"Qui sait me dire quel était le régime politique en RDA ?" : pour ces lycéens berlinois, l'Allemagne d'avant la chute du mur paraît bien loin

Vue panoramique de Leipzig le 25 juillet 2019.
Vue panoramique de Leipzig le 25 juillet 2019. (JENS KALAENE / DPA-ZENTRALBILD)

Trente ans après la chute du mur de Berlin, beaucoup de jeunes Allemands de 14-15 ans méconnaissent l'histoire contemporaine de leur pays. Des excursions en ex-RDA permettent de leur expliquer ce qu’était le régime communiste.

Dans les rues de Leipzig, ce matin-là, des rires trahissent la présence et l’insouciance d’un groupe d’élèves de 13e, l’équivalent de la terminale. Elles et ils sont nés 12 ans après la chute du Mur. Ces jeunes de la banlieue de Berlin ont fait 200 km avec leur professeur, à l'image de Brandy : "On est en voyage avec ma classe, on vient ici pour apprendre des choses. Comme c’est une époque qu’on n’a pas encore étudiée en cours d’histoire, on est là pour découvrir ce qui s’est passé à Leipzig : les manifestations, l’histoire en général."

Tous les élèves suivent Sabine, la guide de cette excursion. "Et nous arrivons devant la plus ancienne église de la ville, l’église Saint-Nicolas, explique-t-elle au groupe. Très important, la révolution pacifique a commencé ici. Vous en avez déjà un petit peu entendu parler... Qui sait me dire quel était le régime politique en RDA ?" Silence dans les rangs des élèves. "N’ayez pas peur..." "Moi, je n’ai pas encore commencé mes cours intensifs d’histoire" s'excuse une élève. "Aujourd’hui on a quoi comme système ?" reprend la guide. "La démocratie" s'exclame l'un des adolescents. "Et à l'époque, c’était ?... Le contraire, c’est quoi ?... La dictature !", lâche enfin la guide.

Méconnaissance de l'histoire contemporaine 

Un peu perdus, ces élèves sont pourtant déjà supposés avoir abordé l’histoire de la RDA vers l’âge de 14-15 ans, soit, selon les régions, en classe de 9e ou 10e, l’équivalent de nos classes de troisième et seconde. Mais quand on les interroge, tout le monde ne sait pas, par exemple, que Berlin était une ville divisée. D’autres demandent si la RDA a quelque chose à voir avec Hitler. Une méconnaissance qui n'étonne guère Emmanuel Droit, professeur d'histoire à Sciences Po Strasbourg, auparavant chercheur au centre Marc-Bloch à Berlin. "À la fin, je pense que ce qu'ils en retireront, ce n'est pas un savoir livresque, un peu érudit comme on le fait en France. Ils ne sauront pas vous dire la date exacte. Ils retireront simplement l'idée qu'une société civile éprise de liberté et de démocratie peut faire vaciller un régime de dictature. C'est ça qu'ils retiendront."

Avec ces visites de terrain sur des lieux de mémoire, des jeux de rôle, voilà comment ces jeunes Allemands, qui ont toujours connu une seule Allemagne, découvrent leur histoire. Depuis dix ans, les professeurs ont accès à un portail en ligne qui recense 360 témoins vivants de la dictature de la RDA. Et la possibilité de les faire venir en classe et d’ouvrir la discussion avec les plus jeunes.

Le reportage à Leipzig de Ludovic Piedtenu.
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