Brexit : trois questions sur l'annonce de la démission de Theresa May

La Première ministre britannique, Theresa May, avant l\'annonce de sa démission, à Londres, le 24 mai 2019.
La Première ministre britannique, Theresa May, avant l'annonce de sa démission, à Londres, le 24 mai 2019. (SIMON DAWSON / REUTERS)

La Première ministre britannique a déclaré, vendredi 24 mai, qu'elle quitterait Downing Street le 7 juin. Elle gérera ensuite les affaires courantes en attendant la désignation de son successeur.

Le Brexit a eu raison d'elle. La Première ministre britannique, Theresa May, a annoncé, vendredi 24 mai, qu'elle démissionnait de ses fonctions de dirigeante du Parti conservateur, et donc de cheffe du gouvernement, à compter du 7 juin. Elle reste à son poste de Première ministre pour gérer les affaires courantes, le temps de désigner son successeur. Franceinfo répond à trois questions sur les conséquences de cette annonce.

1Pourquoi Theresa May a-t-elle démissionné ?

Arrivée au pouvoir en juillet 2016 après la démission de David Cameron, Theresa May a vu son mandat fragilisé par trois échecs successifs à faire ratifier l'accord sur le Brexit qu'elle avait négocié avec l'Union européenne. Depuis janvier, elle peinait à trouver un compromis qui pourrait convaincre une majorité de députés. La Première ministre s'était donc engagée à quitter ses fonctions si les parlementaires approuvaient l'accord de retrait. 

Mardi 21 mai, elle a abattu sa dernière carte en présentant un "nouvel" accord censé créer le consensus. Elle a notamment offert au Parlement la possibilité d'organiser un nouveau référendum sur le Brexit et de se prononcer sur un maintien temporaire du Royaume-Uni dans l'Union douanière européenne. Cette tentative de séduire les europhiles a toutefois été critiquée tant par les travaillistes que par les pro-Brexit au sein de son propre parti. Plusieurs conservateurs ont appelé la Première ministre à quitter Downing Street, mercredi. La ministre des Relations avec le Parlement, Andrea Leadsom, a même remis sa démission, en affirmant "ne plus croire" que le gouvernement puisse réaliser le Brexit.

Theresa May a finalement renoncé, jeudi, à faire voter l'accord sur la sortie de l'Union européenne la semaine du 3 juin, comme elle l'avait prévu. Mais cette annonce n'a pas suffi à apaiser son camp. Le "comité 1922", responsable de l'organisation des Tories, s'est réuni jeudi pour discuter d'un éventuel changement de règles pour évincer la Première ministre, déjà sommée la semaine précédente par cette instance de préparer son départ. Après un entretien avec le président de ce comité, vendredi, Theresa May a finalement annoncé sa démission.

2Quand connaîtra-t-on son successeur ?

Selon le Parti conservateur, le prochain chef du gouvernement sera nommé d'ici au 20 juillet. L'annonce de Theresa May donne le coup d'envoi d'une primaire au sein du parti. Les statuts prévoient d'organiser une série de votes auprès des élus Tories au Parlement. A chaque tour, le candidat ayant le moins de voix est éliminé. Le processus se répète jusqu'à ce qu'il ne reste plus que deux candidats.

Les quelque 120 000 adhérents du parti seront alors appelés à se prononcer lors d'un vote par correspondance, précise Bloomberg (en anglais). Ce sont donc eux qui choisiront le prochain Premier ministre. Avant d'entrer en fonction, celui-ci devra être élu à la tête du Parti conservateur, puis être nommé officiellement à la tête du gouvernement par la reine Elizabeth II. 

3Qui sont les candidats potentiels à sa succession ?

Deux personnalités font figure de favoris pour le poste de Premier ministre. Boris Johnson, ancien maire de Londres, a renouvelé, vendredi, son intention de briguer ces fonctions. Lorsqu'il était ministre des Affaires étrangères de Theresa May, il a régulièrement critiqué les négociations avec Bruxelles, rappelle Le Figaro. Il a finalement démissionné du gouvernement pour défendre l'option du "Brexit dur". Selon un sondage pour le Times rapporté par The Guardian (en anglais), il serait le premier choix à 39%. Selon Polly Toynbee, une éditorialiste du Guardian"Boris Johnson a presque certainement déjà remporté la course"

Dominic Raab arrive juste derrière avec 13%, toujours selon le sondage cité par The Guardian. Ancien ministre du Brexit, qui a démissionné à peine cinq mois après sa nomination à ce poste en juillet 2018, Dominic Raab a même un compte Twitter officieux, ouvert en décembre 2018, @ReadyForRaab, "Prêt pour Raab" en français. La description de ce compte est plutôt explicite : "Nous voulons que Dominic Raab concoure pour devenir le chef du Parti conservateur et qu'il devienne le prochain Premier ministre du Royaume-Uni".

D'autres hommes et femmes politiques sont cités pour prétendre au poste de Premier ministre. Michael Gove, ministre de l'Environnement et eurosceptique, est l'un d'eux. Il était l'une des principales figures du camp du Leave lors de la campagne pour le Brexit en 2016 et a joué le rôle de caution pour les partisans du Brexit dans le gouvernement de Theresa May. Selon Les Echos, il pourrait être un candidat sérieux derrière le duo Johnson-Raab. 

Parmi les autres candidats potentiels Jeremy Hunt. Le ministre des Affaires étrangères de 52 ans avait soutenu le maintien dans l'Union européenne avant de changer d'avis, déçu par l'approche "arrogante" de Bruxelles dans les négociations. Sajid Javid, le ministre de l'Intérieur, est lui aussi cité par The Independent comme un candidat potentiel, tout comme Andrea Leadsom. Cette dernière a quitté son poste de ministre le 22 mai, disant "ne plus croire" que le gouvernement puisse mettre en œuvre le Brexit. Elle avait fait face à Theresa May lors du dernier tour de la primaire de 2016, mais avait échoué à convaincre les adhérents du parti. Cette ancienne banquière est partisane du Brexit et "peut faire figure de candidate de consensus", selon Le Figaro.

Enfin, Esther McVey, ex-ministre pro-Brexit, et Rory Stewart, ministre opposé au "no deal" (sortie de l'UE sans accord), ont également annoncé leur intention de se porter candidats, rapporte Reuters. Néanmoins, ils semblent avoir peu de chances de l'emporter.

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