La Corée du Nord «un pays théâtre»

Extrait de la BD «La Faute, une vie en Corée du Nord».
Extrait de la BD «La Faute, une vie en Corée du Nord». (Alexis Chabert/Michaël Sztanke Ed. Delcourt/Mirages)

Surréaliste, ubuesque, les adjectifs ne manquent pas pour qualifier la Corée du Nord, le pays le plus fermé du monde. Le journaliste Michaël Sztanke, qui s’y est rendu trois fois (2007, 2012 et 2014), nous raconte ses impressions de voyage.

Le journaliste Michaël Sztanke s’est rendu en Corée du Nord pour la dernière fois en 2014. Un voyage qu'il a fait avec l'accord des autorités. De cette expérience, il a ramené un documentaire diffusé le 19 mai sur France 5 (Corée du Nord, la grande illusion) et une BD (La Faute, une vie en Corée du Nord) d’où sont tirées les illustrations de cet article.

Qu’est ce qui est le plus frappant en arrivant en Corée du Nord ?
C’est un pays extrêmement intriguant. Même après plusieurs voyages, ce qui frappe c’est la propagande absolue qui tourne autour des trois leaders (Kim Il-Sung, Kim Jong-il et Kim Jong-un. Ils sont omniprésents dans la ville, où les portraits sont partout, y compris dans les conversations. L’autre aspect le plus visible, c’est l’absence de développement.
 
La ville de Pyongyang est faite de grandes avenues staliniennes, de monuments à la gloire du régime et des dirigeants. Quant à la population, on la voit, on la croise, mais on n’a pas de contacts. Tous les habitants ont sur le cœur le badge de leurs dirigeants.
 
Peut-on avoir des échanges avec des Coréens ?
Lorsqu’on arrive en Corée du Nord, on est toujours encadré par un guide et l’interprête (sont-ils deux pour se surveiller mutuellement ?). Résultat, il est difficile de contacter des inconnus. Cela peut arriver de parler avec des Coréens, mais en général ce sont des gens choisis par les guides. J’ai pu ainsi visiter des appartements et rencontrer des familles, mais ce sont des familles modèles.
 
Imaginer faire un micro-trottoir à Pyongyang c’est impossible.
 
Mais tout se fait de manière amicale. J’ai eu une guide très agréable, qui parlait un français remarquable. Je pouvais lui poser des questions, mais on ne sait jamais où est la vérité. Le mensonge d’Etat est partout. A vous d’essayer de décoder ce qui est vrai ou faux.
 
Extrait de la BD «La Faute, une vie en Corée du Nord»
Extrait de la BD «La Faute, une vie en Corée du Nord» (Alexis Chabert/Michaël Sztanke Ed. Delcourt/Mirages)

Comment apparaît Pyongyang ?
La capitale nord-coréenne vit et évolue. Il y a une vie quotidienne, on croise des amoureux, des gens avec des téléphones portables, des restaurants. Mais cela ne concerne que Pyongyang, la capitale est la vitrine du régime. On voit des familles dans la rue, dans les parcs, qui jouent au ballon. Reste à savoir qui sont les gens qui profitent de cette vie. Dans le pays, on parle de «masses du noyau dur» : ce sont les privilégiés du régime.
 
Dans la capitale, on voit même des débuts d’embouteillages. Il y a quelques cinémas, réservés à une élite. Mais on a souvent le sentiment qu’on vous montre un pays théâtre. J’ai ainsi pu visiter la dernière station de ski, avec son hôtel cinq étoiles. C’était ubuesque.

En revanche, je n’ai pu aller dans aucun village.
 
Dans le pays, il y a des dizaines de degrés de citoyenneté. Quand on est tout en bas, cela signifie que votre attitude est négative. Le degré dépend aussi de votre passé, de celui de votre famille. Quand on est au sommet de cette pyramide, on obtient des privilèges car le régime est sûr de votre passé, de vos parents, de votre fidélité au régime. Le système applique la culpabilité par association. On est responsable de ses proches. On le sait par le récit de réfugiés. 

Extrait de la BD «La Faute, une vie en Corée du Nord»
Extrait de la BD «La Faute, une vie en Corée du Nord» (Alexis Chabert/Michaël Sztanke Ed. Delcourt/Mirages)


Pour avoir une image de Pyongyang, on peut aussi regarder cette vidéo (sans paroles) réalisée par un photographe singapourien Aram Pan qui a filmé la capitale nord-coréenne, en grande partie détruite pendant la guerre de Corée, en fixant une Gopro sur le toit de sa voiture. Une promenade autorisée par les autorités dans cette ville de quelque 3 millions d'habitants à la superficie extrêmement étendue. 
 


 

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