Incendies en Catalogne : comment expliquer la catastrophe ?

La ville de La Jonquère, indiquée sur le panneau de circulation, cernée par les flammes : un incendie de forêt particulièrement violent s\'est déclenché dimanche 22 juillet dans le nord-est de l\'Espagne. 
La ville de La Jonquère, indiquée sur le panneau de circulation, cernée par les flammes : un incendie de forêt particulièrement violent s'est déclenché dimanche 22 juillet dans le nord-est de l'Espagne.  (JOAN CASTRO / AFP)

Les gigantesques feux de forêt qui se sont déclenchés dimanche à la frontière franco-espagnole ont tué quatre Français et ravagé des milliers d'hectares. FTVi vous explique pourquoi les flammes ont fait tant de dégâts.

Quatre personnes tuées, douze hectares ravagés par le feu en France et 13 000 autres au-delà de la frontière espagnole, des routes bloquées et plusieurs milliers de personnes privées d'électricité lundi 23 juillet : les incendies paralysent depuis samedi une partie de la Catalogne.  

L'A9, qui relie Perpignan à Barcelone, est coupée et rouverte par intermittence, alors que l'incendie a traversé l'autoroute au niveau de la gare de péage de La Jonquère (nord-est de l'Espagne). Plusieurs centaines de soldats du feu, espagnols et français, combattent des foyers qui, désormais concentrés sur le versant espagnol, continuent de menacer la Catalogne, projetant des fumées jusqu'aux portes de Barcelone. FTVi revient sur les facteurs à l'origine de la catastrophe. 

1/ L'imprudence humaine privilégiée

"Selon les premiers éléments, le feu serait dû à une imprudence, vraisemblablement une cigarette mal éteinte jetée", a déclaré Artur Mas, le président de la Generalitat de Catalogne.

En France, les données disponibles concernant les causes des feux en région méditerranéenne indiquent qu'un tiers des incendies ne sont pas élucidés. En revanche, les imprudences humaines représentent plus de 50% des incendies déclarés, selon la base de données Prométhée, élaborée afin de recenser et mieux prévenir les feux de forêt. Par ailleurs, 39% des feux ces dix dernières années résultent d'actes de malveillance, rapporte le document relatif au dispositif 2012 de lutte contre les feux de forêt diffusé par le ministère de l'Intérieur.

2/ Une année particulièrement risquée 

Avec la montée des températures, les départs de feux se sont multipliés dans les zones frontalières entre la France et l'Espagne. Le premier de cette série de départs de feu en Catalogne s'est déclaré samedi, sur le versant français. Il a détruit 200 hectares de végétation dans les environs de Bouleternère, à l'ouest de Perpignan (Pyrénées-Orientales). Rapidement circonscrit grâce à la mobilisation des soldats du feu, il est cependant d'une ampleur importante : en France, moins de 1% des feux de l’été dépassent le seuil des 100 hectares. Près de 95% des incendies y parcourent moins de cinq hectares, indique le ministère de l'Intérieur. Selon Yvon Duché, responsable technique national incendies de forêts à l'Office national des forêts (ONF), interrogé par l'AFP, le Sud de la France bénéficie d'un été "classique" en matière de risques. 

De l'autre côté de la frontière, en Espagne, les incendies qui ravagent le Nord-Est depuis dimanche sont les plus graves depuis 1986 en Catalogne, selon le ministère de l'Intérieur catalan, Felip Puig. Dans tout le pays, qui a connu cette année son hiver le plus sec depuis 70 ans, le risque s'est accru : début juillet, un incendie a fait rage pendant plusieurs jours dans la région de Valence, dans l'est du pays, détruisant 50 000 hectares de végétation. La semaine dernière, c'est à Tenerife, dans l'archipel des Canaries, qu'un nouveau feu s'est déclaré sur les flancs du mont Teide. 

3/ Vent + sécheresse : des facteurs aggravants

Des vents à 90 km/h ont attisé les flammes, dont la vitesse de progression a atteint jusqu'à 6 km/h, la vitesse d'un piéton. La tramontane, vent sec venu du nord-ouest, a considérablement envenimé la situation dans cette région boisée propice aux départs de feu. Selon le Plan départemental de protection des fôrets (PDPFCI), le dessèchement de la végétation crée un terrain favorable à toute mise à feu potentielle. Couplé au vent violent, ils créent des conditions qui '"accompagnent le flux de chaleur (...), accélèrent la progression [et] favorisent (...) une propagation de l’incendie", explique le documentOr "la tramontane d’orientation nord-nord-ouest, est pour le département (...) le vent dominant [qui] souffle en moyenne à plus de 30 km/h, deux jours sur cinq sur le département, avec une fréquence significative durant l’été".

Dans les Pyrénées-Orientales et plus particulièrement dans les Albères, la zone frontalière touchée samedi et dimanche, tous les facteurs sont réunis, de l'effet de la pente aux conditions météorologiques, pour favoriser les départs de feux. Ainsi, le PDPFCI indique que les plaines du Roussillon et les Arbères présentent respectivement 30 et 29 jours par an de risques "sévères" à très "sévères". 

Lundi, plus d'une centaine de volontaires, 600 pompiers, 230 policiers catalans ou appartenant à la Protection civile sont mobilisés, ainsi que 200 membres de l'unité militaire d'urgence de la base voisine de Sant Climent Sescebes, rapporte El Pais (en Espagnol). Sollicitée par l'Espagne, la France a par ailleurs apporté son aide, fournissant six avions français et 300 pompiers. Une mobilisation exceptionnelle, à l'image de l'ampleur de la catastrophe. 

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