L'Union européenne taxe les panneaux solaires chinois

Des ouvriers installent des panneaux solaires sur le toit d\'un immeuble, à Shangrao, en Chine, le 27 avril 2013.
Des ouvriers installent des panneaux solaires sur le toit d'un immeuble, à Shangrao, en Chine, le 27 avril 2013. (ZHUO ZHONGWEI / IMAGECHINA / AFP)

Malgré les craintes de représailles commerciales de Pékin, la Commission européenne a instauré des droits d'entrée sur le solaire chinois.

Le bras de fer est lancé. La Commission européenne a annoncé, mardi 4 juin, l'instauration de taxes provisoires sur les panneaux solaires chinois, malgré les réticences de plusieurs Etats membres et les craintes de représailles commerciales de Pékin. L'exécutif européen a opté pour des mesures graduelles. A partir du 6 juin, les taxes seront au taux de 11,8% et passeront à 47,6% en moyenne à partir du 6 août, si la Commission ne parvient pas à trouver un terrain d'entente avec Pékin. 

Pourquoi l'Union européenne instaure-t-elle ces taxes ?

"On continue à négocier avec les Chinois mais on le fait désormais avec le pistolet chargé", a estimé une source communautaire sous couvert d'anonymat. En prenant cette mesure controversée, la Commission veut protéger l'industrie photovoltaïque européenne, dont la survie est menacée par les pratiques de dumping (qui consiste à vendre un produit à un prix inférieur à son coût de production) des industriels chinois. Le solaire est présenté comme l'un des piliers de l'industrie verte créatrice d'emplois dans l'UE. Environ 30 000 emplois sont en jeu, selon des chiffres avancés par la Commission.

Plusieurs firmes allemandes (Q-Cells et Solarhybrid) et françaises (Solar France) ont déjà mis la clé sous la porte. D'autres ont été reprises, comme la française Photowatts par EDF. Alerté par un groupement d'entreprises européennes, Bruxelles a ouvert une enquête sur les pratiques chinoises, qui doit prendre fin en décembre. Mais sans attendre le résultat, elle a souhaité adopter des mesures d'urgence en sanctionnant la Chine.

Pourquoi est-ce délicat ?

L'idée de taxer la Chine a divisé les Etats membres et la Commission a buté sur les réticences de certains pays. En tête de cette opposition : l'Allemagne, premier partenaire européen de la Chine, qui craint des représailles commerciales. "De notre point de vue, les mesures de sanction ne sont plus nécessaires et c'est pour cela que l'Allemagne a dit 'non'", a expliqué le ministre allemand de l'Economie, Philipp Rösler.

Dix-sept autres pays, du même avis que l'Allemagne, ont milité en faveur d'une solution négociée entre Bruxelles et Pékin. En réponse, le commissaire en charge du Commerce a plusieurs fois insisté sur la nécessité pour Bruxelles de conserver son indépendance pour les décisions sur les droits anti-dumping. "C'est le rôle de la Commission européenne de résister aux pressions extérieures et de prendre en compte le tableau dans son ensemble", a justifié Karel de Gucht.

A ce stade, l'avis des Etats membres n'était que consultatif, mais à la fin de l'année, ce sont eux qui devront décider si les mesures deviennent permanentes. Le risque de voir la Commission désavouée est donc important. "Karel De Gucht risque la bérézina en fin d'année s'il ne parvient pas à obtenir une majorité qualifiée" des Etats pour imposer des taxes permanentes, a résumé le coprésident des Verts au Parlement européen, Daniel Cohn-Bendit.

Que répond la Chine ?

Jusqu'au dernier moment, la Chine a tenté d'infléchir la position de la Commission : le Premier ministre, Li Keqiang, s'est entretenu lundi soir par téléphone avec le président de la Commission, José Manuel Barroso, selon une source européenne. Et avant même l'annonce des taxes, Pékin a lancé deux procédures antidumping contre des entreprises européennes et américaines. La dernière en date concerne les importations de perchloréthylène, un produit utilisé pour le nettoyage à sec.