Crash du MH17 : l'enquête en quatre questions

(Des séparatistes pro-russes près d'un débris de l'avion © REUTERS / Maxim Zmeyev)

Six jours après le crash du Boeing de la Malaysia Airlines qui a fait 298 morts, les experts internationaux cherchent à identifier les corps et l'origine du crash. Les Américains n'ont pas de preuves de l'implication de Moscou.

Le Boeing 777 de la Malaysia Airlines s'est écrasé jeudi dernier dans l'est de l'Ukraine, près de Donetsk, faisant 298 morts dont 193 Néerlandais. Moins d'une semaine après l'accident, le rapatriement des corps a commencé mais l'enquête sur le terrain reste compliquée.

Qui a abattu l'avion ?

Les principales accusations se portent sur les séparatises prorusses qui contrôlent la zone survolée par le Boeing au moment de l'accident. D'après l'Ukraine et les Etats-Unis, qui affirment avoir en leur possession des images satellites confirmant cette thèse, les séparatistes auraient utilisé des systèmes de missile Bouk fournis par la Russie.

Et ce mercredi matin un responsable du renseignement américain qui a demandé l'anonymat a précisé que l'explication la plus plausible était une "erreur" des séparatistes, un missile a été tiré "par un équipage mal entraîné".

Crash du MH17 : les Américains n'ont pas de preuves de l'implication de Moscou, décryptage Charlotte Alix
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Moscou de son côté, accuse l'Ukraine. Un général de l'état-major russe a expliqué lundi qu'un avion de chasse ukrainien se trouvait près du Boeing avant son crash :

"On a observé la montée d'un avion de chasse ukrainien SU-25 en direction du Boeing qui se trouvait alors à une distance de trois à cinq kilomètres. Le SU-25 peut atteindre une altitude de 10.000 mètres. Il dispose de missiles air-air qui (...) garantissent la destruction d'un objectif jusqu'à cinq kilomètres. Nous nous posons la question : dans quel but un avion de chasse effectuait-il un vol à la même altitude et en même temps qu'un avion civil ?"

Selon ce même général, des missiles sol-air étaient positionnés non loin de Donetsk le jour de la catastrophe. Vladimir Poutine lui-même s'est bien gardé de formuler de telles accusations.

Comment va se dérouler l'enquête ?

Sur une proposition de Kiev, ce sont les Pays-Bas qui vont être chargés de coordonner l'enquête sur les causes de l'incident. car il s'agit du pays qui a perdu le plus de ressortissants dans la catastrophe. Ils ont ouvert une enquête pour crimes de guerre, meurtres, et pour le fait d'avoir abattu un avion de ligne intentionnellement. L'enquête sera menée par des Néerlandais ainsi qu'une vingtaine d'experts internationaux. Des experts d'Interpol et Europol ont également été envoyés en Ukraine dimanche pour participer au processus d'identification des victimes, et une commission de l'Organisation de l'aviation civile internationale va coordonner l'enquête menée sur les lieux du crash par les équipes internationales..

Sur place, la situation est compliquée. D'après le premier ministre australien Tony Abbott, le site du crash a été altéré "à une échelle industrielle ", dans "une tentative de maquiller des preuves ".  De nombreuses personnes non identifiées ont eu accès aux lieux de l'accident, et des "équipements lourds " auraient également été repérés sur place. Kiev a également accusé les prorusses d'avoir maquillé des preuves sur les lieux.

 

(Le train transportant les corps des victimes avant son départ de Torez © REUTERS / Maxim Zmeyev)

Sous la pression de François Hollande et Barack Obama notament, Vladimir Poutine a assuré qu'il ferait son possible pour faciliter l'enquête, en utilisant notamment son influence sur les séparatistes ukrainiens prorusses. Il a également appelé les autorités ukrainiennes à respecter un cessez-le-feu dans la zone.

Le président ukrainien Petro Porochenko a demandé lundi à ses forces d'interrompre leurs opérations dans un rayon de 40 kilomètres autour de la zone du crash. Cette zone ne comprend pas la ville de Donetsk, où les combats se poursuivent entre pro-russes et loyalistes.

Où sont les corps des victimes ?

Le train réfrigéré transportant dans cinq wagons les dépouilles des victimes a quitté lundi la zone prorusse dans laquelle l'avion est tombé, et atteint ce mardi la ville de Kharkiv, en territoire loyaliste. Dans le train se trouveraient 200 à 282 corps, selon les sources.

Des représentants de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, une vingtaine de Malaisiens et une délégation de diplomates indonésiens se sont rendus à Kharkiv. Selon l'un de ces diplomates, qui explique être là "pour surveiller le processus d'extraction des corps et leur identification avant qu'ils ne soient envoyés aux Pays-Bas ", les dépouilles des victimes "n'ont pas été conservées dans un lieu sécurisé et ils n'ont pas été traités correctement" sur les lieux du crash ".

Les corps vont ensuite être remis à une délégation néerlandaise, et un avion transportant les premières dépouilles est attendu mercredi à Eindhoven, dans le sud des Pays-Bas. "Dès qu'une victime sera identifiée, la famille sera informée en priorité, et personne d'autre, a expliqué le premier ministre néerlandais Mark Rutte. Parfois cela peut aller très vite, parfois cela peut prendre des semaines ou même des mois ".

Les boîtes noires vont-elles parler ?

Le chef séparatiste Alexandre Borodai a remis lundi soir à une délégation malaisienne les deux boîtes noires de l'avion. Après un passage aux Pays-Bas, elles ont été envoyées au Royaume-Uni pour être analysées et décryptées par un laboratoire, a annoncé le vice-ministre malaisien des Transports. Elles seront analysées sous la supervision de l'Organisation de l'aviation civile internationale.

Les boîtes ont enregistré toutes les conversations dans le cockpit, ainsi que des informations techniques sur le vol. Il est peu probable qu'elle permettent d'identifier l'origine du tir qui a fait chuter l'avion.

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