En Egypte, le président défie l'armée et la justice

Mohammed Morsi, au centre, assiste à une remise de médailles avec des responsables militaires, au Caire (Egypte), lundi 9 juillet 2012.
Mohammed Morsi, au centre, assiste à une remise de médailles avec des responsables militaires, au Caire (Egypte), lundi 9 juillet 2012. (EGYPTIAN PRESIDENCY / AFP)

Mohammed Morsi veut rétablir l'Assemblée à majorité islamiste dissoute en juin. Mais la Cour constitutionnelle et l'armée s'y opposent.

Le bras de fer entre l'armée et les islamistes n'en finit plus. Le nouveau président égyptien Mohammed Morsi (candidat des Frères musulmans) a décidé, dimanche 8 juillet, de rétablir l'Assemblée dissoute en juin par décision de justice. L'armée, qui avait de fait récupéré le pouvoir législatif, lui demande lundi de respecter "la Constitution et la loi". Retour sur un mois de bataille politique.

Acte 1 : les Frères musulmans gagnent les législatives

Leur victoire est éclatante. Les Frères musulmans remportent 47% des sièges de députés lors des élections législatives, dont les résultats sont publiés samedi 21 janvier. Le parti fondamentaliste salafiste Al-Nour arrive en deuxième position, avec 121 sièges, soit environ un quart de l'Assemblée.

Acte 2 : la Cour constitutionnelle dissout l'Assemblée

A deux jours du second tour de l'élection présidentielle, le 14 juin, la Cour constitutionnelle égyptienne invalide une loi et avec elle un tiers des sièges de l'Assemblée du peuple. Selon la Cour, la composition de l'Assemblée est "entièrement illégale".

La loi électorale invalidée avait créé deux modes de scrutin simultanés : deux tiers de liste proportionnelle pour les partis et un tiers d'uninominal à deux tours pour les candidats indépendants. Mais les partis islamistes l'avaient amendée pour permettre à leurs candidats de briguer les sièges uninominaux. Le texte final est jugé anticonstitutionnel.

Au passage, la Cour invalide aussi une loi interdisant aux anciens piliers du régime d'Hosni Moubarak de se présenter au second tour de l'élection présidentielle. Cette décision permet à Ahmad Chafiq, dernier Premier ministre du président déchu, de maintenir sa candidature à la présidentielle. Les Frères musulmans dénoncent un coup d'Etat de l'armée et réclament un référendum.

Acte 3 : l'armée s'attribue le pouvoir législatif

Les militaires ne perdent pas de temps. Dès le dimanche 17 juin, ils prennent le pouvoir législatif, jusqu'à l'élection d'un nouveau Parlement. Et ils posent leurs conditions. Les nouvelles élections législatives ne se tiendront qu'après adoption d'une nouvelle Constitution par référendum. Et l'armée entend changer la composition de la commission chargée de la rédaction du texte, où les islamistes étaient majoritaires.

Les Frères musulmans, privés d'Assemblée et éloignés de la rédaction, fustigent "la volonté du Conseil militaire de s'emparer de tous les pouvoirs".

Acte 4 : Mohammed Morsi, élu, rétablit l'Assemblée

Une semaine plus tard, le 24 juin, Mohammed Morsi, candidat des Frères musulmans, est élu président de l'Egypte. Le pays n'a toujours pas de Constitution et l'armée tient le pouvoir législatif. Dès le 8 juillet, le président défie l'armée et annule par décret l'arrêt de la Haute cour constitutionnelle dissolvant l'Assemblée du peuple. Il "invite la chambre à se réunir de nouveau et à exercer ses prérogatives".

L'armée appelle alors au respect de "la loi et de la Constitution", lundi 9 juillet. Le Conseil suprême des forces armées souligne "l'importance de la souveraineté de la loi et de la Constitution" et se dit "confiant que toutes les institutions de l'Etat respecteront ce qui a été dit dans les déclarations constitutionnelles".

De son côté, la Haute cour constitutionnelle égyptienne rejette logiquement la décision du président Morsi. "Les jugements et l'ensemble des décisions de la Haute cour constitutionnelle sont définitifs (...) et sont contraignants pour toutes les institutions de l'Etat", affirme la Cour.

Acte 5 : les Etats-Unis s'en mêlent

"C'est aux Egyptiens de décider". La Maison Blanche, qui tente de renforcer ses relations avec l'Egypte, appelle, sans plus de précision, au "respect des principes démocratiques" pour résoudre l'épreuve de force entre le président islamiste et l'armée. Une façon d'afficher sobrement son soutien au président Mohammed Morsi, qui a rencontré dans le week-end le secrétaire d'Etat adjoint William Burns, chargé de lui remettre un message du président américain Barack Obama.

Acte 6 : la justice suspend la décision de Morsi

L'Assemblée du peuple, dominée par les islamistes, s'est réunie mardi 10 juillet au matin. Mais leur champ d'action est limité. La Haute cour constitutionnelle a suspendu en début de soirée l'application du décret du président égyptien.