Espagne : les députés refusent de nouveau la confiance à Rajoy, de nouvelles élections en vue

Le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy au parlement espagnol, à Madrid (Espagne), le 2 septembre 2016. 
Le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy au parlement espagnol, à Madrid (Espagne), le 2 septembre 2016.  (SUSANA VERA / REUTERS)

Ce nouvel échec accroît un peu plus la probabilité de nouvelles élections, qui seraient les troisièmes en un an.

Le casse-tête espagnol se poursuit. Les députés espagnols ont de nouveau refusé, dans la soirée du vendredi 2 septembre, la confiance au conservateur Mariano Rajoy. Ce nouvel échec accroît un peu plus la probabilité de nouvelles élections, qui seraient les troisièmes en un an. Celles de juin et de décembre n'ont pas permis la formation d'une majorité parlementaire et le chef de file du Parti populaire (PP, droite) expédie les affaires courantes depuis huit mois.

Mariano Rajoy n'a obtenu que 170 voix pour son maintien au pouvoir, exactement comme mercredi. Sans surprise, les 180 autres députés ont voté contre lui, ouvrant un délai de moins de deux mois, jusqu'au 31 octobre, pour que les partis tentent encore de former un gouvernement, ce qu'il ne parviennent pas à faire depuis fin 2015, une crise politique sans précédent en 40 ans. 

"Permettez au moins qu'en Espagne se forme un gouvernement"

Mariano Rajoy pourrait éventuellement être à nouveau candidat à l'investiture, tout comme le dirigeant socialiste Pedro Sanchez. Le conservateur sortant a plaidé en vain pour que ses adversaires socialistes le laissent gouverner. "Si vous persistez dans votre politique du non, non, non et non, permettez au moins qu'en Espagne se forme un gouvernement", a-t-il lancé aux socialistes.

Mariano Rajoy, soutenu par ses élus et les libéraux de Ciudadanos, ne pouvait être investi sans l'abstention de députés socialistes. Il a accusé le dirigeant socialiste Pedro Sanchez d'utiliser les "prétextes habituels pour dissimuler le désir peu avouable de nouvelles élections". Et lui qui se vante avant tout d'avoir favorisé le retour de la croissance et la baisse du chômage a insisté sur l'idée que la poursuite de la paralysie aurait "un coût" que paieraient l'ensemble des Espagnols et l'économie.

Le socialiste Pedro Sanchez a lié ce rejet d'un deuxième gouvernement de Mariano Rajoy aux nombreuses "affaires de corruption" ayant impliqué des membres du Parti populaire (PP). Il a aussi accusé Mariano Rajoy de s'être servi de la crise économique, née en 2008, pour mener une politique ultralibérale et ainsi "démanteler le système de protection sociale"Pedro Sanchez s'est cependant adressé aux partis "du changement", Ciudadanos et Podemos, en disant : "Si nous agissons tous, nous trouverons une solution et (...) le groupe parlementaire socialiste en fera partie". Au début d'année, il leur avait déjà proposé cette alliance, en vain.

Choisir "entre le mauvais et le moins mauvais"

Le blocage politique dure depuis que deux nouveaux partis ont bouleversé le jeu politique, fin 2015, en entrant en force au parlement : Podemos à gauche et Ciudadanos au centre-droit. "Ce pays a changé et ce ne sont plus deux partis qui se répartissent tout", a rappelé Pablo Iglesias, le dirigeant du parti de gauche antiaustérité Podemos.

Pour mettre fin à la paralysie, le petit parti libéral Ciudadanos avait, lui, finalement accepté de soutenir sans enthousiasme un second gouvernement de Mariano Rajoy. Parfois il faut choisir "entre le mauvais et le moins mauvais", avait lancé son dirigeant, Albert Rivera. Et ce dernier n'a pas semblé disposé à soutenir une nouvelle fois Mariano Rajoy après cette séance d'investiture ratée. Il a dénoncé le "chantage" fait aux Espagnols et demandé "pardon" pour l'incapacité des dirigeants politiques à trouver un accord.