"Lamentable", "scandaleux", "inacceptable" : les cibles des écoutes américaines se lâchent

François Hollande au téléphone, le 20 mars 2015, à Bruxelles (Belgique).
François Hollande au téléphone, le 20 mars 2015, à Bruxelles (Belgique). (ALAIN JOCARD / AFP)

François Hollande, Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac, entre autres, ont été espionnés par les renseignements américains.

Ils étaient sur écoute. La National Security Agency (NSA) a espionné les conversations téléphoniques de nombreux responsables politiques et diplomates français, dont Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande, a révélé WikiLeaks, mardi 23 juin, en partenariat avec Libération et Mediapart. Le site de Julian Assange a ainsi publié une liste de numéros de téléphone placés sur écoute par l'agence de renseignement américaine. Parmi eux figurent par exemple ceux de l'ancien ministre du Commerce extérieur Pierre Lellouche, du secrétaire général de l'Elysée, Jean-Pierre Jouyet, ou de l'ancien conseiller diplomatique Jean-David Levitte. Et ils n'ont pas manqué de réagir.

"Des faits inacceptables" pour l'Elysée

Dans la foulée des révélations de Libération et Mediapart, le chef de l'Etat a annoncé la tenue d'un conseil de défense, mercredi 24 juin. A l'issue de cette réunion, l'Elysée a condamné des "faits inacceptables", précisant que la France "ne tolérera[it] aucun agissement mettant en cause sa sécurité". Pour Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement et proche du président, "il est difficile d'accepter qu'entre alliés, il puisse y avoir ce genre de pratiques, en particulier sur des écoutes liées au président de la République". Mediapart note toutefois que depuis l'affaire Snowden, la France a toujours affiché une désapprobation de façade, sachant qu'elle aussi espionne des nations "amies".

L'exécutif était prudent, assure Michèle Alliot-Marie

S'il n'a pas réagi personnellement, Nicolas Sarkozy a fait savoir par son entourage qu'il jugeait "ces méthodes inacceptables en règle générale, et plus particulièrement entre alliés". Mais l'exécutif n'ignorait toutefois pas les procédés des renseignements étrangers. "Les conversations qu'il pouvait y avoir entre le ministre de la Défense et le président de la République se faisaient hors téléphone", a assuré Michèle Alliot-Marie, ex-ministre de la Défense et des Affaires étrangères sous Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac, sur i-Télé. L'entourage de Jacques Chirac, lui, n'a pas souhaité réagir "à ce stade".

"Cela nécessite une explication", pour Claude Guéant

Victime lui aussi de l'espionnage américain, Claude Guéant, ancien ministre de l'Intérieur et proche de Nicolas Sarkozy, dénonce dans Mediapart une "pratique scandaleuse". "Le gouvernement français doit réagir comme il se doit, déclare-t-il. Au minimum, cela nécessite une explication au plus haut niveau, un engagement absolu à mettre un terme à ces pratiques. Nous nous acheminons vers un monde qui est extrêmement préoccupant, où plus personne n’a plus d’intimité, de confidentialité."

Au micro de RTL, il estime encore qu'il y a "là une rupture du pacte de confiance" entre les Etats-Unis et la France. Selon lui, la Maison Blanche "devrait s'exprimer sur ce sujet, exprimer des regrets, parce que c'est quelque chose qui n'est pas admissible". Et l'ex-ministre de poursuivre, conciliant : "Cela étant, les relations géostratégiques entre la France et les Etats-Unis ne doivent pas être entachées par ce scandale." Claude Guéant indique par ailleurs qu'il ne portera pas plainte : "Cela doit se résoudre diplomatiquement".

Pierre Lellouche "de moins en moins ami de l'Amérique"

Interviewé par Libération, Pierre Lellouche "trouve ça lamentable". "Il faudrait une explication de texte au plus haut niveau avec les Américains. Il faut que la France réagisse, et réagisse fortement", juge l'ancien secrétaire d'Etat au Commerce extérieur de Nicolas Sarkozy. Pourtant, il ne se dit "pas surpris" par ces écoutes. "Ce qui me surprend, c’est que les Américains aient pu le faire sans être détectés, s'interroge-t-il. Après, dans les affaires de commerce international, il est évident que tout le monde s’agite pour connaître la position du pays d’en face."

Dans cet entretien, Pierre Lellouche affirme aussi qu'il n'avait pas pris de dispositions particulières en matière de sécurité : "On allait tous au Conseil des ministres avec notre portable dans la poche." "Moi qui étais un grand ami de l’Amérique, je le suis de moins en moins", conclut le député de Paris auprès de Mediapart.

"Cela va avec la fonction", selon Jean-David Levitte

Contacté par Mediapart, Jean-David Levitte, ex-ambassadeur français aux Etats-Unis, puis conseiller diplomatique de Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, n'est pas "surpris" lui non plus : "Quand j’ai été ambassadeur à l’ONU, puis à Washington, puis dans mes fonctions à l’Elysée, aussi bien auprès de Jacques Chirac que de Nicolas Sarkozy, je suis toujours parti du principe que j’étais écouté. Cela va avec la fonction… Une fois qu’on a intégré cela, on adapte ses pratiques." 

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