Condamnation de Monsanto : "Cela va aider les milliers de victimes potentielles en France"

Paul François a été intoxiqué au Lasso, un puissant herbicide de Monsanto (28 juillet 2015).
Paul François a été intoxiqué au Lasso, un puissant herbicide de Monsanto (28 juillet 2015). (THIBAUD MORITZ / AFP)

Paul François, un agriculteur français qui a gagné deux procès contre Monsanto, retient que le tribunal californien a jugé le géant des pesticides coupable d'avoir failli à son devoir d'alerte et de vigilance vis-à-vis de la dangerosité de ses produits.

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Monsanto a été condamné par le tribunal de San Francisco à verser près de 290 millions de dollars à un jardinier américain atteint d’un cancer après avoir utilisé du Roundup pendant des années

Paul François, agriculteur français, a entamé une procédure judiciaire en 2007 pour un autre produit de Monsanto, le Lasso, auquel il a été intoxiqué. Il a gagné ses deux premiers procès contre le groupe, qui a fait appel. Aujourd'hui les procédures sont toujours en cours.

franceinfo : Vous vous retrouvez dans le combat de ce jardinier, Dewayne Johnson ?

Paul François : Oui, bien évidemment. Et là où je me retrouve c'est dans le comportement de Monsanto qui argumente toujours de la même manière en disant "nos produits ne sont pas dangereux. Monsanto a plutôt au contraire une bienveillance vis-à-vis ses clients agriculteurs". Ce que j'ai noté dans la décision du tribunal c'est qu'au contraire, le tribunal estime que Monsanto a failli à son devoir d'alerte et de vigilance vis-à-vis de la dangerosité de ses produits. Donc cette décision me conforte dans l'idée que je dois continuer cette procédure. Et au-delà, cela va aider aussi les milliers de victimes potentielles qu'il y a en France, à pouvoir argumenter leurs procédures.

Le groupe pharmaceutique Bayer qui est le nouveau propriétaire de Monsanto, affirme que le glyphosate est "sûr et non cancérogène". Comment expliquez-vous que Bayer continue à tenir cette position ?

Bayer ne va pas dire autre chose. Ils viennent de racheter Monsanto. En rachetant Monsanto vous achetez l'actif et le passif économique mais vous achetez aussi toute une gamme de produits et une éthique, une politique. Donc je les vois mal dire aujourd'hui dire "on est désolés, on a racheté une société et on ne savait pas que ce produit pouvait être cancérigène'". Bayer ne pouvait pas ignorer les procédures en cours. Bayer ne pouvait pas ignorer le côté dangereux de ce produit cancérigène. Bayer ne pouvait pas ignorer non plus le comportement de cette firme. Bayer ne peut pas communiquer autrement mais je pense que Bayer doit s'inquiéter surtout des 5 000 autres plaintes qu'il y a aux États-Unis. Parce que si après l'appel de Monsanto, la cour de justice américaine continue et confirme cette condamnation, cela va ouvrir la porte à plusieurs milliers d'agriculteurs américains et cela va certainement avoir un effet en Europe et en France. C'est évident.

Est-ce que les politiques doivent changer leur façon de voir les choses ?

Cette décision a une importance primordiale d'un point de vue juridique mais elle a une importance essentielle d'un point de vue politique. Je pense que cela va aider Nicolas Hulot auprès de ses collègues du gouvernement pour dire : il y a urgence, le calendrier des trois ans, il faut l'appliquer, sortir de l'utilisation du glyphosate. Il y a urgence pour ces agriculteurs qui sont utilisateurs, pour les consommateurs et pour les riverains.

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