Qui est Joshua Wong, cet adolescent hongkongais qui veut faire plier Pékin ?

Joshua Wong harangue la foule des manifestants rassemblés dans le principal accès au centre financier de Hong Kong, le 1er octobre 2014. 
Joshua Wong harangue la foule des manifestants rassemblés dans le principal accès au centre financier de Hong Kong, le 1er octobre 2014.  (CARLOS BARRIA / REUTERS)

Omniprésent dans les médias, Joshua Wong est la coqueluche des militants hongkongais et des médias étrangers. A 17 ans, il incarne désormais la contestation face au pouvoir central chinois.

Si vous le croisiez dans la rue, vous n'y feriez pas vraiment attention. Pourtant, derrière ses lunettes et son tee-shirt trop large, Joshua Wong est devenu l'une des figures les plus en vue de Hong Kong. A 17 ans, il figure en première ligne de la contestation contre Pékin, qui semble revenir sur sa promesse d'instaurer le suffrage universel lors des élections régionales de 2017.

Plus de 200 000 personnes suivent sa page Facebook, qui rend compte de l'évolution des événements, dont l'arrestation du jeune homme, vendredi 26 septembre. Accusé d'avoir tenté de franchir une barrière dans le complexe gouvernemental local, Joshua Wong a été place une quarantaine d'heures en détention, avant d'annoncer sa libération sur les réseaux sociaux. Depuis, les médias du monde entier se penchent sur le sort de ce frêle adolescent aux airs un peu geek. Voici pourquoi.

Un apôtre de la "désobéissance civile" depuis ses 13 ans

Malgré sa jeunesse, Joshua Wong a déjà une longue expérience militante. En 2010, il manifeste contre la construction d'une ligne de train à grande vitesse entre Hong Kong et la Chine, explique-t-il à Hong Kong magazine (en anglais). Un an plus tard, à 14 ans, il co-fonde l'association Scholarism, afin de protester contre un programme scolaire visant à développer le sentiment patriotique chinois. Ce mouvement aboutit aux manifestations étudiantes et lycéennes de 2012. Au total, 120 000 personnes descendent dans la rue et obtiennent le retrait du projet. Une première victoire.

A cette époque, il publie de nombreux articles et billets, qui dénoncent le plus souvent le "lavage de cerveaux" imposé, selon lui, par Pékin et dénonce le communisme. "On nous demandait de développer un attachement patriotique à la Chine", se souvient-il aujourd'hui au micro du South China Morning Post (partie 2 et partie 3). "Mais comment être fier de son pays avec [le sort des dissidents] Liu Xaobo, Ai Weiwei et le scandale du lait contaminé ?"

Comme le précise Rue89, Le jeune homme continue de s'exprimer en cantonais – la langue régionale – alors que le mandarin tend à gagner du terrain depuis la rétrocession de Hong Kong par le Royaume-Uni en 1997. Et aujourd'hui encore, rapporte le New York Times, il dit être en colère à l'écoute de l'hymne national chinois, notamment "quand la chanson dit : 'Que ceux qui refusent d'être des esclaves se lèvent'. Sommes-nous vraiment traités autrement aujourd'hui ?"

Diplômé de l'United Christian College, Joshua Wong a grandi dans une famille protestante. En 1997, quand Hong Kong est rentré dans le giron chinois, il n'avait que 9 mois. Du coup, certains soupçonnent ses parents d'avoir conditionné leur enfant. L'avocat du jeune homme, Michael Vidler, réfute l'argument : "[Grace et Roger] sont paisibles, issus de la classe moyenne. C'est une famille ordinaire." Et Joshua d'ajouter : "Mes parents m'ont donné la liberté", ajoutant que certains camarades de Scholarism n'ont pas dit à leur parents qu'ils étaient impliqués politiquement.

Entre Gandhi, V pour Vendetta et les X-Men

"Il est à la fois si jeune et si sage", commente son avocat. "Il est comme n'importe quel adolescent : attaché à ses parents, poli, plein de principes, studieux." Le credo de Joshua Wong, c'est la "désobéissance civile". A ce titre, il explique que le mouvement doit rester pacifique et éviter la confrontation avec les policiers. Le message semble entendu. Les images de parapluies dépliés pour éviter les gaz lacrymogènes ont depuis fait le tour du monde. Contacté par CNN (en anglais), il n'hésite pas non plus à citer le film V pour Vendetta : "Le peuple ne devrait pas craindre le gouvernement. C'est le gouvernement qui devrait craindre le peuple".

Joshua Wong (à droite) lors de la fête nationale chinoise, le 1er octobre à Hong Kong.
Joshua Wong (à droite) lors de la fête nationale chinoise, le 1er octobre à Hong Kong. (SIPA)

Joshua Wong incarne une forme moderne de contestation. “Leur mentalité est très différente de celle de l'ancienne génération", analyse Chen Yun-chung, professeur à l'université de Hong Kong, cité par le New York Times (en anglais). "Je les appelle donc des mutants, mais dans le bon sens du terme, un peu comme les X-Men." Mais Joshua Wong ne se contente pas d'utiliser Facebook, Twitter ou l'application française FireChat. L'adolescent harangue régulièrement la foule, en première ligne.

Tellement célèbre qu'il doit annoncer ses notes de fac

Depuis la mobilisation de 2012, le jeune militant est une des personnalités politiques les plus en vue de l'ancienne colonie britannique. En juillet, il est tellement harcelé par les journalistes qu'il doit convoquer une conférence de presse pour révéler ses notes à un examen universitaire, rapporte le South China Morning Post (en anglais). Au passage, il rappelle qu'il n'a "jamais été un bon élève".

La nouvelle contestation a encore fait grimper sa cote. Entouré d'admirateurs, l'adolescent est souvent très entouré. Et quand il prend le taxi, le conducteur lui fait même cadeau de la course, rapporte une journaliste du Wall Street Journal.

Mais il refuse d'être comparé aux leaders célèbres. "Je ne vois pas de lien entre Martin Luther King et moi", explique le jeune homme. "C'est une figure historique trop ancienne." Et quand il a rencontré Wang Dan – l'un des étudiants à l'origine des protestations de la place Tiananmen, en 1989 – l'étudiant s'est surtout contenté de discuter de... chips.

Certes, le visage juvénile de Joshua Wong séduit les médias du monde entier. Pourtant, d'autres personnages sont tout aussi influents, à commencer par Alex Chow, 24 ans, à la tête de la Fédération des étudiants hongkongais. D'autres figures semblent également plus expérimentées, à commencer par Benny Tai Yiu Ting, 50 ans – cofondateur du mouvement Occupy Central with Love and Peace. Les détracteurs du mouvement ne s'y trompent pas et lui ont déjà adressé plusieurs menaces de mort, dont certaines adressées au "diable", rapporte Reuters.

Pékin l'accuse d'être à la solde du CIA et des Etats-Unis

La lecture proposée par Pékin est un peu différente. La notoriété de Josha Wong lui a valu un long portrait dans le Wen Wei Po, fidèle au pouvoir central. Le quotidien dit détenir un "large faisceau d'indices" prouvant que le jeune homme est contrôlé par la "main noire des forces américaines", rapporte le blog duWashington Post. Ainsi, Joshua Wong est accusé de contacts réguliers avec le personnel du consulat américain. Toujours selon le journal, il aurait également visité Macao en 2011 à l'invitation de la chambre de commerce américaine. Ces accusations ont toutes été niées en bloc par le jeune homme, qui fête son 18e anniversaire le 10 octobre.