EgyptAir : le pirate de l'air de mars était-il (vraiment) un amoureux transi ?

Le pirate de l\'air du vol MS181, Seif Al-Din Mohamed Mostafa, le 30 mars 2016 à Larnaca (Chypre).
Le pirate de l'air du vol MS181, Seif Al-Din Mohamed Mostafa, le 30 mars 2016 à Larnaca (Chypre). (GEORGE MICHAEL / AFP)

Seif Al-Din Mohamed Mostafa avait détourné un appareil de la compagnie EgyptAir le 29 mars. Il est incarcéré à Chypre. Son avocat rejette aujourd'hui la thèse de l'amoureux transi.

Pourquoi Seif Al-Din Mohamed Mostafa a-t-il détourné le vol MS181 d'EgyptAir le 29 mars ? Un mois et demi après les faits, la thèse de l'amoureux transi a du plomb dans l'aile. "Ses motivations n'ont rien à voir avec une pseudo-histoire d'amour : elles sont politiques", explique son avocat chypriote Roberto Vrahimi, vendredi 20 mai, à Libération. Un changement de pied qui intervient alors que les autorités égyptiennes doivent déposer une demande officielle d'extradition. 

Le 29 mars, peu après le décollage d'Alexandrie, l'homme a fait croire qu'il portait une ceinture d'explosifs pour contraindre le pilote à se diriger vers Chypre. L'avion devait initialement se rendre au Caire. Après plusieurs heures de négociation et après avoir vu son ex-femme chypriote, le pirate se rend. "Qu'est-ce qu'on est censé faire quand on n'a pas vu sa femme et ses enfants pendant 24 ans et que le gouvernement égyptien vous en empêche ?" commente alors le juge d'instruction. Une lettre, que l'homme aurait transmise à son ex-épouse, alimente la thèse de l'histoire d'amour.

"Un acte désespéré" pour les droits de l'homme

Selon ses soutiens, le lettre de Seif Al-Din Mohamed Mostafa, qui a demandé sans succès l'asile à Chypre, n'a rien d'une lettre d'amour. "La lettre de sept pages qu’il a donnée avant de se rendre n’a rien à voir avec sa femme. Pas un seul mot ne la concerne ! Il voulait en réalité se rendre en Italie", explique Doros Polykarpou, de l'ONG Kisa, à Libération.

Son avocat, qui présente son client comme un opposant au régime du maréchal Al-Sissi, assure que son geste était "un acte désespéré pour attirer l’attention du monde sur les violations des droits de l’homme en Egypte". Seif Al-Din Mohamed Mostafa aurait été détenu au Caire entre le 3 décembre et le 29 janvier. Il explique même avoir été emprisonné avec Giulio Regeni, le jeune Italien tué dans des circonstances troubles. "Cet homme a déjà été torturé, martèle son conseil. Il sait que s’il est renvoyé en Egypte, il n’en réchappera pas". Seif Al-Din Mohamed Mostafa est actuellement incarcéré à Chypre.