Missile nord-coréen : "Ce que veut Pyongyang, c'est un dialogue avec les Etats-Unis"

Un missile balistique intercontinental nord-coréen, le 28 juillet 2017.
Un missile balistique intercontinental nord-coréen, le 28 juillet 2017. (STR / KCNA VIS KNS)

Selon l'historienne et spécialiste de la péninsule coréenne, Juliette Morillot, le nouveau tir expérimental de missile balistique intercontinental effectué par la Corée du Nord "est une provocation (...) Son but est d'avoir un moyen de riposte et de répondre aux Etats-Unis."

La Corée du Nord a annoncé samedi 29 juillet dans la matinée avoir procédé vendredi à un nouveau tir expérimental de missile balistique intercontinental (ICBM), susceptible d'atteindre l'Alaska et Hawaï. C'est le second essai en moins d'un mois. Les condamnations sont unanimes et la Corée du Sud a déclaré qu'elle allait accélérer le déploiement du bouclier antimissile et a exercé un tir de riposte conjoint avec les Etats-Unis.

Ce tir de missile est "une provocation" a affirmé Juliette Morillot, historienne spécialiste de la péninsule coréenne co-auteure de La Corée du Nord en 100 questions, samedi sur franceinfo. Cette situation qui "justifie aussi la présence des Etats-Unis dans cette partie du monde" ne se réglera qu'à l'issue "d'un dialogue avec Washington" voulu par Pyongyang, "le plus imprévisible des deux [étant] Donald Trump" a-t-elle ajouté.

Ce tir de missile est une énième provocation ou le signe d'une menace ?

Juliette Morillot : Ce tir est une provocation. La Corée du Nord poursuit, imperturbable, son programme nucléaire et balistique. Son but est d'avoir un moyen de riposte et de répondre aux Etats-Unis. Cela fait partie de la politique de Kim Jong-un qui veut développer à la fois l'économie et le nucléaire, véritable assurance vie face aux Etats-Unis.

A quoi ces tirs de missiles servent-ils ?

Cela sert à dire qu'ils existent et qu'il ne faut pas les menacer. Ce tir de missile intervient cette fois-ci à un moment très symbolique, un jour après la date anniversaire de l'armistice marquant la fin de la guerre de Corée, le 27 juillet. La Corée du Nord veut être reconnue et la signature d'un traité de paix sur la péninsule.

D'un point de vue diplomatique, qui peut désamorcer les tensions ?

La Chine ne peut pas faire grande chose pour arrêter l'escalade. Finalement cet état tampon nord-coréen est bien pratique pour elle car il l'isole des troupes américaines présentes en Corée du Sud. La seule solution serait un dialogue. Finalement ce que veut Pyongyang c'est un dialogue avec les Etats-Unis. La situation se joue entre Pyongyang et Washington.

Paradoxalement, le plus imprévisible c'est moins la Corée du Nord que Donald Trump. Il a essayé de mettre la Chine dans son camp puis a changé d'avis. C'est là que l'imprévisibilité se trouve.Juliette Morillot, historienne et spécialiste de la péninsule coréenneà franceinfo

On est dans une sorte d'impasse qui préserve un statu quo assez fragile dans la péninsule. Il faut se demander qui voudrait la réunification de la péninsule face à une montée en puissance chinoise, la seconde puissance économique mondiale. La Corée du Nord justifie la présence des Etats-Unis dans cette partie du monde. Ni les Chinois ni les Sud-Coréens n'ont envie que cela s'effondre. L'arme nucléaire est en fait une assurance vie pour la Corée du Nord qui lui garantit un dialogue avec les Etats-Unis.

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