Brexit : quel avenir pour les 40 000 emplois de la filière whisky en Ecosse ?

Un Single Malt produit dans une distillerie à Glasgow en Ecosse, ici photographié en décembre 2016. 
Un Single Malt produit dans une distillerie à Glasgow en Ecosse, ici photographié en décembre 2016.  (ANDY BUCHANAN / AFP)

Le Brexit pourrait avoir des conséquences dramatiques pour les producteurs de whisky écossais, un produit qui s'est exporté à hauteur de 4 milliards d'euros en 2016. 

Une petite odeur d’éthanol autour de l’alambic. John Bruin a lancé la distillerie d'Eden Mill en 2012. Bière, gin et whisky artisanal, cette distillerie est la plus récente de la région des Highlands, en Écosse. Depuis l'ouverture, la société a connu une croissance exponentielle, ce qui a permis l'embauche de cinquante salariés.

Après le Brexit, John Bruin espère pouvoir les garder. "Ca va rendre les choses plus difficiles, on est encore une petite entreprise, avoue-t-il. Jusqu’au vote, la moitié de ce qu'on exportait allait vers l’Union Européenne. Et maintenant, je ne sais absolument pas à quoi m'attendre."

Le chef d'entreprise explique qu'il va continuer à exporter, vers la Chine, Singapour, Hong Kong et les Etats-Unis, mais que "personne ne sait ce qui va se passer".

Plus de 4 milliards d'euros d'exportation

Le whisky représente un enjeu économique colossal en Grande-Bretagne : 40 000 emplois et un marché de plus de 4 milliards d'euros d'exportation, en 2016.

Or, avec le Brexit, ce n’est pas seulement le marché européen qui est touché. En sortant de l’Union, les producteurs écossais vont probablement perdre aussi le bénéfice des accords de libre échange, négociés entre Bruxelles et le reste du monde.

"Le Brexit pourrait entraîner des changements un peu partout, par exemple en Corée du Sud, parce les tarifs sont fixés par un accord européen, ou en Inde, qui est un très gros importateur de whisky écossais en ce moment", s'inquiète Rosemary Gallagher.

Selon la représentante de l’association des Producteurs de whisky écossais, ce secteur va être touché au niveau de la labellisation, de la régulation et de la protection juridique. "On ne sait pas ce qu’il va falloir faire", ajoute-t-elle.

On se prépare pour tous les scénariosRosemary Gallagher, de l'association des producteurs de whisky écossais

La profession rencontre régulièrement les députés et les membres du gouvernement pour tenter d'en savoir plus sur l'avenir. De son côté, la Première ministre britannique, Theresa May, a déclaré dimanche 8 janvier à la télévision : "Nos plans pour le Brexit ne sont pas confus, nous les dévoilerons dans quelques semaines".

Une manière de répondre aux accusations de la gauche et de l'ancien ambassadeur britannique auprès de l'Union Européenne qui a démissionné, en dénonçant le manque de préparation de son gouvernement.

Maintenir l'image de marque

Aujourd'hui, le principal enjeu pour les producteurs de whisky est de maintenir leur label IGP - indication géographique protégée.

C’est totalement associé à l’image de l’Ecosse !Libby, spécialiste des dégustations

"L'Écosse a quelques-uns des meilleurs produits au monde : le gin, le whisky, ou la viande de bœuf", selon Libby, spécialistes des dégustations. Sa collègue, Keira, espère que le pays "pourra continuer à faire partie de l’Europe et que tous les liens commerciaux pourront perdurer".

En attendant, les producteurs capitalisent sur l’autre effet du Brexit : avec la baisse de la livre sterling, leurs produits sont plus concurrentiels face aux whisky irlandais et américain.