Rejet de boues rouges au large des calanques: les élus locaux se défendent de jouer "l'emploi contre l'environnement"

Le parc national des Calanques, le 18 septembre 2015. Les polluants sont rejetés à 7 km au large de ces criques paradisiaques.
Le parc national des Calanques, le 18 septembre 2015. Les polluants sont rejetés à 7 km au large de ces criques paradisiaques. (GARDEL BERTRAND / HEMIS.FR/ AFP)

Joints par francetv info, ils jugent la décision préfectorale de prolonger de six ans le "droit à polluer" de l'usine Alteo "équilibrée".

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A deux pas de Cassis et de Marseille, le parc national des Calanques enchante les visiteurs, avec ses pins parasols et ses criques de rêve. Un paradis préservé ? C'est oublier qu'à quelque 7 kilomètres de ces eaux claires, au large, l'usine d'alumines Alteo rejette depuis un demi-siècle en Méditerranée des boues rouges toxiques, via un tuyau de près de 50 km de long.

Comme le recommandait le Conseil supérieur de la prévention des risques technologiques (CSPRT) dans un arrêté rendu le 22 décembre, l'entreprise a obtenu le 30 décembre du préfet des Bouches-du-Rhône le droit de continuer à rejeter pendant six ans des produits polluants dans la mer. Non plus les boues rouges elles-mêmes, qui sont proscrites à partir du 1er janvier 2016, mais la partie liquide de ces effluents qui sera toujours envoyée dans la grande bleue. Seule, au gouvernement, la ministre de l'Ecologie Ségolène Royal s'est élevée contre cette décision. Mais à Gardanne, plusieurs élus l'approuvent, notamment au nom de la sauvegarde de l'emploi. Francetv info les a contactés, pour connaître leurs arguments. 

Un outil industriel "conservé" en France

Joint par francetv info, Claude Jorda, conseiller départemental communiste du canton de Gardanne, se dit "satisfait" que la ville conserve "cet outil industriel pour la production d'alumine". Indispensable aux ordinateurs ou aux smartphones, cet alliage, rappelle le député des Bouches-du-Rhône François-Michel Lambert, est "le troisième métal le plus produit au monde".

Et Claude Jorda rappelle au passage que cette production pourrait être délocalisée "dans des pays moins regardants" sur les normes environnementales. Allusion à la catastrophe survenue en Hongrie, en octobre 2010 : à la suite d'un accident dans une usine de bauxite-aluminum, un million de m3 de boues rouges s'était déversée sur sept villages du pays et avait fini par atteindre, rappelle L'Obs, les eaux du Danube. Et l'élu de conclure : "Il faut poursuivre les deux combats : ce n'est pas l'emploi contre l'environnement, ou l'environnement contre l'emploi, mais  les deux de front."

"L'emploi local" préservé

La mairie communiste de Gardanne pousse, elle aussi, un "ouf" de soulagement, notamment au nom de l'emploi. Contactée par francetv info, la municipalité rappelle le contexte : ici, la mine a fermé il y a dix ans. Le gouvernement avait promis d'aider des entreprises, notamment de microélectronique, à s'installer. Mais l'une d'elles, LFoundry, a fermé ses portes en 2013, laissant plusieurs centaines de salariés sur le carreau. Et la municipalité évoque aussi une autre entreprise en difficulté, Nexcis. Cette filiale d'EDF spécialisée dans le photovoltaïque a été lâchée en 2015 par la maison-mère, rappelle La Provence.

Donc, non, il n'est pas imaginable, pour le maire de la ville, Roger Meï, d'ajouter "700 demandeurs d'emplois de plus" aux 1900 déjà inscrits à l'agence de Gardanne. L'usine d'alumines d'Alteo emploie directement 440 personnes et indirectement 250 sous-traitants.

Un pas vers la "dépollution totale"

Enfin, les élus insistent aussi sur le pas en avant pour l'environnement, et le laps de temps donné pour une dépollution totale, sous peine de fermeture. "Il est nécessaire, martèle Claude Jorda, que la commission de suivi du site [prévue dans la recommandation du CSPRT] fasse son travail. Six ans pour trouver une vraie solution à la pollution, c'est à la fois court et c'est long. On avait avant une pollution qui rejetait la totalité de rejets en mer. Au premier janvier 2016, plus aucun rejet lourd ne devrait aller en mer, mais il restera encore des métaux. Il existe des procédures qui pourraient permettre que l'eau soit dépolluée, mais il faudra faire un effort financier. C'est un double défi : continuer à produire l'alumine indispensable à nos ordinateurs et nos smartphones et arriver à une pollution zéro. L'entreprise doit passer au bassinet. Il ne faut évidemment pas laisser faire pendant six ans, mais respecter les échéances fixées par le parc national des Calanques avec un comité de suivi du site associant ONG, industriels, élus, salariés."

Quant au député des Bouches-du-Rhône François-Michel Lambert, il juge l'accord sur Alteo "très équilibré: si tout le monde le faisait la même chose en France, il y aurait beaucoup moins de pollution".  Et de fustiger ceux qui "agitent le chiffon rouge" : "les promoteurs immobiliers" qui cherchent à récupérer le site de l'usine, "les pêcheurs" qui ont fait d'Alteo le "bouc émissaire" unique de la perte de la biodiversité, et ceux qui "font leur pelote politique" sur cette pollution sans s'intéresser aux problèmes locaux. "Dans six ans, conclut-il, "ce sera réglé grâce à de nouvelles technologies de dépollution, ou fermé. Quel autre site peut en dire autant ?"

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