Espagne. Retour sur une nuit de manif anti-austérité

Un manifestant est arrêté par les forces de l\'ordre lors d\'une manifestation devant le Parlement espagnol, à Madrid, le 25 septembre 2012.
Un manifestant est arrêté par les forces de l'ordre lors d'une manifestation devant le Parlement espagnol, à Madrid, le 25 septembre 2012. (SUSANA VERA / REUTERS)

Des affrontements ont éclaté, mardi soir à Madrid, aux abords du Congrès, faisant soixante blessés. Le point sur ce mouvement de protestation et son contexte.

ESPAGNE - Des affrontements ont éclaté, mardi 25 septembre au soir, à Madrid, entre policiers et manifestants du mouvement des "indignés" qui s'étaient rassemblés par milliers aux abords du Congrès, aux cris de "démission", "dehors". Ils ont fait plus de 60 blessés, dont 27 policiers, selon les services d'urgence. Et 26 personnes ont été interpellées.

Les faits : une nuit d'affrontements 

Les "indignés" espagnols ont voulu entourer le Congrès, transformé en camp retranché sous la protection de centaines de policiers, où les députés étaient réunis, pour dénoncer une démocratie prisonnière des marchés financiers. "La démocratie est séquestrée. Le 25 septembre, nous allons la sauver", clame le manifeste de l'une des organisations qui appelait à se mobiliser sur son site, Coordinadora #25S.

Les premiers incidents ont éclaté lorsque les policiers ont chargé à coups de matraques des groupes de manifestants qui tentaient de forcer un barrage. Manifestants et forces de l'ordre se sont alors installés dans un face-à-face sous extrême tension sur la place de Neptuno.

EVN


En fin de soirée, les policiers ont à nouveau chargé, tirant cette fois des balles en caoutchouc contre des manifestants, souvent jeunes, certains le visage recouvert d'une cagoule, qui jetaient des pierres ou lançaient des barrières arrachées sur les barrages. La plupart se sont alors dispersés vers les rues alentour, criant "le peuple uni ne sera jamais vaincu", "honte", tandis que d'autres se sont assis, mains en l'air, sur la place. Ils ont finalement été dispersés vers 1 heure du matin.

Les causes : une colère qui couve depuis longtemps...

Le mot d'ordre de ces manifestations a été lancé via les réseaux sociaux, relais très actif de la colère des Espagnols face à la crise qui laisse un quart de la population active au chômage, et aux mesures de rigueur draconiennes imposées par le gouvernement de droite. 

L'Espagne bénéficie d'un plan d'aide européen de 100 milliards d'euros pour ses banques depuis juin. Mais le pays a dû s'engager dans une cure de rigueur historique pour réduire son déficit public. En échange, le gouvernement a adopté depuis décembre des mesures d'austérité qui ont provoqué un profond mécontentement. 

Il a ainsi considérablement diminué les traitements des fonctionnaires, augmenté de trois points la TVA, à 21%, et réduit les dépenses en matière d'éducation et de santé. "Toute une série de mesures ont été adoptées par décret, sans qu'elles ne passent par les députés", dénonce une porte-parole de Coordinadora #25S.

... et qui n'est pas près de s'éteindre

Les manifestants accusent l'Etat d'avoir réduit les aides sociales au profit du renflouement du secteur bancaire. Et cela n'est probablement pas terminé. Selon des sources proches du gouvernement, Madrid étudie le gel des pensions de retraite ajustées sur l'inflation, qui représentent un quart des dépenses publiques.

Le gouvernement de Mariano Rajoy doit présenter, jeudi 27 septembre, son budget pour l'année 2013. Il sera toujours marqué par l'austérité, alors que le pays ne réussira sans doute pas à atteindre ses objectifs de réduction du déficit budgétaire pour l'année en cours.

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