Un projet de texte du Danemark, qui préside la conférence de l'Onu sur le climat à Copenhague, a semé le trouble mardi

Vue sur Copenhague
Vue sur Copenhague (France 2)

Au second jour des négociations, ce document a tout simplement amené le Groupe des pays en développement à dénoncer une "menace" pesant sur le succès des débats.La présidence danoise a démenti l'existence d'un "texte danois secret" pour un nouvel accord, assurant que les textes qui circulent ne sont que des "brouillons de travail".

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Au second jour des négociations, ce document a tout simplement amené le Groupe des pays en développement à dénoncer une "menace" pesant sur le succès des débats.

La présidence danoise a démenti l'existence d'un "texte danois secret" pour un nouvel accord, assurant que les textes qui circulent ne sont que des "brouillons de travail".

Le texte en question -qui ne constitue pour le moment qu'une piste pour le nouvel accord contre le réchauffement- tournait depuis près de deux semaines dans différentes délégations et a commencé à circuler mardi dans les couloirs de la conférence.

Il aurait tendance à favoriser les pays riches au détriment des plus pauvres, d'après ses détracteurs.

Conséquence de cette fuite: Lumumba Stanislas Dia-Ping, chef de la délégation soudanaise dont le pays préside la coalition du G-77 (130 pays en développement), a dénoncé une "grave violation qui menace le succès du processus de négociation de Copenhague". Mais il a cependant exclu de claquer la porte, expliquant: "Nous ne pouvons nous permettre un échec à Copenhague."

Le texte controversé
En l'état, ce document ne fait nulle référence au Protocole de Kyoto, seul instrument juridique existant de lutte contre l'effet de serre, qui engage les pays industrialisés pour l'instant jusqu'en 2012 et auquel les pays en développement sont très attachés. Ce texte vise à "produire un nouveau traité, un nouvel instrument qui aura pour effet de jeter par dessus bord les obligations des riches envers les pauvres", s'est insurgé Stanislas Dia-Ping.

Le texte danois reprend l'ambition largement partagée de limiter le réchauffement à +2°C et, pour y parvenir, vise une réduction de moitié des émissions mondiales d'ici à 2050 par rapport à 1990 (ou de 58% par rapport à leur niveau de 2005), les pays développés assumant collectivement une baisse de 80% de leurs émissions. Mais il recommande aussi un "pic" pour les émissions des pays en développement -lui aussi laissé en blanc- au-delà duquel celles-ci devront commencer à baisser, ce que à quoi se sont collectivement et fermement opposés la Chine, l'Inde, le Brésil et l'Afrique du sud pendant une réunion à Pékin, fin novembre.

Quant au financement de la lutte contre l'effet de serre et de l'aide à l'adaptation des pays en développement aux dérèglements du climat, point dur des négociations, le document suggère une aide immédiate de 10 milliards de dollars par an jusqu'en 2012 pour les plus vulnérables, mais indique seulement que des "ressources financières substantiellement augmentées seront nécessaires".

"Les tactiques de négociations en coulisse sous la présidence danoise se sont centrées sur la volonté de complaire aux pays riches et puissants, plutôt que de servir la majorité des Etats qui réclament une solution équitable et ambitieuse", a estimé Kim Carstensen, du WWF, tandis que Martin Kaiser, de Greenpeace, jugeait qu'elle "nourrit la méfiance".

Les discussions sur le climat de l'ONU, entamées lundi à Copenhague, sont rentrées dans le vif du sujet mardi. Il y a en particulier, d'âpres négociations sur le partage de l'effort dans l'indispensable réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Les représentants de 193 pays sont réunis dans la capitale danoise jusqu'au 18 décembre pour conclure un accord mondial de lutte contre le changement climatique. Objectif : limiter le réchauffement à +2°C par rapport aux niveaux pré-industriels.

L'objectif est désormais de travailler en groupes resserrés pour modeler les contours d'un nouvel accord, avec une série de décisions plus techniques, sur la lutte contre la déforestation par exemple, avant l'arrivée de leurs ministres le week-end prochain, puis des chefs d'Etat le 17 décembre.

Le financement, à court et moyen terme, pour aider les pays les plus exposés à s'adapter à la hausse déjà entamée des températures est l'un des points durs des discussions en cours.

Si l'idée d'un financement en urgence de 10 milliards de dollars par an jusqu'en 2012 semble en bonne voie, les pays en développement réclament des engagements nettement plus forts avec une forte montée en puissance dans le temps. "L'adaptation doit constituer le coeur de l'accord", estime le ministre français du Développement durable, Jean-Louis Borloo, qui a chiffré le montant de l'aide nécessaire pour les pays les plus vulnérables à 600 milliards de dollars (soit 30 mds USD par an sur 20 ans).

La journée de lundi
Le sommet sur la lutte contre le réchauffement climatique s'est ouvert lundi dans la capitale danoise. Un court film-catastrophe a été projeté aux 1.200 délégués de 192 pays, exposant les conséquences d'un réchauffement de la planète non maîtrisé. Dans un discours grave, Rajendra Pachauri, président du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC), a vivement dénoncé de scientifiques piratés en Angleterre. Une affaire exploitée par les sceptiques du réchauffement pour mettre en cause certaines mesures des changements en cours. Dénonçant une tentative pour "discréditer" le GIEC, il a souligné que ce panel disposait "d'un historique d'évaluations transparentes et objectives sur plus de 21 ans, établies par des dizaines de milliers de scientifiques de tous les coins de la planète".

La Maison Blanche a qualifié lundi d'"imbécile" la notion selon laquelle les preuves scientifiques du réchauffement climatique ont été compromises par des courriels piratés de chercheurs au Royaume-Uni, affaire surnommée "Climategate". "Je pense que tout le monde sait ce que sont les conclusions de la science (...) Cette idée que la science puisse faire débat est un peu imbécile", a déclaré Robert Gibbs, porte-parole du président Barack Obama.

Cette conférence ne sera un succès "que si une action significative et immédiate commence" le jour même où ses travaux s'achèveront, le 18 décembre, a prévenu le patron du climat à l'Onu, Yvo de Boer. "Les pays en développement attendent désespérément une action tangible et immédiate" pour l'adaptation de leurs nations à la nouvelle donne climatique, a-t-il rappelé. La conférence est "dépositaire des espoirs de l'humanité" pour les deux semaines à venir, a estimé le premier ministre danois, Lars Loekke Rasmussen, en ouverture des travaux.

Les pays en développement ont cependant lancé un avertissement très clair: les discussions sur le financement ne peuvent s'arrêter là. "Cela ne signifiera absolument rien s'il n'y a pas, au-delà, un décollage significatif" des montants, a expliqué Dessima Williams, présidente de l'Alliance des petits Etats insulaires (Aosis).

Enfin, une pétition signée par 10 millions de personnes à travers le monde pour réclamer un accord ambitieux d'ici au 18 décembre a été remise lundi aux responsables de la conférence par la campagne de mobilisation sur le climat, "TckTckTck", pour rappeler le tic-tac de l'horloge qui tourne.

Les enjeux du sommet
Pays industrialisés et pays dits "émergents" (Chine, Inde, Brésil...) doivent s'entendre sur leurs engagements respectifs pour limiter le réchauffement à venir à + 2°C, et sur les mécanismes pour les faire respecter. Ils doivent tenter de trouver des débuts de solutions pour éviter les bouleversements climatiques et leurs conséquences telles que sécheresses, désertification, hausse du niveau des mers et extinctions d'espèces.

Ils doivent également assurer les pays les plus vulnérables au chaos climatique de leur soutien financier, et ce dès l'an prochain. Le nouvel instrument international doit être arrêté à Copenhague pour entrer en vigueur au 1er janvier 2013, dès expiration de la première période d'engagements du texte actuellement en vigueur sous l'égide de l'Onu, le protocole de Kyoto.

Les discussions se termineront par un sommet réunissant 105 chefs d'Etat et de gouvernement qui sera chargé de trancher les derniers différends entre pays riches et pays pauvres sur la manière de partager le coût de la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Les responsables d'Etat et de gouvernement n'avaient pas participé en 1997 à la précédente réunion des ministres de l'Environnement. Laquelle avait donné naissance au protocole de Kyoto.

Depuis le sommet de la Terre de Rio en juin 1992, acte fondateur de la "diplomatie verte", les conférences climat se sont multipliées (le rendez-vous danois est la 15e "Conférence des parties").

Mondial 2010: 2,75 millions de tonnes de CO2

La coupe du monde 2010 de football en Afrique du Sud serait neuf fois plus polluante que la compétition précédente en Allemagne en 2006. En cause, la longue distance des vols nécessaires pour rallier le pays, responsables à eux seuls de 85% de cet impact.

"Selon l'estimation actuelle, les émissions totales pour la prochaine Coupe du Monde dépasseront 2,75 millions de tonnes de CO2". Telle est la prévision de Theodore Oben, chargé de communication au Programme des Nations unies pour l'environnement. Selon Dorah Nteo, directrice de l'agence gouvernementale sud-africaine chargée du climat, cela correspond à un impact sur l'environnement "neuf fois supérieur" à celui du mondial allemand de 2006 et deux fois supérieur à celui des JO de Pékin (1,18 million de tonnes). A eux seuls, les 400.000 supporters du ballon rond attendus en Afrique du Sud parcourront au total environ 7,1 millions de kilomètres en avion pour rallier le pays organisateur et émettront 1,6 million de tonnes de CO2, selon un document onusien.

En conséquence de ces prévisions, l'Onu a appelé les supporters à "compenser" les émissions de CO2 de leurs trajets en avion et discute actuellement avec les équipes qualifiées pour qu'elles fassent de même. Une vingtaine des 32 équipes qualifiées, dont la France, l'Angleterre, l'Italie, le Brésil, les Etats-Unis, se sont déjà dites prêtes à le faire et aucune équipe n'a décliné l'offre, selon l'Onu. Au total, en comptant équipes et supporters, l'Onu estime à 20 millions d'euros la somme à débourser pour compenser les émissions de CO2 engendrées par les vols internationaux vers l'Afrique du Sud.

Infographie animée présentant les émissions de CO2, les gaz à effets de serre, la courbe du réchauffement.

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