Lac du Chambon : en attendant le glissement de terrain, le village de La Grave "meurt en silence"

Le tunnel du Chambon (Isère), le 12 juin 2015.
Le tunnel du Chambon (Isère), le 12 juin 2015. (JEAN-PIERRE CLATOT / AFP)

L'éboulement se fait attendre à La Grave (Hautes-Alpes). Depuis cent jours déjà, le village est isolé du reste de la région, en raison de la fermeture à la circulation du tunnel du Chambon. Les habitants s'impatientent.

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Depuis plus de cent jours déjà, l'éboulement se fait attendre. Depuis la fermeture à la circulation du tunnel du Chambon (Isère), menacé par l'effondrement d'un pan de montagne, le 10 avril dernier, le village de La Grave (Hautes-Alpes) vit au ralenti, isolé du reste de la région. En attendant, le ballet des hélicoptères continue : le maire de la commune a obtenu, samedi 18 juillet, la prolongation du pont aérien à destination des Deux Alpes, rapporte France 3 Provence-Alpes. Mais pour deux semaines seulement.

>> Isolé, le village de La Grave est "en état de dépression". Lisez notre reportage

"C'est un dispositif très médiatique, mais ça ne permet qu'aux gens qui sont salariés et qui ont un travail de l'autre côté d'y aller, tempère Sonia Paquet-Chamoux, du collectif citoyen du Chambon, interrogée par francetv info. Pour le reste du village, c'est l'abattement, on vivote un peu, avec quelques touristes par-ci, par là." Gérante d'un bar-restaurant, elle dit avoir perdu les "deux tiers" de son activité en raison de la fermeture de la route.

L'effondrement "n'est pas pour demain"

Pendant ce temps, la roche bouge toujours, "de façon régulière", "de 20 à 30 centimètres par jour", assure Lionel Lorier, le responsable de la Société alpine de géotechnique (Sage), à francetv info. Mais l'effondrement "n'est pas pour demain", concède-t-il : "Le mouvement est amorcé, mais des zones résistent encore."

"Là, on fait face à une sécheresse importante, explique-t-il. On espère que les prochaines précipitations auront un rôle de moteur dans l'accélération des mouvements. La roche, assez argileuse, est très sensible à l'eau." C'est pour cette raison que le niveau de l'eau du barrage a récemment été remonté de 3,5 mètres, dans l'espoir de favoriser le glissement de terrain. "Un test avec EDF", qui pourrait être renouvelé, détaille Lionel Lorier, afin de débloquer la situation.

Tombera, tombera pas ? On ne sait pas. Comment voulez-vous que l'on croie encore à tous ces experts ?Sonia Paquet-Chamouxà francetv info

"On a déjà pris trois mois fermes et notre peine n'est pas terminée"

Le préfet de l'Isère a donné, vendredi, son autorisation pour relancer la construction d'une route de secours, précise France 3 Provence-Alpes. Mais le chantier ne sera pas terminé avant le mois de novembre au moins. Insuffisant pour Sonia Paquet-Chamoux : "Elle ne servira qu'à une desserte locale, on ne fera jamais circuler le moindre touriste dessus."

Pour faire entendre leur colère, les habitants ont prévu de se mobiliser samedi, lors du passage du Tour de France entre Modane et L'Alpe d'Huez, étape dont le tracé a été modifié en raison du glissement de terrain. "On a bien compris qu'on ne pourrait pas arrêter la course, assure Sonia Paquet-Chamoux. A l'opposition du tumulte de la compétition, on veut quelque chose de très calme, pour montrer qu'on meurt en silence. Une marche silencieuse ?"

Pour elle, c'est désormais la survie de sa commune qui est en jeu. "On est punis, on a déjà pris trois mois fermes et la peine n'est pas terminée, résume Sonia Paquet-Chamoux. Le problème, c'est qu'on n'a aucun sursis."

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