L'Irlande cible d'une campagne d'Amnesty International sur l'avortement

Capture écran sur la campagne d\'Amnesty sur l\'interdiction de l\'avortement en Irlande.
Capture écran sur la campagne d'Amnesty sur l'interdiction de l'avortement en Irlande. (Amnesty International)

«La loi irlandaise sur l’avortement traite les femmes comme de simples réceptacles à bébés.» C’est avec ces mots directs que l’organisation de défense des droits de l’Homme Amnesty International attaque directement l’Irlande en raison de l’interdiction de l’avortement. Une attaque suffisamment rare de l’ONG Amnesty International contre un pays de l’Union européenne pour être notée.


La très catholique Irlande, qui vient d’autoriser par référendum le mariage homosexuel, continue d'interdire l'avortement même en cas de viol, de malformation du fœtus ou de risques pour la santé de la mère. Elle ne l'autorise que si la vie de la mère est en danger, et ce seulement depuis 2013 après la mort par septicémie d'une femme enceinte. Elle s'était vu refuser un avortement alors qu'elle était en train de faire une fausse couche, à 17 semaines de grossesse.

La loi oblige «chaque année au moins 4000 femmes et jeunes filles à se rendre à l’étranger pour y subir une interruption de grossesse, avec un coût considérable sur le plan psychologique, financier et physique. Celles qui ne peuvent pas effectuer le voyage se retrouvent privées des soins nécessaires, ou risquent des sanctions pénales si elles avortent illégalement chez elles», rappelle Amnesty.

«Le récent référendum sur le mariage pour tous a donné l’image d’un pays fier de son esprit d’ouverture et d’intégration sociale, mais tout n’est pas si rose en Irlande. Les droits fondamentaux des femmes et des jeunes filles sont quotidiennement bafoués à cause d’une constitution qui les considère comme de simples réceptacles à bébés», attaque le secrétaire général de l’association, Salil Shetty. «La pénalisation des femmes qui veulent se faire avorter est inacceptable», a-t-il ajouté.

L'ONG cite de nombreux témoignages. Elle évoque ainsi le cas de nombreuses femmes contraintes de continuer à porter des fœtus morts pendant plusieurs semaines pour que les médecins puissent s'assurer qu'ils ne produisent vraiment plus de battements cardiaques. C'est le cas de Lupe, une Espagnole qui a finalement avorté à l'étranger, comme environ 4.000 femmes irlandaises chaque année. «Je ne me sentais pas en sécurité du  tout... J'avais peur», raconte la jeune femme.

L’Irlande est le seul pays européen – à l’exception de l’Andorre, de Malte et de Saint-Marin – à interdire l’avortement même en cas de viol, de malformation grave ou mortelle du fœtus ou de risque pour la santé de la femme. Le 8e amendement de la Constitution irlandaise donne des droits égaux au fœtus et à la mère. Pour l'instant le gouvernement n'envisage pas de référendum sur cette question.
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