Espionnage industriel : Airbus va porter plainte contre X et demander des comptes à Berlin

Un Airbus A350 à l\'aéroport de Roissy (Seine-Saint-Denis), le 30 avril 2015.
Un Airbus A350 à l'aéroport de Roissy (Seine-Saint-Denis), le 30 avril 2015. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

Cette plainte fait suite aux accusations de presse selon lesquelles le renseignement allemand (BND) aurait espionné le groupe aéronautique européen pour le compte de l'Agence nationale de la sécurité américaine (NSA).

Le groupe aéronautique européen Airbus a annoncé, jeudi 30 avril, qu'il allait déposer plainte contre X pour espionnage et qu'il avait "demandé des informations" à Berlin. Une décision qui intervient après les accusations de presse selon lesquelles le renseignement allemand (BND) aurait espionné le groupe aéronautique pour le compte de l'Agence nationale de la sécurité américaine (NSA). Francetv info revient sur cette affaire.

Pourquoi Airbus porte plainte ?

Bild, le quotidien le plus lu d'Allemagne, a affirmé lundi, sur la foi de documents de 2008 et 2010, que les services de renseignement allemands (BND) avaient tenté d'espionner depuis 2005 EADS (devenu Airbus) et Eurocopter (aujourd'hui Airbus Helicopters) pour le compte de la NSA.

En assurant "ne pas vouloir participer aux spéculations sur les accusations", un porte-parole a indiqué dans un courriel qu'Airbus était "inquiet, car il y avait des soupçons concrets d'espionnage industriel", que le groupe avait "demandé des informations au gouvernement fédéral" allemand et qu'il allait "maintenant porter plainte contre X pour des soupçons d'espionnage industriel".

Le quotidien Süddeutsche Zeitung (en allemand), paru jeudi, ajoute que les services de renseignement allemands auraient espionné des "hauts fonctionnaires" français, notamment de la présidence de la République et de la Commission européenne, également pour le compte de la NSA.

Que dit Berlin ?

D'après Bild, la chancellerie était informée depuis 2008, sous le premier mandat d'Angela Merkel, de telles pratiques visant des sociétés comme Airbus. Mais, toujours selon le quotidien allemand, Berlin n'a pas réagi pour ne pas froisser Washington et mettre en péril la coopération dans la lutte contre le terrorisme.

Le ministre de l'Intérieur allemand, Thomas de Maizière, un proche allié de la chancelière Angela Merkel, a nié mercredi avoir menti au Parlement à propos de la collaboration entre les services de renseignement allemands et américains. Ce responsable, qui était à l'époque ministre à la Chancellerie, en charge des services de renseignement, a proposer de s'expliquer la semaine prochaine devant la commission d'enquête parlementaire sur la NSA.

A Bruxelles, on botte en touche : "Je ne sais pas ce qui s'est passé. Ceci devra être réglé par les autorités allemandes, y compris parlementaires, et nous verrons", a commenté le président de la Commission Jean-Claude Juncker. De son côté, Paris a affirmé être "en contact étroit avec [ses] partenaires allemands sur ce sujet".

Angela Merkel est-elle inquiétée ?

"Le cas de Maizière devrait être en tête de liste des priorités de la chancelière. Sinon, l'affaire va automatiquement se rapprocher encore d'elle", a commenté le quotidien économique Handelsblatt.

Certains analystes envisagent des conséquences pour l'avenir de Thomas de Maizière, mais ils estiment qu'Angela Merkel est à l'abri. Elle "n'est menacée que si l'état-major de la CDU [Union chrétienne-démocrate, le parti conservateur qu'elle préside] a le sentiment qu'elle pourrait ne pas gagner en 2017, ce qui n'est pas le cas actuellement", a tranché Gero Neugebauer, politologue à la Freie Universtität de Berlin.

Il est généralement admis qu'Angela Merkel se représentera en 2017 pour un quatrième mandat. Et en l'état actuel des sondages, elle serait réélue haut la main.

Vous êtes à nouveau en ligne