Naufrage du "Grande America" : comment le littoral atlantique se prépare à une possible marée noire

Saunier récoltant son sel, sur l\'île de Ré (Charente-Maritime), en 2015.
Saunier récoltant son sel, sur l'île de Ré (Charente-Maritime), en 2015. (JEAN-PIERRE DE MANN / ROBERT HARDING HERITAGE / AFP)

En Charente-Maritime, les professionnels de la mer font leur possible pour protéger marais salants et élevages d'huîtres, sans savoir quand la nappe de fioul est susceptible d'atteindre les côtes.

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Les côtes françaises risquent d'être touchées, mais quand ? Les nappes de fioul échappées du Grande America, qui a brûlé et coulé au large de la Charente-Maritime, n'atteindront pas les côtes "durant la semaine", selon un comité d'experts de la pollution maritime, cité lundi 18 mars par France Bleu Loire Océan. A terre, préfectures, mairies et professionnels de la mer se préparent, en Gironde et en Charente-Maritime, sans savoir où les hydrocarbures arriveront.

Le port de La Rochelle prépare ses barrages

C'est l'un des plus grands ports de plaisance d'Europe. Le port des Minimes, à La Rochelle, se prépare à barrer la route à une éventuelle nappe d'hydrocarbures. Quelque 400 mètres de barrage flottant sont prêts à être installés pour protéger différents accès au port, selon France 3 Nouvelle-AquitaineLa Rochelle dispose aussi de tractopelles, de gants ainsi que de boudins flottants en cas de déclenchement du plan Polmar Terre.

Les plages sous surveillance

Dans de nombreuses communes du littoral, l'heure est à l'état des lieux. "Un ULM va survoler les côtes pour photographier les plages", explique le service communication de la communauté de communes de l'île de Ré, à franceinfo. L'île d'Aix, avec sa dizaine de kilomètres de côtes, a même déjà organisé une opération de ramassage des déchets sur les plages, en prévision d'une éventuelle pollution. 

Si des boulettes de fioul arrivent effectivement sur le rivage, "les mairies pourraient en fermer les accès, afin d'encadrer les interventions de nettoyage", précise la communauté de communes de Ré. "C'est super qu'il y ait plein de volontaires, mais il faut prendre des précautions avec ces produits toxiques", justifie-t-on. Les oiseaux qui seraient contaminés pourront être confiés à la Ligue de protection des oiseaux (LPO), "parce qu'ils sont formés pour ça".

Les sauniers prêts au confinement

A Noirmoutier, le président de la coopérative de sel, Hervé Zarka, a demandé aux 120 producteurs, qui s'apprêtaient à vidanger les marais pour les nettoyer, de conserver des réserves d'eau de mer, selon France Bleu. Ce qui permettrait aux sauniers de "fermer les écluses pour éviter que de l'eau polluée rentre dans les marais".

Sur l'île de Ré, une centaine de sauniers exploitent 450 hectares de marais salants. Eux aussi envisagent de fermer les vannes. Mais il faut le faire au bon moment. "Si on ferme trop tôt, on va asphyxier le marais et trop tard, c'est la pollution qui rentre", explique Francis Gousseaud, directeur du service technique de la Communauté de commune de l'île de Ré à France 3 Nouvelle-Aquitaine.

Les ostréiculteurs stockent de l'eau saine

"La première mesure, c'est de mettre le maximum de produits en circuit fermé", a déclaré à l'AFP Philippe Le Gal, président du Comité national de la conchyliculture. Selon lui, "les trois quarts" des 3 000 entreprises implantées sur la façade atlantique peuvent se protéger. Philippe Le Gal a par ailleurs demandé aux producteurs d'huîtres "de faire des constats d'huissiers de l'état naturel de nos sites, avant contamination", afin de pouvoir "attaquer l'armateur" avec "des preuves", en cas de pollution.

Sur le bassin d'Arcachon, qui compte environ 300 entreprises de conchyliculture, "les professionnels ont activé les stocks protégés", explique le comité régional : ils font des réserves d'eau de mer saine pour alimenter des bassins installés à terre, où ils peuvent déplacer leur production. "La saison ne démarre vraiment qu'aux vacances de Pâques, alors pour le moment, il y a assez de stocks, il n'y aura pas de rupture, assure-t-on encore. Il y a une inquiétude, bien sûr, mais on a connu le naufrage du Prestige. Nous avons cette expérience et heureusement on ne parle pas des mêmes quantités." En novembre 2002, le pétrolier avait déversé plus de 70 000 tonnes de fioul au large de la Galice (Espagne). La nappe avait atteint l'Aquitaine, la Vendée et le sud de la Bretagne.

Dans le bassin de Marennes-Oléron aussi, les ostréiculteurs qui le peuvent ont commencé à retirer leurs huîtres de la pleine mer, pour les placer dans les claires. "Ils stockent aussi de l'eau saine, afin de pouvoir poursuivre leur activité en circuit fermé en cas de pollution", détaille France 3 Nouvelle-Aquitaine.

Des pêcheurs démunis mais prêts à aider

Sauniers et ostréiculteurs ont des moyens techniques pour se protéger. Ce n'est pas le cas des pêcheurs, qui ne peuvent qu'attendre de voir si les zones où ils pêchent sont polluées. En revanche, ils se disent "prêts à aider pour stopper le gazole", comme l'a annoncé le président du comité des pêches et des élevages marins de Nouvelle-Aquitaine à franceinfo.

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