, après avoir longtemps exclu d'organiser un tel scrutin, Theresa May surprend les Britanniques en affirmant que "la tenue d’élections [était] l'unique moyen d'assurer la stabilité pour les années à venir".

Stratège, elle veut profiter de l'état de délabrement post-Brexit du Labour pour rafler un maximum de sièges. D'autant qu'au moment de son annonce, les sondages créditent la droite de 46% des intentions de vote contre 25% pour la gauche. Tous les observateurs s'attendent à "un raz-de-marée conservateur", voire "la fin du parti travailliste", s'alarme The Guardian (traduit par Courrier international). Pour son camp, l'occasion est trop belle. 

Donc l'élection est pliée c'est ça ? 

Loin de là. Après avoir caracolé en tête des sondages, le Parti conservateur a perdu du terrain. Beaucoup de terrain. En quelques semaines, son avance fond de 20 points à environ 10 points en moyenne. Le 30 mai, pour la première fois, un sondage YouGov publié dans le quotidien The Times (en anglais), indique que les Tories pourraient perdre la majorité absolue à la Chambre des communes. 

Selon cette étude, le Parti conservateur pourrait perdre 20 sièges sur les 330 qu'il détient et le parti travailliste en gagner près de 30. Ce qui serait un revers de taille pour Theresa May alors que tous les observateurs voyaient le Labour au fond du gouffre, en proie aux querelles internes et abattu par ses échecs électoraux. 

Dans le plus extrême des cas, une victoire de l'opposition, Theresa May serait contrainte de quitter son poste de Premier ministre pour laisser la place au représentant du parti devenu majoritaire. En vertu de ce scénario, ce serait sans doute à Jeremy Corbyn, le chef du Labour, de mener les négociations du Brexit. Enfin, reste le scénario de la victoire d'une coalition Labour-Lib-Dem et SNP, qui rejetterait également les Tories dans l'opposition. 

Comment le Labour a-t-il réussi à revenir au premier plan ?

Au Royaume-Uni, les observateurs politiques estiment souvent qu'en terme d'élection "la campagne ne sert à rien". En d'autres termes, les discours et rebondissements qui précèdent le vote ne suffisent jamais pour influer le choix des électeurs. Mais cette fois, la réalité pourrait bien leur donner tort, estime un journaliste du Guardian. Car "dans cette campagne, [Theresa May] a anéanti son image de dirigeante forte", écrit-il. Par ailleurs, son parti n'est pas parvenu à faire valoir sa politique. La présentation du programme des Tories s'est même soldée par une polémique, désastreuse en termes d'image, sur un projet controversé de réforme des aides sociales aux personnes âgées, rebaptisé "Dementia tax" (taxe sur la démence).

A l'inverse, le leader du Labour, Jeremy Corbyn, a su se montrer convaincant lors de ses interventions médiatiques. Le manifeste politique publié par son parti dans le cadre de cette campagne express a même permis aux travaillistes de parler du fond. Ils proposent notamment quelques réformes populaires auprès de l'opinion publique, comme la gratuité de l'enseignement ou la renationalisation des voies ferrées. En orientant la discussion sur le terrain social, le chef de file du Labour est parvenu à revenir dans la course. 

Enfin, les attentats de Manchester et de Londres semblent avoir entamé la confiance des Britanniques dans le Parti conservateur. Si la sécurité reste le point faible de Jeremy Corbyn, l'attaque apparaît comme un constat d'échec de la politique menée par Theresa May en tant que Première ministre d'autant qu'elle était en charge du ministère de l'Intérieur avant de devenir numéro un.

FRANCE 2

Mais ils ne sont pas censés débattre du Brexit ?

Bien sûr, la question du Brexit est omniprésente dans cette campagne. D'ailleurs, Theresa May et Jeremy Corbyn étaient, à l'origine, tous deux opposés à la sortie du Royaume-Uni de l'UE et tous les deux s'engagent à mener à bien ce projet inévitable, réclamé par référendum.

Différence notable : la conservatrice a changé de position en cours de route, pour se ranger du côté des pro-Brexit pendant la campagne. Un "revirement" qu'elle a désormais du mal à défendre. Et pour cause, comment expliquer avoir fait campagne pour le maintien dans l'Union européenne, avant de défendre l'option inverse, tout en se présentant comme le garant de la stabilité ? Des sondages menés à la fin mai indiquent que les Britanniques font toutefois davantage confiance aux Tories pour mener à bien les négociations (39%, contre 17% pour le Labour).

Qu'est-ce que les élections peuvent changer au Brexit ? 

Le Lib-Dem, parti très europhile, ainsi que les Verts, promettent un nouveau référendum sur le Brexit en cas de victoire. Mais, à moins que les élections ne se déroulent dans un épisode de la série culte britannique de science-fiction Doctor Who, ces deux partis n'ont aucune chance de décrocher une majorité absolue à la Chambre des communes.

Puisque le Brexit est acté (et l'article 50 enclenché), le débat porte sur la façon dont il convient de défendre les intérêts des Britanniques dans les négociations qui s'ouvrent en vue de cette sortie programmée de l'UE. Ainsi, lors d'une émission télévisée datée du 29 mai, Theresa May a défendu des négociations qui laissent peu de place au compromis, répétant que, selon elle, "pas d'accord [avec les autres pays de l'UE] est meilleur qu'un mauvais accord." "Il faut se préparer à quitter la table [des négociations]."

A l'inverse, Jeremy Corbyn a, lui, assuré qu'il ferait en sorte qu'il y ait un accord avec l'UE. Acceptant le "verdict du peuple", il a promis d'être "aussi coriace qu'il le faudra" lors des négociations. Selon lui, Theresa May souhaite engager un rapport de force avec Bruxelles susceptible de coûter cher au Royaume-Uni. Bref, lui veut une coopération avec l'UE, quand elle préfère une rupture nette. Pour le détail concernant la position à adopter sur la circulation des biens et des personnes, les échanges commerciaux ou encore l'immigration, il faudra repasser. Aucun des candidats ne se risquent à évoquer l'aspect concret des négociations à venir. 

J'ai eu la flemme de lire l'article en entier, vous pouvez me faire un résumé ;) ?

Jeudi 8 juin, les Britanniques voteront pour élire leurs députés. Annoncées en avril à la surprise générale par la Première ministre, Theresa May, ces élections anticipées étaient censées conforter le Parti conservateur, au pouvoir, pour mener à bien les négociations qui s'ouvrent sur le Brexit. 

Mais alors que ce scrutin s'annonçait comme une formalité pour les conservateurs, le débat s'est orienté sur des questions sociales et de sécurité. Des thématiques qui ont permis au principal parti d'opposition, les travaillistes, de réduire petit à petit l'écart. Or, si Theresa May échoue à décrocher une majorité solide à la Chambre des communes, elle sera en difficulté pour imposer sa ligne : celle de négociations très fermes avec les Européens, quitte à faire échouer un accord qui ne lui conviendrait pas. Un changement de majorité serait un séisme dans la vie politique britannique. Mais il semblerait que nos voisins d'outre-Manche commencent à en avoir l'habitude. 

Vous êtes à nouveau en ligne