Doan Bui, prix Albert Londres 2013: au-delà des chiffres de l'immigration

Doan Bui à Montréal le 10 mai 2013.
Doan Bui à Montréal le 10 mai 2013. (FTV - Laurent Ribadeau Dumas)

Pour Doan Bui, 38 ans, lauréate du prix Albert Londres 2013 en presse écrite, cette récompense est «le Graal de tout journaliste». Dans l'article primé, elle tente de redonner une identité à certains de ces migrants clandestins qui meurent en tentant d'arriver en Europe.

Le prix récompense son article Les fantômes du fleuve, publié le 10 mai 2012 dans le Nouvel Observateur. Il s’agit d’une chronique des immigrants illégaux qui tentent de gagner l'Europe au péril de leur vie en traversant l’Evros, le fleuve qui sépare la Turquie et la Grèce.
 
«Je suis à la fois très honorée, très heureuse, mais aussi très étonnée de recevoir cette récompense. Car celle-ci, c’est le Graal de tout journaliste. C’est un mythe et c’est intimidant de se dire qu’on se situe dans cette lignée», explique Doan Bui.
                                       
Dans le même temps, elle se dit très émue d’être primée sur cet article en particulier. «D’origine vietnamienne, je suis moi-même fille d’immigrés. J’éprouve un intérêt tout particulier pour ceux qui sont obligés de partir de chez eux pour travailler. Et qui sont prêts à tout laisser derrière eux pour tout reconstruire à partir de zéro», raconte-t-elle. Elle-même travaille depuis longtemps sur le sujet. Elle a ainsi publié (avec Isabelle Monnin) en 2010 un livre, Ils sont devenus français (Lattès).
 
«L’immigration, ce sont souvent des chiffres. Moi, ce qui m’intéresse, c’est de voir des histoires humaines derrière ces chiffres», explique Doan Bui. Parfois, la mort est au bout du chemin... Ces immigrants clandestins deviennent alors «des anonymes dont personne ne veut. Ils n’ont pas d’histoire, pas de passé. Et personne ne veut les leur redonner». Ils restent donc sans identité.
 
Un problème qui parle à la journaliste. Il y a quelque temps, elle a voulu faire refaire un passeport. Le service compétent à Nantes lui a expliqué que son père n’existait pas, alors qu’il est bien vivant ! On lui a ensuite demandé de fournir des papiers impossibles à fournir. Une démarche entre Ubu et Kafka pour tenter de prouver une filiation…
 
Alors «avec cet article, j’ai eu envie de redonner une identité à ceux qui laissaient si peu de traces. A ceux dont le rêve s’est fracassé devant l’Evros». Une quête qui l’a menée au prix Albert Londres.

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