Rémi Fraisse : l'avocat de la famille dénonce "une forme de consanguinité entre la justice et l'autorité policière"

Un groupe de personne manifeste pour obtenir la vérité sur la mort de Rémi Fraisse, le 26 octobre 2016 à Toulouse.
Un groupe de personne manifeste pour obtenir la vérité sur la mort de Rémi Fraisse, le 26 octobre 2016 à Toulouse. (ERIC CABANIS / AFP)

L'instruction dans l'enquête sur la mort de Rémi Fraisse est terminée. Sa famille redoute maintenant un non-lieu. Leur avocat, Arié Alimi, dénonce jeudi sur franceinfo les rapports entre la justice et l'autorité policière. 

#AlertePollution

Rivières ou sols contaminés, déchets industriels abandonnés… Vous vivez à proximité d’un site pollué ?
Cliquez ici pour nous alerter !

La famille de Rémi Fraisse se mobilise alors que les deux juges d'instruction ont terminé leur enquête sur la mort du jeune militant écologiste sur le site du barrage de Sivens en octobre 2014. Dans cette affaire, il n'y a eu aucune mise en examen. Le gendarme qui a lancé la grenade a été placé sous le statut de témoin assisté. La famille redoute donc un non-lieu.

Dans l'espoir de relancer l'enquête, deux nouvelles plaintes ont été déposées mercredi. Arié Alimi, avocat de la famille, dénonce jeudi 19 janvier sur franceinfo "une forme de consanguinité entre la justice et l'autorité policière".

franceinfo : Vous dénoncez une enquête bâclée, vous avez déposé deux plaintes, qui est visé ?

Arié Alimi : Une première plainte a été déposée à Paris. Elle vise trois gendarmes pour des faux témoignages, puisque leurs versions ont été modifiées à chaque audition. Les conditions pénales du faux témoignage nous semblent réunies. La deuxième plainte déposée à Toulouse est une plainte pour homicide involontaire visant nommément le préfet. Il y a aussi une plainte pour subornation de témoin contre les gendarmes qui ont entendu d'autres gendarmes. Une subornation de témoin, c'est le fait d'avoir voulu faire modifier le témoignage d'une personne et là, c'était lors des interrogatoires.

Pour vous l'enquête n'est pas allée au bout. Certains sujets ont été délibérément évités ?

Oui, on l'a délibérément fait puisque nous avons formulé avec les autres avocats de la famille de Rémi Fraisse plusieurs demandes d'actes, notamment des demandes de reconstitution, d'auditions de celui qui a donné des ordres, l'autorité civile de commandement, le préfet. Elles ont été systématiquement rejetées par les juges d'instruction mais également filtrées par le président de la chambre de l'instruction. Ce qui signifie qu'on a voulu éviter les vrais sujets, les vrais éléments pour déterminer la chaîne de responsabilité.

Vous accusez les juges de protéger les gendarmes dans ce dossier ?

Ce n'est pas une accusation, c'est malheureusement un constat que dans la plupart des dossiers de violences policières, qui aboutissent notamment à la mort, il y a une forme de consanguinité entre la justice et l'autorité policière qui a commis l'acte. Elle est inconsciente, quelque fois consciente mais on a toujours le même résultat : il y a un traitement judiciaire différent quand il s'agit d'un fonctionnaire de police ou d'un fonctionnaire de gendarmerie. C'est malheureusement le cas aujourd'hui, on n'a pas été au bout de l'instruction, à mon sens, on a évité de dire qu'il ne s'agissait pas d'un simple drame. C'est aussi un problème judiciaire et on l'évite.

Pourtant, un juge toulousain vient de mettre en examen un autre gendarme qui avait blessé une femme à Sivens en lançant une grenade. On ne peut donc pas dire que la justice toulousaine protège les gendarmes.

Je connais bien ce dossier. Le constat qu'on fait, c'est que lorsqu'il y a une vidéo, on aboutit à quelque chose car il y a une preuve pratiquement irréfutable. Pourtant, dans ce dossier, ça fait deux ans qu'il y a une vidéo et deux ans qu'il n'y avait pas de mise en examen. En revanche, dans le dossier de Rémi Fraisse, nous n'avons pas de vidéo. Et donc, bien évidemment, on se contente de la parole du gendarme qui vaut de l'or et qui vaut plus cher que les éléments recueillis. C'est toute la problématique des violences policières, il faut une vidéo pour pouvoir poursuivre des gendarmes ou des fonctionnaires de police. Là, on n'en a pas. Je tiens à rappeler que François Hollande s'est engagé après la mort de Rémi Fraisse à ce que la vérité éclate, une vérité objective. Ce n'est pas le cas aujourd'hui.

Vous êtes à nouveau en ligne