"Je n'ai pas de vision sur l'avenir" : face à la suppression du glyphosate, un céréalier dit ne pas avoir de plan B

Un agriculteur utilisant du glyphosate sur ses terres, le 16 septembre 2019 (illustration).
Un agriculteur utilisant du glyphosate sur ses terres, le 16 septembre 2019 (illustration). (JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP)

Trente-six produits à base de glyphosate vont être retirés de la vente en France dès 2020. Mais le monde agricole est-il prêt ?

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Est-il possible de vivre sans glyphosate ? C'est la question que l'on se pose dans le monde agricole, alors que l'Agence nationale de sécurité sanitaire a annoncé, le 9 décembre dernier, le retrait de la vente de 36 produits dès 2020.

David Lavenant lui, n'y croit pas tellement. À 43 ans, il est propriétaire de 220 hectares de culture. Il produit des semences et des céréales. Au fond de son exploitation, il nous montre son local phytosanitaire, où il stocke le glyphosate qu'il utilise. Au total, il dit en utiliser 60 litres par an.

Contraint et forcé selon lui

Le céréalier se considère comme un petit utilisateur. Mais un utilisateur contraint et forcé. "C’est essentiel, dit-il. Dans le cahier des charges de production des semences, nous avons en fait l’obligation d’avoir des champs qui sont propres pour justement ne pas polluer les futurs lots de semences qui vont être mis sur le marché d’ici cinq à dix ans", explique-t-il.

D'après lui, il est aujourd'hui "inconcevable de récolter des lots de semences qui sont en tout première génération de production avec des mauvaises herbes dedans, avec des graines d'adventices, qui viendront polluer en fait les lots des années à venir."

"Je n'ai pas de vision sur l'avenir"

Ce qu’il cible avec le glyphosate, ce sont les plantes invasives comme le chardon ou l’ambroisie. Pour faire sans, il faudrait investir dans des herses qui coûtent, d’après lui, autour de 30 000 euros, pour une efficacité divisée par deux. Il considère qu’il n’a pas les moyens de s’acheter un plan B. "Mon avenir, aujourd’hui, il est… Je ne peux pas vous répondre pour l’instant parce que je n’ai pas de vision sur l’avenir", avoue-t-il.

Aujourd’hui, le glyphosate, tout le monde veut l’interdire, mais il n’y a pas de solution. C’est ‘on nous supprime, mais on est incapable de nous donner une solution en face.David Lavenantà franceinfo

Avant la décision de l’Agence de sécurité sanitaire, le gouvernement avait présenté les contours d’un plan de sortie du glyphosate avec la plupart des cultures concernées dans un an, la totalité dans trois ans. Pour l’agriculteur, il faudra soit accompagner financièrement, soit avancer avec l’Europe. "Aujourd’hui, on est dans l’Europe. L’Europe est censée avoir une réglementation, la même pour tout le monde", affirme-t-il. "Aujourd’hui, l’État Français veut laver plus blanc que blanc en disant ‘on le retire quand même par précaution’, sauf qu’en Allemagne il est toujours autorisé, en Espagne, en Italie aussi et ça créé des distorsions de concurrence", reconnaît-il. 

En novembre dernier déjà une mission parlementaire avait alerté sur les coûts financiers de ce virage sanitaire.

Témoignage d'un céréalier, utilisateur de glyphosate - Reportage d'Etienne Monin
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