Etats-Unis et Europe : espionnage probable, querelle impossible

La chancelière allemande, Angela Merkel, le Premier ministre britannique, David Cameron, le président russe, Vladimir Poutine, le président des Etats-Unis, Barack Obama, et le président français, François Hollande, lors de la réunion du G8 du 18 juin 2013, près d\'Enniskillen (Irlande du Nord).
La chancelière allemande, Angela Merkel, le Premier ministre britannique, David Cameron, le président russe, Vladimir Poutine, le président des Etats-Unis, Barack Obama, et le président français, François Hollande, lors de la réunion du G8 du 18 juin 2013, près d'Enniskillen (Irlande du Nord). (BERTRAND LANGLOIS / AFP)

Malgré la crise de confiance qui pèse sur leurs relations, les deux puissances ont des intérêts communs dans de nombreux domaines.

Les Etats-Unis et l’Europe sont-ils à la veille d'une crise de couple ? Après les révélations du Spiegel et du Guardian, durant le week-end des 29 et 30 juin, sur l'espionnage supposé de pays européens par les Etats-Unis, le ton monte entre les deux alliés. Le ministre des Affaires étrangères français, Laurent Fabius, a estimé que si les faits étaient confirmés, ils seraient "tout à fait inacceptables." Condamnation reprise dans les mêmes termes en Allemagne. 

Certains vont jusqu'à menacer de cesser les négociations sur le traité de libre-échange transatlantique, officiellement lancées début juin. La commissaire européenne à la Justice et aux Droits fondamentaux, Viviane Reding, a ainsi appelé à un gel des discussions, dans l’attente des explications américaines. "Les partenaires ne s'espionnent pas entre eux", s’est-elle indignée. En France, le parti Europe Ecologie-Les Verts demande à François Hollande d’accorder l'asile politique à l’auteur des révélations sur le programme américain d'espionnage, Edward Snowden. Un accueil qui, évidemment, ne manquerait pas d’attiser la colère de Washington.

Mais l’Europe peut-elle vraiment prendre le risque de se fâcher avec les Etats-Unis ? De l’avis de nombreux observateurs, les bisbilles qui perturbent actuellement les relations transatlantiques n’iront pas plus loin que l’échange rhétorique. Car les raisons de maintenir de bonnes relations sont trop nombreuses.

Une relation économique à préserver

Partenaires particuliers. L’Europe n’a pas la capacité de se disputer avec les Etats-Unis, car "il s’agit de notre premier partenaire commercial", expose Thomas Snégaroff, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), spécialiste des Etats-Unis, contacté par francetv info. D'autant plus que, dans ses relations commerciales avec les Etats-Unis, "l'Union européenne est en excédent". Cela signifie qu’elle y exporte plus qu’elle n’importe de là. Réciprocité oblige, l’Union européenne est aussi le premier partenaire des Etats-Unis. "Le président américain, Barack Obama, sait qu’il a besoin de l’Europe, au point d’être prêt à céder sur l’exception culturelle dans le cadre des discussions sur l’accord de libre échange", note Thomas Snégaroff.

La solidarité des ex-géants face aux Brics. "Ce n’est pas un hasard que le projet d’accord de libre-échange voit le jour à un moment où les deux géants semblent perdre la main", explique Yann Echinard, économiste spécialiste de l’Union européenne. L’Europe et les Etats-Unis, longtemps considérés comme les leaders de l’économie mondiale, assistent en effet à l’émergence des Brics : Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud, qui menacent de la concurrencer. Dans ces conditions, ils sont amenés à défendre des intérêts communs. "Les Etats-Unis et l'Europe sont unis par une nécessaire coopération, encore plus dans un contexte de montée des émergents",  résume Jean-Marie Ruiz, maître de conférences en civilisation américaine à l'université de Savoie, interrogé par francetv info. "Même si Barack Obama s’est beaucoup rapproché de l’Asie Pacifique, il souhaite garder un pied en Europe."

Une alliance stratégique inébranlable 

Front commun face au terrorisme. L'Europe ne devrait pas s'attendre à ce que les Etats-Unis portent seuls "le fardeau" du terrorisme, avait lancé Barack Obama lors d’une conférence de presse avec Nicolas Sarkozy, en janvier 2012. Le président des Etats-Unis affirmait qu'il était "plus vraisemblable qu'Al-Qaïda lance une grave attaque terroriste en Europe qu'aux Etats-Unis". Face une menace commune, les deux entités ont tout intérêt à coopérer. "La lutte contre le terrorisme est une lutte occidentale", souligne Jean-Marie Ruiz. Dernière exemple en date : sans s'engager dans une implication directe, Washington a fortement soutenu l'engagement de la France au Mali. Une intervention qui a été justifiée par la lutte contre le terrorisme.

Une Europe militairement dépendante ? Les deux puissances, qui sont alliées militairement au sein de l'Organisation du traité de l'Atlantique-Nord (Otan) entretiennent une relation stratégique proche de la dépendance. "Il y a un fossé technologique qui fait que l’Europe a besoin de l'appui des Etats-Unis dans certains domaines", explique Thomas Snégaroff. Les Etats-Unis ont d'ailleurs apporté "des moyens logistiques" au Mali, remarque Jean-Marie RuizQuant à la Syrie, où les alliés soutiennent la rébellion, alors que la Chine et la Russie épaulent Bachar Al-Assad, "l'Europe ne peut pas rien faire sans les Etats-Unis", affirme le chercheur. Une intervention unilatérale semble inimaginable.

Pour toutes ces raisons, il est difficile d'imaginer que les relations transatlantiques s’enveniment gravement. "On va faire un peu de rodomontades, pendant quelques temps, et puis on reviendra à la normale", prévoit François-Bernard Huyghe, directeur de recherche à l'Iris, interviewé par TV5Monde. Finalement, plus qu’aux Etats-Unis, c’est aussi à leurs futurs électeurs que les responsables européens s’adressent en tançant actuellement Washington. A un an des élections européennes, il eut été difficile de ne pas réagir à des révélations qui ont choqué l'opinion publique.

Vous êtes à nouveau en ligne