Trois choses à savoir sur Pedro Sanchez, le nouveau Premier ministre espagnol

Le chef du Parti socialiste espagnol (PSOE), Pedro Sanchez, pendant son discours lors du débat parlementaire sur la motion de censure à l\'encontre de Mariano Rajoy, à Madrid (Espagne), le 1er juin 2018.
Le chef du Parti socialiste espagnol (PSOE), Pedro Sanchez, pendant son discours lors du débat parlementaire sur la motion de censure à l'encontre de Mariano Rajoy, à Madrid (Espagne), le 1er juin 2018. (EMILIO NARANJO / AFP)

En prenant la tête du gouvernement, celui qui a longtemps été considéré comme un "loser" chez les socialistes espagnols est devenu le tombeur de Mariano Rajoy.

Un coup de poker lui permet enfin d'accéder au pouvoir. Pedro Sanchez, chef du Parti socialiste espagnol (PSOE), a tenté le tout pour le tout en déposant, vendredi 25 mai, une motion de censure à l'encontre du Premier ministre, Mariano Rajoy. Une semaine de tractations et de débats plus tard, le conservateur est poussé vers la sortie. Pedro Sanchez, 46 ans, le remplace à la tête du gouvernement : une tournure inattendue pour ce socialiste aux airs de Cary Grant. 

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C'est un grand sportif

Pas de doute, du haut de son mètre quatre-vingt-dix, Pedro Sanchez a l'esprit sportif. Supporter de l'Atlético Madrid et amoureux de basket, il a notamment joué jusqu'à l'âge de 21 ans dans l'équipe d'Estudiantes à Madrid, l'une des meilleures équipes de basket du pays. "J'ai toujours appris à donner le maximum de moi-même jusqu'à ce que l'arbitre siffle la fin de la rencontre", confiait-il dans une récente interview citée par Libération. Une passion qu'il a abandonnée pour devenir professeur d'économie. 

De ce passé de sportif, il garde aujourd'hui une obstination qui lui a beaucoup servi sur le terrain politique. "Jamais il ne se donne pour vaincu, constate le politologue José Maria Garrido. Les obstacles et les déconvenues peuvent s'accumuler, il n'abdique pas, il se bat comme un possédé jusqu'au bout."

Il a eu une carrière en dents de scie

Pedro Sanchez a longtemps été considéré comme un outsider. En décembre 2015, un premier échec cuisant marque sa carrière politique. Alors que Podemos (gauche radicale) et Ciudadanos (libéraux) font une percée aux législatives, les socialistes ne décrochent que 85 sièges (sur 350). Ce résultat, le pire du PSOE depuis le retour de la démocratie, est une claque pour "Pedro el Guapo" ("le Beau"). Chargé en mars 2016 par le roi Felipe VI de former un gouvernement après l'échec de Mariano Rajoy à nouer une coalition, Pedro Sanchez s'allie avec Ciudadanos. En vain : son investiture à la tête du gouvernement est rejetée par les députés.

En juin 2016, rebelote lors des élections anticipées, où le parti tombe à 84 sièges. Pedro Sanchez tente de former un gouvernement minoritaire avec les radicaux de Podemos, qui refusent. Quelques mois plus tard, en octobre, il est poussé à la démission par les cadres du PSOE. 

Tandis que certains le voient déjà mort politiquement, il les met rapidement en déroute. Au terme d'une âpre campagne, il sort vainqueur du congrès du PSOE, le 21 mai 2017, et reprend sa place de chef de file. Jusqu'à remporter le pari de la motion de censure qui le propulse, vendredi 1er juin, au poste de Premier ministre. 

Il est devenu un "Judas" pour la droite

Ces derniers mois, Pedro Sanchez s'est rapproché de la droite menée par le Parti populaire (PP) de Mariano Rajoy. La question de l'indépendance de la Catalogne, notamment, a lié les deux forces politiques. Mais le socialiste n'a pas hésité à surfer sur les retentissements d'un scandale de corruption, l'affaire Gürtel, dans laquelle les juges ont accrédité l'existence d'une "caisse noire" au PP et condamné le parti comme "participant à titre lucratif" à un réseau de corruption. "Pedro Sanchez passera à l'histoire comme le Judas de la politique espagnole", a lancé récemment Fernando Martinez-Maillo, coordinateur du parti de Mariano Rajoy. Ce dernier l'a d'ailleurs accusé d'être "prêt par ambition personnelle (…) à s'allier avec n'importe qui à n'importe quel prix"

Car ces derniers jours, Pedro Sanchez a largement négocié avec tous les partis d'opposition pour s'assurer du vote de défiance contre Mariano Rajoy. "Le hasard lui donne l'occasion de pouvoir jouer un rôle central", souligne le politologue Fernando Vallespin à l'AFP. Reste à savoir pour combien de temps : le nouveau Premier ministre a promis de convoquer des élections. Et, jusqu'à présent, le verdict des urnes n'a pas toujours tourné en faveur de "Pedro el Guapo". 

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