Enlèvement, accident... Dix ans après, malgré de nombreuses pistes, la disparition de Maddie n'a toujours pas été résolue

Maddie Mc Cann à l\'âge de trois ans et à l\'âge de 9 ans, selon une image reconstituée par la police britannique en 2012, cinq ans après sa disparition au Portugal.
Maddie Mc Cann à l'âge de trois ans et à l'âge de 9 ans, selon une image reconstituée par la police britannique en 2012, cinq ans après sa disparition au Portugal. (TERI BLYTHE / METROPOLITAN POLICE SERVICE / AFP)

Les enquêteurs britanniques poursuivent leurs investigations pour tenter de faire la lumière sur le sort de la fillette, l'un des faits divers les plus énigmatiques de cette dernière décennie.

Son joli visage, mangé par de grands yeux bleus, est connu dans le monde entier. Maddie McCann a disparu le 3 mai 2007 dans sa chambre d'hôtel, au Portugal, alors qu'elle avait 4 ans. La fillette britannique en aurait eu 14 aujourd'hui. Dix ans après, ses parents, un temps soupçonnés, n'ont pas perdu espoir. Scotland Yard assure, de son côté, continuer à s'intéresser à des "pistes significatives", tout en soulignant qu'aucune preuve n'établit clairement la mort de l'enfant.

La police portugaise avait classé l'affaire en 2008, mais le Royaume-Uni a passé deux ans à éplucher le dossier avant d'ouvrir officiellement sa propre enquête, en juillet 2013. Les détectives britanniques ont interrogé plus de 440 personnes et ont identifié plus d'une quarantaine de suspects potentielsFranceinfo passe en revue les différentes pistes, des plus sérieuses aux plus douteuses, examinées depuis la mystérieuse disparition de Maddie.

L'hypothèse d'un réseau international de pédophilie

Cinq minutes après avoir constaté la disparition de Maddie, ce 3 mai 2007, sa mère, Kate McCann se serait écriée : "Ils l'ont enlevée, ils l'ont enlevée !" Dix ans plus tard, les parents de Maddie sont toujours convaincus que leur fille a fait l'objet d'un rapt et qu'elle pourrait encore être en vie. Ce soir-là, ils dînaient avec des amis au bord de la piscine de l'Ocean Club, un hôtel de la petite station balnéaire de Praia da Luz, après avoir couché Maddie et ses deux petits frères jumeaux dans la chambre de leur appartement installé au rez-de-chaussée. Le logement donnait à la fois sur la rue et la terrasse. C'est en rentrant, vers 22 heures, qu'ils ont constaté l'absence de leur fille.

L\'appartement où étaient logés les McCann lors de la disparition de leur fille Maddie, le 3 mai 2017, à Ocean Club, un hôtel de la petite station balnéaire de Praia da Luz (Portugal).
L'appartement où étaient logés les McCann lors de la disparition de leur fille Maddie, le 3 mai 2017, à Ocean Club, un hôtel de la petite station balnéaire de Praia da Luz (Portugal). (GEOFFREY ROBINSON / REX / SIPA)

La justice portugaise a aussitôt déployé 150 policiers et gendarmes pour retrouver l'enfant. Rapidement, l'enquête s'est orientée vers la thèse d'un enlèvement par un réseau international de pédophiles ou d'adoption. Comme le relaie la presse à l'époque, les enquêteurs recherchent notamment deux hommes et une femme blonde, "d'apparence anglaise", aperçus à bord d'une voiture immatriculée "Great Britain" le jour de la disparition. La veille, ils avaient été surpris en train de photographier des enfants.

Cette piste n'a, à ce jour, rien donné. Mais la thèse d'un enlèvement pour un réseau d'adoption a ressurgi en 2010 quand Raymond Hewlett, l’un des suspects de l'affaire, a laissé une lettre dans laquelle il accuse "un gang" d'avoir planifié l'enlèvement de Maddie. Dans cette missive – brûlée par son fils –, le mourant, condamné à plusieurs reprises pour pédophilie et aperçu à Praia da Luz dans la période de la disparition, explique que "ce gang opère depuis longtemps, et a enlevé de nombreux enfants pour des couples qui ne pouvaient pas en avoir ou en adopter". Des déclarations prises très au sérieux par les détectives privés alors engagés par les McCann. Elles n'ont toutefois donné lieu à aucune interpellation.

Un possible accident maquillé en disparition par ses parents ?

Parallèlement, les enquêteurs explorent une autre hypothèse : celle d'une mort accidentelle de Maddie, maquillée par ses parents. En septembre 2007, Gerry et Kate McCann sont officiellement déclarés suspects par la police portugaise. Ce sont des traces de sang, retrouvées dans l'appartement ainsi que dans une voiture de location qu’ils ont utilisée après la disparition de Madeleine, qui poussent les enquêteurs sur cette nouvelle piste.

Gerry et Kate McCann à Praia de Luz, au Portugal, le 7 mai 2007, après la disparition de leur fille Maddie. 
Gerry et Kate McCann à Praia de Luz, au Portugal, le 7 mai 2007, après la disparition de leur fille Maddie.  (MELANIE MAPS / AFP)

Kate McCann est entendue pendant plusieurs heures, tout comme son mari. Ils sont aussi soupçonnés d'avoir administré des somnifères à trop forte dose à Maddie, pour pouvoir aller dîner. Des accusations relayées par les tabloïds britanniques mais vivement démenties par les intéressés. L'analyse des traces de sang n'est pas probante, et les McCann sont finalement blanchis par la justice portugaise, qui clôt son enquête controversée en 2008. Malgré les excuses formulées à la une de certains journaux britanniques, cette hypothèse a la vie dure.  

En 2008, Gonçalo Amaral, l'ancien policier portugais chargé de l'enquête, publie un livre, Maddie, l'enquête interdite (éd. Bourin), dans lequel il accuse le couple d'avoir dissimulé le cadavre de sa fille morte accidentellement. Condamné en avril 2015 à payer 500 000 euros aux McCann, il est acquitté en appel puis par la Cour suprême de justice, en janvier 2017. La justice portugaise a estimé que son "usage de la liberté d'expression [n'avait] pas été abusif".

Tout récemment, un expert en criminologie portugais, Francisco Moita Flores, a de nouveau relayé dans la presse la thèse de l'homicide involontaire. "Maddie est morte dans cet appartement, je n'ai aucun doute", a-t-il déclaré, cité par le Daily Mail.

Des pistes qui mènent aux quatre coins du monde

Comme dans toutes les affaires de disparitions médiatisées, les enquêteurs ont reçu une multitude de témoignages, venant d'abord du Portugal, puis du monde entier. Au tout début de l'enquête, le quotidien hollandais Telegraaf  a affirmé avoir reçu une lettre anonyme, accompagnée d'une carte, donnant des indications précises sur le lieu où serait enterré le corps de la fillette, à quelque 15 km de Praia da Luz. Des recherches sont menées dans ce secteur, sans succès. Puis une touriste envoie à la police une photo prise au Maroc, sur laquelle figure une petite fille blonde ressemblant de façon troublante à la petite Maddie. Nouvelle fausse piste.

En 2008, c'est une étudiante néerlandaise qui affirme l'avoir vue sur le parking d'un restaurant d'autoroute près de Sète (Hérault). En 2012, retour au Portugal, où un chauffeur de taxi se dit convaincu d’avoir pris Madeleine la nuit suivant sa disparition, dans la région de l’Algarve, en compagnie d'un groupe de quatre adultes – trois hommes et une femme. 

Au fil des années, la police britannique vieillit le visage Maddie sur les avis de recherche, grâce à des logiciels de retouche, afin de recueillir de nouveaux témoignages. En 2013, un touriste croit reconnaître le visage de la disparue chez une enfant d'une dizaine d'années à Ayia Napa, une station balnéaire de Chypre. La famille qui l'accompagne est signalée à Interpol, en vain. La même année, des tests ADN sont effectués sur une petite Néo-Zélandaise, dont la ressemblance avec Madeleine McCann est "frappante". Négatifs.

En 2015, la macabre découverte du corps d'une fillette dans une valise au bord d'une autoroute, en Australie, fait craindre qu'il ne s'agisse de Maddie. Cette hypothèse est vite écartée. Nouveau rebondissement, en 2016, avec l'avis de recherche publié par un détective au Paraguay. Comme le rapporte 20 Minutes, il promet une récompense de près de deux millions d'euros et affirme que la petite Britannique "a vécu pendant deux mois dans la maison d’une femme non identifiée dans la ville d’Aregua", près de la capitale Asunción. Problème : la cellule d’Interpol au Paraguay ne dispose d’aucune information sur ledit détective ou sur cette femme non identifiée.

Le dernier témoignage relayé par la presse britannique, en avril, renvoie dix ans plus tôt, de nouveau au Maroc. Une femme affirme au Daily Star avoir vu une petite fille ressemblant à Maddie, six jours après sa disparition, à une station d'essence de Marrakech, en compagnie d'un homme. Elle aurait dit : "Est-ce qu’on peut voir maman, maintenant ?"

Un délinquant sexuel à l'origine du rapt ?

Si Kate McCann n'a pas perdu espoir, elle a raconté dans un livre paru en 2008, intitulé Madeleine, comment les cauchemars dans lesquels elle voyait un pédophile s'en prendre à sa fille avaient envahi ses nuits. De fait, plusieurs hommes ont été interrogés au cours de l'enquête, dont certains avec un passif judiciaire. Localement, la police a d'abord enquête sur un ancien employé de l'hôtel où séjournait la famille, puis sur un Britannique résidant dans une villa à Praia da Luz à l'époque des faits. Ce trentenaire avait joué les traducteurs et s'était intéressé de près à l'enquête. Un comportement alors jugé étrange par les enquêteurs.

Les soupçons se sont ensuite portés, deux ans plus tard, sur Raymond Hewlett, le Britannique sexagénaire condamné pour viols sur mineurs et auteur de la lettre désignant un réseau d'adoption international. Puis, en 2011, deux Britanniques condamnés, notamment pour des agressions sexuelles sur enfants et incarcérés en Ecosse, sont interrogés. Ils étaient au Portugal, dans la même région que les McCann, en mai 2007. Leurs noms ne réapparaîtront pas dans l'enquête.

En 2013, la police britannique diffuse dans l'émission télévisée de la BBC "Crimewatch" deux portraits-robots, dont celui d'un homme vu en train de porter "un enfant" aux "cheveux blonds", le soir de la disparition. Les deux suspects sont décrits comme parlant allemand. La BBC reçoit un millier d'appels. Aucun n'a permis d'identifier les suspects en question.

Portrait-robot de deux suspects dans l\'affaire de la disparition de Maddie, diffusé le 14 octobre 2013 par la police britannique.
Portrait-robot de deux suspects dans l'affaire de la disparition de Maddie, diffusé le 14 octobre 2013 par la police britannique. (METROPOLITAN POLICE / AFP)

En 2014, enfin, les policiers britanniques annoncent être à la recherche d'un délinquant sexuel qui a agressé cinq fillettes après s'être introduit dans des maisons de vacances, entre 2004 et 2006, pour la plupart occupées par des familles britanniques en vacances dans la région de l'Algarve, dans le sud du Portugal. Le suspect est décrit par les témoins comme un homme à la peau bronzée, aux cheveux bruns et hirsutes, s'exprimant en anglais avec un accent étranger. Au total, les enquêteurs britanniques ont épluché des données concernant 530 délinquants sexuels notoires. Sans aboutir.

La piste d'un cambriolage qui a mal tourné 

Aujourd'hui encore, cette piste n'est pas totalement écartée. "Pourrait-il s'agir d'un cambriolage qui a mal tourné ?" s'est récemment interrogé Mark Rowley, le commissaire adjoint chargé de l'enquête au sein de Scotland Yard. Début 2014, plusieurs enquêteurs britanniques s'étaient déplacés au Portugal, en vue de procéder à l’arrestation de trois cambrioleurs. Leur téléphone avait été localisé à plusieurs reprises autour de l’hôtel des McCann dans les heures qui avaient suivi la disparition de la fillette. Scotland Yard n'a toutefois pas communiqué sur les suites données à ces interpellations.

Une femme désormais activement recherchée

A l'occasion des dix ans de la disparition de Maddie, des informations sur les dernières avancées de l'enquête, menée par un cercle restreint d'enquêteurs, ont filtré dans la presse britannique. Selon The Mirror, le principal suspect est désormais une femme vue près de la scène de la disparition et activement recherchée en Europe. Elle serait "la clé" de l'enquête. "Après des mois de travail inlassable, la police sera bientôt en mesure d'obtenir des réponses après une décennie d'impasses", indique une source auprès du tabloïd. La prudence est toutefois de mise. Pour l'instant, aucune de ces pistes soi-disant "clés" n'a permis de faire la lumière sur le sort de Maddie. Ni de résoudre l'un des faits divers les plus énigmatiques de cette décennie.