En Espagne, la démission du chef de PS ouvre la voie à un possible déblocage politique

L\'ancien chef du Parti socialiste espagnol, Pedro Sanchez, le 1er octobre 2016 à Madrid.
L'ancien chef du Parti socialiste espagnol, Pedro Sanchez, le 1er octobre 2016 à Madrid. (FRANCISCO SECO/AP/SIPA / AP)

Désavoué par les siens, Pedro Sanchez a démissionné samedi soir. Un départ qui pourrait permettre de sortir de l'impasse politique dans laquelle le pays est plongé depuis neuf mois.

L'Espagne va-t-elle sortir de l'impasse politique ? Le chef du Parti socialiste espagnol Pedro Sanchez a démissionné, samedi 1er octobre après avoir été désavoué par les siens."J'ai annoncé au comité fédéral, la démission... de ma personne en tant que secrétaire général", a déclaré Pedro Sanchez, après une journée houleuse de débats au sein de cette instance, sorte de parlement du parti.

Son départ laisse entrevoir une sortie de crise de l'Espagne, sans gouvernement depuis neuf mois. Il a été poussé vers la sortie parce qu'une partie de son équipe s'opposait à sa stratégie de blocage à l'encontre du chef du gouvernement conservateur sortant Mariano Rajoy. En l'absence de majorité au parlement, Rajoy tente en vain de former un nouveau gouvernement. Il a été bloqué jusqu'à maintenant par le veto des 85 élus socialistes à la Chambre des députés.

"Non, c'est non"

Grand brun élancé, orateur doué, Sanchez répétait depuis presque un an "non c'est non", au patron du Parti populaire, qu'il avait même qualifié d'"indécent" pendant un débat. "L'Espagne ne mérite pas quatre ans de plus d'un président du gouvernement qui a systématiquement menti à la société espagnole", a-t-il encore dit vendredi soir en évoquant les affaires de corruption, les coupes claires, la misère et les inégalités ayant selon lui marqué le mandat de Rajoy.

Mais Pedro Sanchez s'est vu fragilisé en interne au fil des mois par les défaites électorales sans précédent de son parti, mis en difficulté par l'émergence de Podemos (gauche radicale). Mercredi, il a été visé par un coup de force d'une partie de son équipe de direction qui a démissionné en bloc pour le faire tomber. Samedi soir, ces dissidents l'ont désavoué en refusant de convoquer un congrès extraordinaire du parti comme il le souhaitait pour mettre fin aux divisions. Ils l'ont emporté par 133 voix contre 107.

Un désaccord stratégique

L'Espagne est sans nouveau gouvernement depuis neuf mois après deux élections législatives, en décembre 2015 et en juin, qui ont débouché sur un Parlement fragmenté entre quatre formations: le PP de Mariano Rajoy, le PSOE, Podemos (gauche radicale) et Ciudadanos (centre libéral). Or les partis n'ont plus que quelques semaines, jusqu'au 31 octobre pour parvenir à un compromis et investir un nouveau cabinet. S'ils échouent, le roi devra convoquer un nouveau scrutin pour décembre, les troisièmes législatives en un an.

Les opposants de M. Sanchez craignaient que le parti ne perde encore du terrain lors de ces élections après deux défaites historiques l'ayant mené à son pire score en 137 ans d'histoire. Ils préféreraient se refaire une santé dans l'opposition et laisser gouverner Mariano Rajoy. Les proches de Sanchez estiment au contraire qu'en permettant à la droite de gouverner, les socialistes feraient le lit de Podemos qui rêve de détrôner le PSOE comme Syriza l'a fait avec les socialistes du Pasok en Grèce. "Les partisans d'un gouvernement du Parti populaire s'imposent au sein du PSOE", a immédiatement réagi sur son compte Twitter le chef de Podemos Pablo Iglesias.