Attentat de Berlin : trois questions autour de la cavale d'Anis Amri

Des policiers italiens devant la dépouille d\'Anis Amri, le vendredi 23 décembre à Milan.
Des policiers italiens devant la dépouille d'Anis Amri, le vendredi 23 décembre à Milan. (DANIELE BENNATI / AFP)

L'auteur de l'attentat de Berlin semble être passé par la France, et notamment Chambéry, avant d'être abattu par des policiers à Milan, en Italie. Comment a-t-il pu circuler aussi facilement ?

Quatre jours. C'est le temps qu'il aura fallu pour mettre fin à la cavale de l'homme le plus recherché d'Europe, Anis Amri, le terroriste de l'attentat de Berlin. Ce Tunisien de 24 ans a été abattu vendredi 23 décembre à Milan, en Italie, lors d'un contrôle de police, vers 3 heures du matin. "C'était un fantôme", a déclaré Antonio de Iesu, le préfet de police de Milan. "Il n'avait pas sur lui d'autre arme [que le pistolet avec lequel il a fait feu], ni de téléphone, seulement un petit couteau et quelques centaines d'euros."

Selon des informations des médias italiens confirmées par France 2, Anis Amri était en possession d'un billet de train Chambéry-Milan via Turin. L'a-t-il utilisé pour voyager en France ? L'enquête devra le déterminer. Et si cela se confirmait, comment expliquer qu'il ait pu tromper la vigilance des policiers et des agents SNCF ?   

Le mandat d'arrêt européen a-t-il été émis trop tard ? 

Durant vingt-quatre heures, un jeune Pakistanais est d'abord considéré comme le conducteur du poids lourd qui a fait, lundi 19 décembre, 12 morts à Berlin. Le lendemain, les autorités allemandes se lancent finalement à la recherche d'un Tunisien dont un document d'identité a été retrouvé dans le camion-bélier. Mais ce n'est que mercredi 21 décembre qu'un mandat d'arrêt européen est diffusé en Allemagne et dans toute l'Europe, avec, à la clé, une récompense de 100 000 euros.

Un tel délai est forcément préjudiciable, pointe David Alberto, conseiller technique du syndicat de police Synergie Officiers. "Dans un mandat d'arrêt européen, ce qui compte beaucoup, c'est le temps. Or, là c'était tardif", regrette-t-il. Le syndicaliste se plaît à imaginer un autre système qui viendrait pallier les manquements du mandat d'arrêt : "On pourrait peut-être avoir une mesure administrative qui viendrait alerter les différents services européens, en complément du mandat d'arrêt et dont le but serait de diffuser des informations même parcellaires."

Quelles consignes ont reçu les policiers ? 

Néanmoins, une fois le mandat d'arrêt européen émis et diffusé, l'information est ensuite très vite transmise aux policiers."C'est la DCPJ (la Direction centrale de la police judiciaire) qui émet un télex à tous les états-majors qui transmettent après aux différents services. Ca tombe très vite dans les quatre coins de la France", explique David Alberto, de Synergie Officiers. 

Y-a-t-il donc eu des failles dans le cas d'Anis Amri ? S'il est bien passé en France, comment les forces de l'ordre ont-ils pu le manquer ? "Vous savez vu le nombre de menaces qui pèsent en France et en Europe, les policiers sont mobilisés sur un tel nombre d'opérations que cela entrave leur potentiel, dénonce David Alberto. On manque d'effectifs pour répondre à toutes ces taches et on n'a pas de réserves pour le faire rapidement."

Les agents SNCF ont-ils été avertis ? 

Tous les syndicats ferroviaires, contactés par franceinfo, nous indiquent qu'ils n'ont pas été mis au courant du mandat d'arrêt européen contre Anis Amri. "Non, on n'a rien reçu, parfois on peut recevoir des alertes sur telle ou telle personne mais là non", assure l'Unsa-ferroviaire de la région Rhônes-Alpes. "La police ferroviaire devait être au courant mais les guichetiers ou les contrôleurs, non, ce n'est pas leur rôle", ajoute le secrétaire général adjoint du syndicat, Roger Dillenseger. 

"Ni les contrôleurs SNCF, ni les agents commerciaux ne reçoivent entre leurs mains de portrait-robot ou de fiche de signalement", indique encore un responsable chez Solidaires. "Cela ne fait pas partie de nos missions. En revanche, comme tout citoyen, nous avons un œil plus attentif dans pareilles circonstances." Sollicitée par franceinfo, la SNCF s'est, quant à elle, refusée à tout commentaire.