Chypre : pourquoi la taxe sur les épargnants est remise en cause

Une statue caricaturant la chancelière allemande, Angela Merkel, et le président chypriote, Nicos Anastasiades, est présentée lors d\'un carnaval à Limassol (Chypre), le 17 mars 2013.
Une statue caricaturant la chancelière allemande, Angela Merkel, et le président chypriote, Nicos Anastasiades, est présentée lors d'un carnaval à Limassol (Chypre), le 17 mars 2013. (YIANNIS KOURTOGLOU / AFP)

Proposée samedi en échange d'un prêt européen de 10 milliards d'euros, la taxe sur les dépôts bancaires devrait être rejetée mardi par le Parlement chypriote, alors que la Troïka a proposé de la revoir.

Ce devait être une chambre de validation ; ce sera sans doute un peloton d'exécution. Le Parlement chypriote s'apprête, mardi 19 mars, à mettre fin à la courte vie du projet initial de taxe sur les dépôts bancaires, négocié samedi avec les pays de l'Eurogroupe dans le cadre d'un plan de renflouement de 10 milliards d'euros. Lundi, face à l'impopularité de cette mesure, Chypre et la Troïka (FMI, BCE, UE) avaient déjà entamé une marche arrière. Francetv info vous explique les raisons de ce revirement.

Calmer la fronde des opinions publiques

"Mais pourquoi est-ce qu'ils toucheraient à nos économies ? De quel droit ?" L'annonce de la taxe, qui prévoit de toucher la totalité des épargnants, même les plus modestes, a suscité la stupéfaction et la colère des habitants chypriotes. Lundi, des centaines d'entre eux se sont massés devant le Parlement à Nicosie pour protester contre "l'ordre néolibéral".

L'inquiétude ne s'est pas arrêtée aux frontières de l'île méditerranéenne. Au Royaume-Uni, le gouvernement a tenté de rassurer ses militaires installés à Chypre en leur promettant des indemnisations, comme le rapporte le Daily Mail (en anglais), qui évoque un "braquage de banque" et un "raid scandaleux". Surtout, un vent de panique a soufflé lundi sur l'ensemble de la zone euro, notamment face aux possibles répercussions sur la confiance dans le système bancaire.

Donner une deuxième chance à Chypre

Si la machine arrière permet de rassurer les populations et d'épargner (temporairement) leur portefeuille, elle constitue aussi un message d'apaisement adressé à Nicosie. "Comment [Chypre] finance sa contribution, comment il la répartit, c'est l'affaire du gouvernement chypriote", a ainsi précisé lundi le gouvernement allemand, à l'instar du ministre des Finances français, Pierre Moscovici. En clair, tant que la somme de 5,8 milliards d'euros que rapporterait la taxe est réunie, la Troïka sera satisfaite. Et, en douce, elle reconnaît que cette mesure était une erreur politique.

Le gouvernement chypriote a donc l'occasion de revoir les seuils et les taux appliqués dans une nouvelle mouture du projet, afin de ne pas toucher aux épargnants les moins dotés. Lors des négociations avec la Troïka, dans la nuit de vendredi à samedi, le président chypriote avait refusé de cibler uniquement (et plus fortement) les comptes des plus riches, de peur de plomber l'attractivité de l'île, selon le Financial Times (article abonnés, en anglais). 

Ne pas froisser Moscou

S'il est un pays bien au fait de l'attractivité fiscale de Chypre, c'est la Russie. Moscou a qualifié lundi d'"injuste" et de "dangereuse" l'idée d'une taxe sur les dépôts bancaires, qui coûterait 2 milliards d'euros aux fortunes russes placées sur l'île. Sur les 68 milliards d'euros de dépôts dans les banques chypriotes, 40% appartiennent en effet à des Russes, selon Le Figaro

Le ministre des Finances chypriote, Michalis Sarris, est attendu à Moscou mardi pour y négocier, selon les médias russes, un nouveau prêt de la Russie à l'île, en renfort du plan négocié avec la Troïka. Avant cela, il devra rassurer son homologue Anton Silouanov, qui a menacé de revenir sur sa proposition d'assouplir les conditions du crédit de 2,5 milliards de dollars accordé à Nicosie en 2011. Il devra aussi s'expliquer sur la nouvelle mouture du projet de taxe, qui pourrait viser davantage les plus riches (et donc nombre de Russes). Le plus dur est bien, désormais, de trancher entre les intérêts des uns et des autres, a priori inconciliables.

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