Quatre associations et une dizaine de maires mettent Total en demeure de réduire ses émissions de gaz à effet de serre

La raffinerie Total de Grandpuits.
La raffinerie Total de Grandpuits. (SÉBASTIEN BLONDÉ / MAXPPP)

"S'il le faut, nous irons jusqu'au procès", annonce Paul Mougeolle, de l'association Notre affaire à tous (NAAT).

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Quatre associations environnementales (Notre affaire à tous, ZEA, Sherpa et Les Eco maires) et quatorze maires mettent en demeure le groupe Total de réduire ses émissions de gaz à effet de serre, a rapporté France Inter mercredi 19 juin. Le bras de fer, qui dure depuis des mois, n'a pas pu se résoudre lors d'une réunion avec le PDG du groupe pétrolier, Patrick Pouyanné.

Dans trois mois, ils pourront demander au juge d'obliger Total à respecter leur demande. "S'il le faut, nous irons jusqu'au procès", annonce Paul Mougeolle, coordinateur en charge de la responsabilité des entreprises chez Notre affaire à tous (NAAT).

Cette mise en demeure est la première étape d'une procédure permise par la loi sur le Devoir de vigilance. Adoptée en 2017, cette loi oblige les multinationales à établir un plan de prévention des risques d'atteinte aux droits humains et à l'environnement, en France comme à l’étranger. Aux yeux de NAAT, le plan présenté par Total est "largement insuffisant" pour réduire ces risques.

9,2 milliards d'euros dans la production et l'exploration, 511 millions dans le gaz et les énergies renouvelables

"Total a pour seul engagement une réduction de 15% de son intensité carbone d'ici à 2030, alors que le Giec préconise une réduction de 45%", a justifié mercredi sur France Inter l'avocat du NAAT Sébastien Mabille. De plus, si le groupe pétrolier assure viser la limitation du réchauffement climatique à 1,5°C d'ici 2100, comme le prévoit l'Accord de Paris, "Total s'appuie sur un scénario de l'Agence internationale de l'énergie qui mène vers 2,7°C de réchauffement global, voire plus", affirme Paul Mougeolle.

Enfin, les associations pointent le hiatus entre l'ambition d'être "la major de l'énergie responsable" affichée par l'entreprise et le modèle économique du groupe. En 2018, Total a ainsi déboursé près de 9,2 milliards de dollars dans la production et l'exploration, principalement d'hydrocarbures, alors que 511 millions ont été investis dans le gaz et les énergies renouvelables.

Total dans le top 20 des entreprises mondiales qui émettent le plus de CO2

Alain Fabre, maire de Bize-Minervois (Aude), a rejoint la bataille après les inondations du mois d'octobre 2018 qui ont touché son département, qui "ont été un révélateur". Dans son village, "74 maisons ont été inondées, trois commerces sinistrés et une retraitée a échappé de justesse à la noyade". Il déplore : "Ce type d’inondations, nous en avons depuis toujours, mais nous avons observé une hausse de la fréquence. Dernièrement, nous avons subi trois inondations en 18 mois."

Des intempéries qui auraient coûté 4 millions d'euros à sa commune de 1 200 habitants. "Ça suffit, s'étrangle Alain Fabre, j'en ai assez de traiter les conséquences, il faut s'attaquer aux causes !" La "cible" est toute trouvée : Total, entreprise française, qui fait partie du "top 20" des entreprises mondiales qui émettent le plus de CO2, selon le rapport "carbon majors".

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