Le réchauffement semble un fait acquis. Mais les scientifiques ont du mal à y retrouver leur latin...

Une chercheuse dans un laboratoire de biologie (DR)
Une chercheuse dans un laboratoire de biologie (DR)

Il faut dire que le climat est un système très complexe sur lequel on connaît peu de choses. Résultat: les débats passionnés font rage sur l'existence du phénomène, certains allant jusqu'à le nier.Preuve de cette complexité: l'Académie des sciences vient de publier un rapport sur le changement climatique sans trancher sur la question du CO2.

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Il faut dire que le climat est un système très complexe sur lequel on connaît peu de choses. Résultat: les débats passionnés font rage sur l'existence du phénomène, certains allant jusqu'à le nier.

Preuve de cette complexité: l'Académie des sciences vient de publier un rapport sur le changement climatique sans trancher sur la question du CO2.

Le document réunit des contributions d'une quarantaine de membres de l'Académie. La majorité d'entre eux pensent que l'oxyde de carbone joue un rôle prépondérant dans le réchauffement. Pour deux d'entre eux, le rôle du C02 est surestimé, notamment par rapport au soleil.

"Il arrive, même au sein de l'Académie, qu'il y ait des sujets qui ne font pas l'unanimité", commente le secrétaire perpétuel de la vénérable institution. "C'est rare, mais c'est le cas avec le sujet du climat", ajoute Jean-François Bach. "La science, lorsqu"elle étudie un système aussi complexe que le climat, ne peut qu"indiquer des probabilités d"évolution sans être en mesure d"affirmer des vérités", indique le journaliste scientifique Jean-Jacques Perrier dans un article sur l'"affaire Allègre".

Dans ce contexte, on ne s'étonnera pas que naissent, notamment dans les médias, des débats et des pseudo-débats, où l'injure l'emporte parfois sur la rigueur scientifique. Cas d'école: l'exemple de Claude Allègre, géophysicien de réputation internationale (qui a notamment obtenu le prix Crafoord, équivalent du Nobel dans sa discipline) et ancien ministre socialiste de l'Education nationale et de la Recherche. Lequel n'a pas hésité à traiter d'"imbécile" l'écologiste Nicolas Hulot, dans une interview à Nice Matin. On lira avec intérêt la réponse de Nicolas Hulot dans les mêmes colonnes.

Batailles d'experts
Dans le quotidien niçois, Claude Allègre critique l"opinion majoritaire sur le réchauffement, lié, disent la grande majorité des scientifiques, aux activités humaines. Il s"en prend ainsi à "une bande de gens qui apportent des réponses simplistes à un système complexe et prétendent prédire le climat dans cent ans, alors qu'on a du mal à obtenir une météo fiable à plus de trois jours". Les mêmes qu"il qualifie, dans L"Express, de "fanatiques de l"effet de serre"...

Lors d'une chronique publiée en 2006 dans L"Express, l'ancien responsable politique prend l"exemple de la fonte des neiges du Kilimandjaro, phénomène spectaculaire photographié par le photographe Yann Arthus-Bertrand et qui a fait couler beaucoup d"encre. Avec ces photos, "l"on a immédiatement entendu le refrain sur le réchauffement de la planète", ironise le chercheur. Or "si un réchauffement général a lieu, il sera beaucoup plus important près des pôles qu"à l"équateur", estime-t-il. Problème, explique-t-il citant un article de la revue Science (1), "en trente ans, le volume des glaces antarctiques n"a pas varié". Autrement dit, le réchauffement n"est pas forcément à l"œuvre. Quant à la fonte des neiges du volcan tanzanien, elle "est souvent attribuée à des phénomènes locaux, et au premier chef à la désertification de l"Afrique de l"Est", écrit-il dans sa chronique.

Ce texte a suscité des réponses cinglantes. Notamment celle d"éminents chercheurs du CNRS et du CEA qui dénoncent chez l"ancien ministre une "information tronquée, presque partisane et fausse, qui constitue l"une des bases de cette chronique". Ils reviennent notamment sur l"article de Science cité par Claude Allègre "de manière manifestement erronée". "Cet article ne porte pas sur le volume des glaces de l"Antarctique, mais sur le fait que l"accumulation de neige n"a pas augmenté de façon significative depuis les années 1950", soulignent-ils.

Dans son texte, l"ancien ministre revient sur le mois d"août 2006, très mauvais côté météo, dans la moitié nord de l"Hexagone. Par la suite, "les Cassandre du réchauffement auront du pain sur la planche pour faire avaler leurs certitudes à nos compatriotes", écrit-il. A ses yeux, "il y a sans doute un changement climatique, mais ce dernier est caractérisé plus par de brusques fluctuations (la canicule ou l""été pourri" en sont des exemples, comme les tornades extrêmes ou l"augmentation des inondations), que par un réchauffement général". Réponse de ses contradicteurs : quel expert du Groupe d"experts intergouvernemental sur l"évolution du climat (GIEC) "a pu faire une relation directe entre les températures en France durant les mois de juillet et août de cette année 2006 et l"évolution du climat sur les dernières décades ?". En clair, il convient de resituer un "été pourri" dans tout un processus d'évolution.

Le biophysicien est accusé de "mauvaise foi constante" par le journaliste scientifique Jean-Jacques Perrier cité plus haut. Ce dernier l'accuse notamment de s'inspirer du "blog du très conservateur sénateur américain James Inhofe, opposant notoire aux origines anthropiques [faits par l'homme, NDLR] du réchauffement climatique".

On évitera de s"enfoncer plus loin dans ces polémiques scientifiques, où les propos de bas étage le disputent souvent à des arguments de haute volée. On lira à cet égard avec intérêt l"argumentation scientifique que développe Claude Allègre, toujours dans l"Express, en réponse à ses détracteurs.

Théorie du complot
Le manque de connaissances scientifiques laisse aussi parfois des théories de complot. Comme l"affaire que l"on a vue surgir récemment dans la presse anglo-saxonne. Un éminent scientifique britannique, le professeur Phil Jones, directeur de l"unité de recherche sur le climat de l"université d"East Anglia à Norwich (Grande-Bretagne), s"est ainsi vu reprocher "d"avoir manipulé des courbes et d"avoir détruit des données qui avaient été demandées très officiellement à son université par des sceptiques du réchauffement", rapporte Le Figaro. But : faire croire sciemment à une hausse des températures.

Le responsable a expliqué qu"il avait préféré détruire des données plutôt que de le transmettre à un scientifique "anti-réchauffement".

"D'après les e-mails échangés avec des chercheurs américains qui avaient ouvert leurs données à des sceptiques, il apparaît que Phil Jones refusait avant tout de se laisser embarquer dans un processus destiné à lui faire perdre du temps", poursuit Le Figaro. "Nous étions bombardés de requêtes en vertu du droit à l'information, or la plupart des données de températures étaient issues de services météorologiques du monde entier, qui ne nous avaient pas donné la permission de les redistribuer", a-t-il précisé, toujours selon le quotidien. Décidément, les évolutions climatiques n"ont pas fini de susciter des débats décidément très, très passionnés…

(1) Tectonic uplift and eastern africa aridification. Pierre Sepulchre et al., revue Science du 8 septembre 2006

Lire aussi
Un (excellent) article, intitulé "Mail-strom", publié dans l'hebdomadaire britannique The Economist

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