"On ne peut pas faire un pas en avant puis dix pas en arrière" : Gérone attend la déclaration d'indépendance de la Catalogne

Manifestation à Gerone (Espagne) après le résultat du référendum illégal le 3 octobre 2017.
Manifestation à Gerone (Espagne) après le résultat du référendum illégal le 3 octobre 2017. (ROBIN TOWNSEND / EFE)

Dans cette ville, ancien fief électoral du leader autonomiste Carles Puigdemont, beaucoup espèrent que ce mardi 10 octobre sera le jour de la déclaration d'indépendance de leur région.

En Catalogne, ce mardi 10 octobre s’annonce historique : plus d’une semaine après le référendum illégal où le "oui" l’a largement emporté, le président séparatiste de la région autonome Carles Puigdemont doit s’exprimer devant son parlement à 18 heures et pourrait proclamer l’indépendance.

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Avant d'être président de la Généralité de Catalogne, Carles Puigdemont a été maire de Gérone. Pour les indépendantistes de cette ville, à une centaine de kilomètres de Barcelone, il s’agit d’un grand jour : peut-être celui qu’ils ont attendu toute leur vie.  

Dans sa librairie catalane, Joan a été dévalisé : il ne reste presque plus de drapeaux indépendantistes. Maria, 83 ans, se rabat sur un modèle de trois mètres. "Je vais l’accrocher à mon balcon ! C’est incroyable : c’est un rêve depuis mon enfance…", s’enthousiasme-t-elle. Le libraire Joan, lui, préfère garder la tête froide. "Je pense que ce ne sera pas le jour tant attendu, tempère-t-il. Je crois qu’il y aura bien une déclaration, qui sera très officielle, mais l’indépendance ne sera pas immédiate, d’un claquement de doigts. C’est tout un processus."

"Pas d'autre issue" que se déclarer tout de suite

Au local de l’ANC, l’organisation citoyenne séparatiste, on prépare l’écran géant qui sera posé devant la mairie. Adam, le coordinateur, ne croit pas à une déclaration qui remettrait l’indépendance à plus tard. "Cette option n’existe pas, assure-t-il. On va proclamer l’indépendance, et enfin commencer et continuer notre histoire commune parce que nous ne briserons rien. On va établir un autre type de relations. On ne va rien casser, on va continuer sans aucun doute ce que l’on doit faire, car il n’y a pas d’autres issues." 

À ses côtés, Joan Carles s’attend à une réponse sans concession de l’État espagnol. "Le plus compliqué, explique-t-il, sera que l’État espagnol accepte la négociation, qui doit forcément arriver, mais à laquelle ils sont absolument opposés. Ce qui peut-être compliqué, c’est la réaction de l’Etat espagnol. Cela peut être une réaction, comme souvent chez les dirigeants espagnols, viscérale, sans recherche de consensus."

"Arrêter les dirigeants ne changera rien"

Clara connaît le président Carles Puigdemont depuis vingt ans, d’abord alors qu’ils étaient tous les deux journalistes, puis à la mairie. L’État espagnol menace de le mettre en prison ? Qu’importe, dit-elle, le peuple répondra. "Les habitants de Gérone ne resteront pas silencieux, espère-t-elle. Ils sortiront dans la rue, pacifiquement, comme ils l’ont toujours fait jusqu’à présent. On a beaucoup souffert pour en arriver là, il n’y a pas d’autres sorties possible. On ne peut pas faire un pas en avant puis dix pas en arrière." "Le mouvement indépendantiste vient du peuple, de la base, prévient Clara. Arrêter les dirigeants ne changera rien."