Quatre questions sur la mort du demi-frère de Kim Jong-un

Des policiers malaisiens surveillent l\'entrée de l\'hôpital Putrajaya de Kuala Lumpur, où le demi-frère de Kim Jong-un a été transporté après avoir été attaqué à l\'aéroport, lundi 13 février 2017.
Des policiers malaisiens surveillent l'entrée de l'hôpital Putrajaya de Kuala Lumpur, où le demi-frère de Kim Jong-un a été transporté après avoir été attaqué à l'aéroport, lundi 13 février 2017. (ALEXANDRA RADU / ANADOLU AGENCY / AFP)

Un temps pressenti comme l'héritier de la Corée du Nord, Kim Jong-nam a été assassiné lundi à Kuala Lumpur, la capitale de la Malaisie.

L'épisode a des airs de Guerre froide. Kim Jong-nam, demi-frère du leader nord-coréen Kim Jong-un, a été assassiné lundi à l'aéroport de Kuala Lumpur (Malaisie) dans des circonstances mystérieuses, ont confirmé mardi 14 février les autorités sud-coréennes. Une femme au passeport vietnamien a été arrêtée mercredi dans le cadre de l'enquête. Franceinfo revient sur ce que l'on sait du meurtre de cet homme, tombé en disgrâce auprès de Pyongyang.

Qui était Kim Jong-nam ?

Surnommé "le petit général" et  âgé de 45 ans, Kim Jong-nam fut un temps pressenti comme l'héritier de la Corée du Nord. Né de l'union de Kim Jong-il et d'une actrice née en Corée du Sud, il avait étudié en Suisse et en Russie, et parlait plusieurs langues, dont le japonais.

Présenté comme un passionné d'ordinateurs, il était après ses études rentré à Pyongyang, où il avait été propulsé à la tête de la stratégie de développement informatique du régime nord-coréen. Mais avant même sa disgrâce, l'aîné des Kim était considéré par les services sud-coréens comme un poids plume de la politique nord-coréenne, n'ayant pas l'étoffe d'un dirigeant.

C'est par une aventure rocambolesque et détonnant avec les talents de son père pour les opérations secrètes qu'il se fait connaître en 2001. Arrêté à l'aéroport de Tokyo en possession d'un faux passeport dominicain et accompagné de deux femmes et d'un enfant, il déclare aux autorités vouloir visiter le parc d'attractions Disneyland.

Après cette mésaventure, Kim Jong-nam vit de fait en exil avec sa famille, à Macao, Singapour ou en Chine. Il se dit qu'il se rend souvent à Bangkok, à Moscou et en Europe.

Dans quelles circonstances a-t-il été tué ?

Les circonstances du meurtre de Kim Jong-nam sont encore floues. Il a vraisemblablement été empoisonné par deux femmes, qui ont ensuite pris la fuite, alors qu'il attendait un vol pour Macao dans un terminal de Kuala Lumpur. Selon certains médias, il a été touché par des aiguilles empoisonnées, quand d'autres comme le quotidien singapourien The Straits Times évoquent un liquide aspergé au visage de la victime. Le site internet du titre publie d'ailleurs la photo d'une des suspectes tirée des images de vidéosurveillance de l'aéroport.

"Il a dit à l'accueil du hall des départs que quelqu'un l'avait attrapé par derrière par le visage et l'avait aspergé d'un liquide", a déclaré un responsable de la police au journal malaisien The Star. "Il a demandé de l'aide et a immédiatement été envoyé à la clinique de l'aéroport. A ce moment-là, il disait souffrir de maux de tête et semblait sur le point de s'évanouir."

A la clinique, il a été victime d'une crise cardiaque. Il a été placé dans une ambulance et était en route vers l'hôpital de Putrajaya quand son décès a été prononcé.Fadzil Ahmat, responsable de la police criminelle malaisienneà "The Star"

La police malaisienne a annoncé qu'une autopsie serait pratiquée mercredi sur la dépouille de la victime, sans toutefois dire quand les résultats en seraient annoncés.

Une femme au passeport vietnamien a été arrêtée à l'aéroport international de Kuala Lumpur, mercredi matin, a déclaré le chef de la police. 

Quelles étaient ses relations avec son demi-frère ?

Depuis le début de son exil, Kim Jong-nam s'était montré critique envers Pyongyang. Avant la prise de pouvoir de son demi-frère Kim Jong-un, il s'était déclaré en octobre 2010 "opposé à la transmission héréditaire à une troisième génération de la famille", dans un entretien à la chaîne japonaise Asahi TV.

Il enfonce le clou en janvier 2011 en affirmant à un journal japonais que son père était également opposé à cette transmission héréditaire, mais a désigné son cadet comme successeur "afin de stabiliser le pays". Un an plus tard, il émet des doutes sur les capacités de son jeune frère à diriger.

Ces critiques ont provoqué l'ire du régime nord-coréen. En 2012, des agents du Nord auraient tenté d'assassiner Kim Jong-nam, ont raconté mercredi des parlementaires sud-coréens après une réunion à huis clos avec le patron des renseignements du pays. "Il a été victime d'une tentative d'assassinat en 2012 et Jong-nam a envoyé en avril 2012 une lettre à Jong-un lui écrivant : 's'il te plaît épargne moi et ma famille'", a déclaré à la presse un membre de la commission des renseignements du Parlement.

Dans quel contexte survient cet assassinat ?

Soumis à une pression internationale croissante à propos des programmes nucléaire et balistique nord-coréen, Kim Jong-un cherche à renforcer son pouvoir. Lundi, le Conseil de sécurité de l'ONU a condamné à l'unanimité – y compris la Chine, principale alliée de Pyongyang – le tir de missile effectué dimanche par la Corée du Nord.

Les annonces de purges, d'exécutions et de disparitions, parfois non confirmées, sont fréquentes depuis l'arrivée de Kim Jong-un au pouvoir en décembre 2011. Le meurtre de Kim Jong-nam signerait en tout cas la mort du plus haut dignitaire nord-coréen depuis l'exécution en décembre 2013 de l'oncle du jeune leader, Jang Song-Thaek, qui fut un temps le numéro deux officieux du régime.

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