L'Albanie: l'adhésion à l'UE est-elle possible ?

Manifestation anti-gouvernementale à Tirana le 18 février 2010. Le pays est le champ de violents affrontements politiques entre la majorité de droite au pouvoir et l\'opposition de gauche
Manifestation anti-gouvernementale à Tirana le 18 février 2010. Le pays est le champ de violents affrontements politiques entre la majorité de droite au pouvoir et l'opposition de gauche (AFP - GENT SHKULLAKU )

Déjà membre de l’OTAN, l’Albanie, sortie en 1991 d’une féroce dictature stalinienne, est aujourd’hui candidate à l’UE. Si le pays a un taux de croissance significatif, il n’en reste pas moins le théâtre de violents affrontements politiques et une plaque tournante de multiples trafics…

Dans les années 80, le «pays des Aigles», presque totalement isolé du monde, était le refuge des orphelins de la Chine de Mao. Un refuge cruellement décrit dans «Le Concert», beau roman de l’écrivain Ismail Kadaré. En 1991, la dictature, mise en place en 1945 par Enver Hodja, tombe, créant un grand vide politique.


RDI (Radio-Canada), le 21-4-2010

Aujourd’hui, le pays, peu habitué aux compromis politiques, où la vendetta existe encore, reste le champ clos d’affrontements entre deux camps et deux personnalités irréconciliables : le Parti démocratique (droite) au pouvoir avec l’indéboulonnable Sali Berisha, l’actuel premier ministre (et ancien membre du PC), et le Parti socialiste avec son chef, Edi Rama, maire de la capitale Tirana depuis des lustres. Des affrontements devenus violents le 21 janvier 2011 à Tirana pendant la campagne des élections municipales. Une manifestation de l’opposition socialiste dégénère : quatre manifestants sont tués, des dizaines d’autres sont blessés. La gauche n’a jamais admis le résultat des législatives de juin 2009, accusant le pouvoir de fraudes.

Malgré cette situation figée, l’Albanie a posé sa candidature à l’UE. Pour Sali Berisha, le processus d’intégration est «inarrêtable». De fait, les chiffres économiques sont bons : une croissance de 3,5 % en 2010 (selon le FMI) dans une région marquée par une forte récession. Plusieurs groupes européens ont investi dans le pays : Volkswagen, SAGEM…

 

Trafics en tout genre
La pauvreté, notamment celle des retraités (16 % des 3 millions d’Albanais), n’en reste pas moins importante. Fait significatif : en 10 ans, la population a diminué de 7,7 %. «Pour une petite nation comme la mienne, l’Union européenne est presqu’un paradis terrestre», explique le premier ministre. «Un paradis terrestre» dont l’entrée est, pour l’instant, compromise par la situation politique. Mais aussi par les problèmes de trafics en tout genre.

En 2010, le député suisse Dick Marty a ainsi présenté un rapport sur le trafic d’organes prélevés en Albanie sur des détenus de l'Armée de libération du Kosovo (UCK) dans les années 90. Un an plus tôt, un rapport d’Europol (Office européen de police) montrait que le «pays des Aigles» était devenu l’épicentre du trafic de drogue vers les pays européens. Des Albanais domineraient désormais ce « marché » dans le sud-est du Vieux continent. Au point de défier les mafias italiennes. Autres trafics : la prostitution et celui des enfants, très souvent roms, qui aurait fait des milliers de victimes depuis le début des années 90.


Dick Marty s'exprime sur le trafic d'organes


AFP, le 16-12-2010
 

Il faut y ajouter la question des déchets : en novembre dernier, le parlement albanais a autorisé l’importation de déchets d’autres pays pouvant être traités en Albanie. Ces déchets « ne seront pas dangereux », a assuré le premier ministre. «Ce serait (…) une trahison nationale», a rétorqué son éternel adversaire. En janvier 2011, la presse italienne expliquait qu’«un vaste trafic illégal d’ordures orchestré par la mafia napolitaine (était) en passe de faire de la Roumanie la plus grande décharge d’Europe». L’Albanie ne risque-t-elle pas de suivre le même chemin, celui d’un pays sorti de l’autarcie stalinienne sans aucun repère… ?

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