Ce que l'on sait (et ce que l'on ne sait pas) des attentats qui ont fait 14 morts en Catalogne

Une fourgonnette a foncé dans la foule à Barcelone, le 17 août 2017.
Une fourgonnette a foncé dans la foule à Barcelone, le 17 août 2017. (MAXPPP)

Explosion d'un logement à Alcanar mercredi soir, attentat à Barcelone jeudi en fin d'après-midi, attaque à Cambrils dans la nuit... La Catalogne a été la cible de terroristes, jeudi. Franceinfo fait le point sur ce que l'on sait de ces événements meurtriers.

Le conducteur d'une camionnette a délibérément percuté la foule sur La Rambla, l'avenue la plus touristique de Barcelone (Espagne), jeudi 17 août vers 17 heures. Cette attaque, revendiquée par l'organisation terroriste Etat islamique, a fait au moins 13 morts et 120 blessés. Quelques heures plus tard, juste après minuit, une nouvelle attaque, avec le même mode opératoire, a eu lieu dans la ville de Cambrils, à 120 kilomètres au sud de Barcelone. Une femme a succombé à ses blessures et plusieurs civils et un policier ont été blessés. Les cinq occupants du véhicule ont été tués. 

Franceinfo fait le point sur ce que l'on sait de ces attaques et ce que l'on ignore encore.

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Ce que l'on sait 

• Une attaque à la fourgonnette sur La Rambla. Peu avant 17 heures jeudi, une camionnette blanche s'est engouffrée sur La Rambla, depuis la place de Catalogne, en empruntant le terre-plein central, une zone réservée aux piétons. Elle a percuté délibérément une centaine de personnes, provoquant la terreur sur cette avenue très fréquentée de Barcelone. Quelques centaines de mètres plus loin, le véhicule s'est arrêté et un homme en est sorti. La zone a été totalement bouclée. Des passants ont été confinés pendant que les forces de l'ordre quadrillaient le quartier. Les riverains et les touristes ont finalement été autorisés à quitter ou à revenir sur les lieux peu après minuit. 

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• Au moins 13 morts à Barcelone. Le dernier bilan officiel dévoilé vendredi par les services d'urgence catalan fait état de 13 morts et 120 blessés. La moitié d'entre eux (61) sont toujours hospitalisés, dont 17 dans un état "critique".  Les victimes sont de 35 nationalités, selon la protection civile. Parmi elles, on compte 28 ressortissants français blessés, dont 8 dans un état grave, parmi lesquels 4 enfants, a indiqué vendredi Jean-Yves Le Drian. 18 Français sont "hospitalisés dans plusieurs hôpitaux de Barcelone", a précisé le ministre français des Affaires étrangères. "Toutes les dépouilles n'ont pas encore été identifiées par les autorités espagnoles mais tout laisse à penser (...) qu'il n'y a pas de morts français à déplorer", a ajouté Jean-Yves Le Drian. 

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• Une attaque revendiquée par l'organisation terroriste Etat islamique. Le groupe jihadiste Etat islamique (EI) a revendiqué cet attentat dans un communiqué diffusé par son agence de propagande Amaq. La police a confirmé qu'il s'agissait d'une "attaque terroriste".

• Un lien avec une explosion à Alcanar. Mercredi soir, une explosion a eu lieu dans la ville d'Alcanar, au sud de Barcelone, en raison d'une "accumulation de gaz" dans une habitation. "Des restes humains de deux personnes différentes" ont été retrouvés dans la maison, a expliqué la police vendredi. Si, dans un premier temps, les premiers éléments de l'enquête pointaient une fuite de gaz – une vingtaine de bonbonnes ont été retrouvées –, la police a établi un lien entre cette explosion et les attaques. "Nous soupçonnons que [les occupants du logement] préparaient un engin explosif", a expliqué le porte-parole de la police, jeudi soir. 

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• Deux arrestations dès jeudi soir. Deux personnes ont été arrêtées jeudi par la police catalane, mais aucune n'est le conducteur de la camionnette, ont précisé les autorités. Parmi ces deux hommes se trouve Driss O., un Marocain interpellé à Ripoll, à une centaine de kilomètres au nord de Barcelone. La camionnette a été louée à son nom. Il s'est rendu au commissariat pour signaler le vol de ses documents d'identité. Son frère, Moussa Oukabir, a été identifié vendredi comme un des cinq assaillants abattus lors de l'attaque à Cambrils quelques heures plus tard. Le deuxième individu arrêté est un Espagnol dont l'identité n'a pas été révélée. Il a été interpellé à Alcanar (lire ci-dessus).

• Une seconde attaque à Cambrils. Vers minuit, une seconde attaque a eu lieu sur le front de mer de Cambrils, une station balnéaire de 33 000 habitants située à 120 km au sud de Barcelone. Cinq personnes se trouvant dans une voiture ont foncé sur la foule, faisant sept blessés, six civils et un policier. Une femme est morte des suites de ses blessures, vendredi. Quatre autres personnes sont encore hospitalisées, dont trois dans un état "grave", selon les services d'urgence catalans.
"Les terroristes présumés circulaient dans une Audi A3 (...) avant de se heurter à une patrouille", a annoncé un porte-parole du gouvernement régional. Une fusillade a éclaté et les cinq occupants de la voiture ont été tués. Ils avaient une hache et des couteaux, et portaient de fausses ceintures explosives, selon la police catalane. Vendredi soir, trois d'entre-eux ont été identifiés : Moussa Oukabir, Saïd Aallaa et Mohamed Hychami, respectivement âgés de 17, 18 et 24 ans, tous Marocains et habitants de Ripoll. Un quatrième suspect Younès Abouyaaqoub, 22 ans, est toujours recherché, a affirmé la police.
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• Deux autres personnes arrêtées vendredi. Le ministre de l'Intérieur catalan a annoncé vendredi matin qu'un troisième individu "en lien avec les attentats" avait été arrêté à Ripoll, sans en dire plus. Quelques heures plus tard, la police catalane a annoncé l'arrestation d'un quatrième suspect, toujours à Ripoll. 

• Des attaques liées et une possible cellule de douze personnes. Les forces de l'ordre ont confirmé le lien entre les deux attentats survenus à Barcelone et à Cambrils, mais aussi avec l'explosion à Alcanar. "L'enquête se concentre sur la maison d'Alcanar", a dit le commandant Josep Lluis Trapero lors d'une conférence de presse. Selon la police catalane, douze personnes au total pourraient être impliquées : les quatres personnes arrêtées, les cinq occupants tués de la voiture qui a foncé dans la foule à Cambrils - dont trois ont été identifiés - et trois autres personnes identifiées mais pas retrouvées. Deux d'entre elles pourraient avoir été tuées dans l'explosition à Alcanar, et la troisième est en fuite. Un homme, Younès Abouyaaqoub, 22 ans, est toujours recherché.

• Le groupe préparait une attaque plus importante. Selon le porte-parole de la police catalane, la double attaque a été commise de "manière plus rudimentaire" que prévu, sans être "de l'amplitude espérée" par les jihadistes. Selon la police, l'explosion de la maison d'Alcanar est intervenue alors que des assaillants y préparaient des bombes. Ils auraient ainsi perdu des composants nécessaires à la fabrication d'engins explosifs. La police a sorti des dizaines de bonbonnes de gaz de la maison, selon un photographe de l'AFP sur place.

Ce que l'on ignore encore

 Où se trouve le conducteur de la camionnette ? Le conducteur de la camionnette qui a percuté la foule sur La Rambla a pris la fuite à pied en abandonnant son véhicule. Un témoin l'a décrit comme "un homme très jeune, d'une vingtaine d'années, au visage mince". Il pourrait se trouver parmi les assaillants abattus plus tard à Cambrils, au sud-ouest de Barcelone, a annoncé la police vendredi.

 Qui a perpétré l'attaque de Cambrils ? L'organisation Etat islamique n'a pas revendiqué l'attaque de Cambrils, contrairement à celle de Barcelone. Trois des cinq passagers tués à bord de l'Audi A3 ont été identifiés vendredi soir - trois Marocains originaires de Ripoll, dont Moussa Oukabir, le frère d'un des hommes arrêtés jeudi - mais pas les deux autres. Et la police indique qu'un quatrième homme, Younès Abouyaaqoub, 22 ans, est toujours recherché.

• Ce qu'il s'est passé lors d'un contrôle routier meurtrier. Peu après 17h30, à la sortie ouest de Barcelone, sur l'avenue Diagonal, une voiture a forcé un barrage de police, fauchant deux agents. Les policiers ont ouvert le feu sur l'individu, qui a été retrouvé mort deux kilomètres plus loin au volant de son véhicule. Les autorités ne savent pas, pour le moment, s'il s'est suicidé ou s'il a succombé aux tirs des policiers. Elles ne savent pas non plus si cet incident est lié à l'attentat de La Rambla et à l'explosion d'Alcanar. 

• Le rapport précis entre les attaques. De nombreuses zones de flou subsistent quant au lien entre les attaques. Le déroulement précis des faits et le rapport des suspects entre eux n'est, pour l'instant, pas connu.