Autriche : la droite et extrême droite scellent un accord de gouvernement

Le conservateur Sebastian Kurz et le patron du FPÖ, à Vienne (Autriche), vendredi 15 décembre 2017. 
Le conservateur Sebastian Kurz et le patron du FPÖ, à Vienne (Autriche), vendredi 15 décembre 2017.  (ROLAND SCHLAGER / APA / AFP)

L'investiture du nouveau gouvernement par le président de la République Alexander Van der Bellen est prévue pour lundi, après ratification officielle du pacte de coalition par les deux partis samedi.

Cette alliance vient couronner une année faste pour l'extrême droite. En Autriche, le conservateur Sebastian Kurz et le Parti de la liberté d'Autriche (FPÖ) ont scellé leur accord de coalition, vendredi 15 décembre, ouvrant les portes de la chancellerie au jeune dirigeant chrétien-démocrate. 

"Nous sommes parvenus à un accord de gouvernement pour les cinq prochaines années afin d'apporter le changement promis", a annoncé, au terme d'une dernière journée de négociations, celui qui doit devenir à 31 ans le plus jeune dirigeant au monde.

Selon des indiscrétions concordantes, le FPÖ doit décrocher plusieurs ministères régaliens dont l'Intérieur et les Affaires étrangères, deux portefeuilles qui lui avaient échappé au cours de sa précédente expérience gouvernementale. Autre concession faite au parti fondé par d'anciens nazis : Sebastian Kurz a accepté que l'Autriche renonce à faire appliquer une interdiction totale du tabac dans les bars et les restaurants qui devait entrer en vigueur en mai prochain et dont le patron du FPÖ, Heinz-Christian Strache Strache, exigeait l'annulation.

Un rapprochement idéologique entre les deux partis 

Vainqueur des élections législatives du 15 octobre, Sebastian Kurz avait engagé neuf jours plus tard des pourparlers exclusifs avec le patron du parti d'extrême droite FPÖ. Le succès de ces négociations était largement prévu. Chef de la diplomatie autrichienne depuis 2013, le conservateur Sebastian Kurz se flatte d'être un des principaux artisans de la fermeture aux migrants de la route des Balkans en 2016 et s'était rapproché pendant sa campagne électorale des thématiques du FPÖ, notamment sur l'immigration. Vendredi, le patron du parti a ainsi estimé que l'accord de gouvernement intégrait "bien plus de 50% de positions FPÖ".

"Kurz est allé très loin dans son rapprochement idéologique avec le FPÖ, une stratégie qui peut marcher à condition qu'il ne brade pas complètement l'identité de son parti", estime le politologue autrichien Thomas Hofer.

En 2000, l'entrée du FPÖ au gouvernement avait provoqué des sanctions européennes, un scénario jugé cependant très improbable aujourd'hui, dans un contexte général de montée des partis populistes et antimigrants, tandis que Heinz-Christian Strache, 48 ans, a veillé à lisser l'image de sa formation.

Toutefois, la perspective d'un retour au pouvoir du parti a suscité l'inquiétude d'organisations civiques et de la Communauté israélite (IKG) d'Autriche. Sebastian Kurz a assuré qu'une "tolérance zéro" envers l'antisémitisme était une "condition préalable claire" à une entrée dans son gouvernement. Il s'est par ailleurs porté garant du fait que son gouvernement conservera "une forte orientation européenne", malgré le scepticisme traditionnellement affiché par le FPÖ dans ce domaine.

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