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"Cela ne s'arrête pas lundi" : des citoyens de la Convention pour le climat créent une association pour promouvoir leurs mesures

Dans la foulée de la crise des "gilets jaunes", déclenchée par la taxe carbone, 150 Français tirés au sort avaient été chargés par le président de la République de réfléchir à des mesures pour réduire "d'au moins 40% des émissions de gaz à effet de serre [GES] d'ici à 2030". (TANGI JAILLET)

Les 150 personnes tirées au sort pour participer à la Convention pour le climat ont remis, dimanche, leurs propositions au gouvernement. Le président de la République, Emmanuel Macron, doit leur annoncer le 29 juin lesquelles il compte reprendre, pour les soumettre au Parlement ou à référendum.

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Et maintenant ? Après neuf mois de travail et de débat, la Convention citoyenne pour le climat a remis, dimanche 21 juin, ses propositions au gouvernement. Dans la foulée de la crise des "gilets jaunes", déclenchée par la taxe carbone, ces 150 Français, tirés au sort et représentatifs de la population française, avaient été chargés par le président de la République de réfléchir à des mesures pour réduire "d'au moins 40% les émissions de gaz à effet de serre [GES] d'ici à 2030 (par rapport à 1990) dans un esprit de justice sociale". Une initiative inédite en France mais déjà expérimentée en Irlande sur le sujet de l'avortement et du mariage homosexuel.

Le sort de leurs mesures, parmi lesquelles on trouve l'obligation de rénover les logements, la régulation de la publicité ou l'interdiction de la vente de voitures neuves polluantes, repose désormais entre les mains d'Emmanuel Macron. "Je prends l'engagement que des décisions fortes seront prises", leur avait promis en janvier le président de la République, tout en indiquant clairement qu'il se réservait le droit d'en refuser. "Le président de la République l'a dit dimanche dernier, en nous appelant à une reconstruction économique, écologique et solidaire. Votre travail est au cœur de ce projet", a rappelé Elisabeth Borne en recevant le rapport. "On n'a pas une confiance illimitée", euphémise Guy, un retraité du Limousin de 60 ans, conscient que bien des mesures – limitation de la publicité, taxe sur les dividendes, modification de la politique comerciale – ne cadrent pas avec la politique menée depuis 2017.

"Le gouvernement est un peu bloqué"

D'autres se veulent plus optimistes. "Si vous demandez à des citoyens de prendre la parole et que vous ne les écoutez pas, cela peut déboucher sur de mauvaises choses", prévient William, un Nantais de 33 ans. "On a eu une promesse, le gouvernement est un peu bloqué, il a promis certaines choses, il a signé les accords de Paris" sur le climat, rappelle Eloïse, une lycéenne de Dunkerque âgée de 17 ans. Les conventionnels devraient être rapidement fixés puisqu'ils seront reçus le 29 juin à l'Elysée pour une première réponse.

Parmi les décisions attendues : le référendum. Ce week-end, les 150 citoyens ont décidé de proposer au président de la République d'organiser un tel scrutin, sur une mesure, la création du crime d'écocide, et sur deux révisions de la Constitution. Emmanuel Macron va-t-il les suivre et organiser le premier scrutin référendaire depuis 2005 ? "Ce serait décevant de pas en avoir. Je suis clairement pour à titre personnel. Il y a un côté historique", estime Sylvain, un Parisien de 45 ans.

Le risque d'un décalage avec l'opinion publique

Une telle perspective souligne un élément crucial pour la réussite de cette Convention : l'acceptabilité de ces mesures dans l'opinion publique. Après les premières réactions, cristallisées autour de la limitation à 110 km/h sur les autoroutes (votée) et la semaine de travail de 28 heures (refusée), cette question a agité les couloirs de la Convention tout le week-end. Elle a conduit au rejet de la seconde mesure : "On va passer pour des guignols devant la France si on vote une mesure comme celle-là. Cela va être très négatif pour notre image", a argumenté en séance une jeune citoyenne opposée à cette réduction du temps de travail.

Au-delà de cette question particulière, le risque de décalage entre des citoyens ayant suivi une formation accélérée sur le changement climatique et une population moins au fait du sujet est un sujet de préoccupation. "Le référendum, je pense que c'est un peu casse-gueule. Il faut qu'on l'intègre. On va s'adresser à des gens qui seront dans le même état que nous avant la Convention, ils n'auront pas les infos et les débats qu'on a eus", a argumenté une participante lors des débats dans l'hémicycle.

Une association baptisée "les 150"

"Les gens ne vont pas avoir la claque qu'on a tous prise au départ en écoutant les scientifiques, reconnaît Sylvain. Mais notre responsabilité, c'est de transmettre ce que nous avons appris et de sensibiliser, sans faire peur". Pour ce faire, une association baptisée "les 150" a été créée. Elle compte pour le moment plus de 110 membres. "C'était important. On veut continuer à porter nos mesures, on ne s'arrête pas lundi", estime Guy, son trésorier. "On n'a pas envie que neuf mois de travail partent à la poubelle", abonde Amel, infirmière de 25 ans à Nanterre (Hauts-de-Seine), peu confiante "dans la capacité des politiques à résister à l'argent des entreprises".

La bataille, que ce soit au niveau politique ou de l'opinion publique, s'annonce compliquée. "Nos mesures ne sont pas là pour plaire, mais pour avoir un réel impact. Ce ne sont pas des mesures prises sur un coup de tête", défend Eloïse. La jeune femme espère que la prise de conscience de l'urgence climatique sera partagée par ses concitoyens : "Les +3 °C de réchauffement, c'est ma génération qui va se les manger, rappelle-t-elle. J'habite Dunkerque, dans trente ans, avec la montée des eaux, il n'y a plus de ville". En concluant les travaux de la Convention, le réalisateur Cyril Dion, l'une des personnalités à l'origine du projet, a déclaré, sous les applaudissements de l'assistance : "Maintenant, aux politiques de faire leur travail".