CANNES 2016. Roumanie: un pays dépeint en trois films

Affiche du film «Sieranevada» de Cristi Puiu, en compétition pour la Palme d\'Or de la 69e édition du Festival de Cannes
Affiche du film «Sieranevada» de Cristi Puiu, en compétition pour la Palme d'Or de la 69e édition du Festival de Cannes (DR)

Plusieurs films en compétition pour la Palme d'Or de la 69e édition du Festival de Cannes ont été tournés en Roumanie. «Baccalauréat» et «Sieraneveda», œuvres respectives des cinéastes roumains Cristian Mungiu et Cristi Puiu, et «Toni Erdmann» de l'Allemande Maren Ade offrent une petite incursion dans la société roumaine.


La Roumanie. C'est le point commun des films Baccalauréat de Christian Mungiu, Sieraneveda de Cristi Puiu et Toni Erdmann de l'Allemande Maren Ade, tous en lice pour la Palme d'Or, édition 2016.

L'action de Sieranevada se situe trois jours après l'attentat contre Charlie Hebdo. Quarante jours après la mort de son père, Lary se rend dans sa famille pour une cérémonie en la mémoire de son père. Cette réunion de famille, pleine de surprises, génère toutes sortes d'échanges, notamment sur la vie politique de la Roumanie. 

Bien que «cette histoire puisse se passer n’importe où», selon son réalisateur, l'empreinte roumaine demeure totalement assumée. L'affiche du long métrage, choisie pour la Roumanie, est d'ailleurs une photo des barres d'immeubles construites sous le régime communiste de Nicolae Ceausescu, renversé en décembre 1989. 

Ainsi la joute verbale entre une invitée d'un certain âge, qui cèlèbre l'ère communiste, et la jeune sœur de Lary, qui a en mémoire les horreurs commises à cette époque, renvoie à la violence des soubresauts politiques subis par les Roumains. 



«Je voulais faire un film sur la révolution roumaine il y a quelques années (parce qu’il était) honnête d’essayer de restituer les faits vus de la banlieue où j’ai grandi», a confié Cristi Puiu lors de la conférence de presse de son film. Car «les évènements qui ont eu lieu en décembre 1989 se sont surtout déroulés dans le centre-ville (de la capitale roumaine, Bucarest). C’était plutôt calme dans la périphérie, dans les banlieues. Les gens se préparaient pour Noël.»

Photo du film «Sieranevada» de Cristi Puiu
Photo du film «Sieranevada» de Cristi Puiu (DR)


Avec Sieranevada, «le désir de faire un film sur la révolution est revenu, poursuit-il. Comme pour dire, voici ce qui se passe en Roumanie alors qu’à Paris il y a eu un attentat. En d'autres termes, en dépit parfois d'un actualité brûlante qui suscite leur intérêt, «les gens continuent d’être absorbés par leur propre histoire». 

Sieranevada illustre aussi la prégnance du fait religieux dans la société roumaine. Une longue scène est consacrée au rite orthodoxe pour célébrer les morts.   



Destination Roumanie ! 
Baccalauréat de Christian Mungiu, permet de prolonger cette exploration du quotidien en Roumanie grâce à l'histoire d'un père, Roméo, qui est prêt à tout pour que sa fille puisse faire ses études à l'étranger. Car, il estime être son devoir de l'éloigner de ce pays «corrompu». Mais il lui faut d'abord obtenir un précieux sésame : le baccalauréat. Tout en critiquant cette corruption, le médecin participe malgré lui à la persistance de ces pratiques dans sa petite ville de Transylvanie quand l'agression de son enfant vient contrarier ses plans.  

«On parle beaucoup de la corruption en Roumanie, a expliqué le réalisateur Christian Mungiu lors de la conférence de presse de son film. On pourrait faire un film sur la corruption en sociale. La presse en parle d’ailleurs tous les jours. Mais dans mon film, je voulais poser la question sur le lien possible entre la corruption sociale et les compromis moraux auxquels on s’adapte au cours de sa vie, sans même s’en apercevoir (…). Les parents ont pu survivre dans ce pays-là et cela n’est possible que si on fait quelques compromis. Le personnage (du père) est assez idéaliste et naïf par rapport à sa progéniture. Il a l’impression qu’il peut préserver sa fille de toute cette corruption. Il imagine qu’il peut l’envoyer dans un autre pays, dans un monde libre de corruption. Ce n’est pas vraiment possible et cela n’existe pas réellement. Cet enfant de dix-huit ans a été élevé dans ce pays socialiste, elle a compris comment fonctionnait la société.» Et le cinéaste de s'interroger sur le thème de l'éducation soulevé dans son oeuvre: «Ce n’est pas ce que l’on dit qui compte, mais ce que l’on fait. Nos enfants, en nous voyant faire, pourront-ils un jour d’arrêter la corruption ou changer les choses?»

Photo du film «Toni Erdmann» de Maren Ade
Photo du film «Toni Erdmann» de Maren Ade (DR)


Quant à la cinéaste allemande Maren Ade, qui par ailleurs apprécie le travail des cinéastes roumains Cristi Puiu et Cristian Mungiu, elle propose une perspective plus économique. Son film Toni Erdmann raconte l'histoire d'un père qui tente de se rapprocher de sa fille, consultante à Bucarest pour une entreprise allemande, en créant un personnage qui donne son titre au film.

Dans l'une des scènes de Toni Erdmann, les mérites économiques de la destination Roumanie sont ainsi vantés. Le pays disposerait, entre autres, d'une main d'œuvre qualifiée de jeunes ayant fait leurs études à l'étranger et capables de s'adapter à la culture d'entreprise des multinationales qui s'installent chez eux. 


«J’ai pensé que la Roumanie pouvait être un pays intéressant parce qu’il y a un lien économique étroit avec l’Allemagne, a confié la réalisatrice qui a installé son intrigue dans ce pays et y a tourné pendant cinq mois. Après la chute du communisme, il y a eu beaucoup d’entreprises allemandes et autrichiennes qui se sont installées en Roumanie. Il y a des multinationales présentes dans ce pays, beaucoup de projets pour les consultants…» 

Fin 2014, l’Autriche représentait 14% des investissements étrangers en Roumanie et l’Allemagne, plus de 12%. Ce qui place ces Etats au deuxième et troisème rangs des principaux investisseurs dans le pays.   
 

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