Hong Kong : "La stratégie de Pékin de jouer le pourrissement va échouer"

Des militaires chinois à Shenzen, non loin de Hong kong, le 16 août 2019.
Des militaires chinois à Shenzen, non loin de Hong kong, le 16 août 2019. (STR / AFP)

Alors que la Chine a déployé des militaires et des blindés à Shenzhen près de la frontière avec Hong Kong, il s'agit pour Pékin, selon le sinologue Jean-Philippe Beja, de tester la réaction de la communauté internationale.

"La stratégie de Pékin est de jouer le pourrissement", a expliqué Jean-Philippe Beja, sinologue et directeur de recherche émérite au CNRS-CERI-Sciences-Po samedi 17 août sur franceinfo, alors que la Chine a déployé des militaires et des blindés à Shenzhen près de la frontière avec Hong Kong. "Ces bruits de bottes servent évidemment à tester la réaction internationale", selon Jean-Philippe Beja, qui estime qu'une "intervention militaire du genre Tiananmen dont tout le monde parle est quelque chose d'extrêmement difficile".

franceinfo : Faut-il attendre un soutien des pays étrangers, notamment des États-Unis, aux manifestants

Jean-Philippe Beja : Une solution venue de l'étranger, certainement pas. La solution ne peut venir que d'un dialogue entre les manifestants de Hong Kong et le gouvernement de Pékin. Alors évidemment, Hong Kong est une cité internationale et il est évident que les pays, notamment occidentaux, ont un intérêt à ce qu'elle reste ce qu'elle est, c'est-à-dire un centre financier très important. Malheureusement, il semble que la mobilisation, soit des États-Unis, soit de la Grande-Bretagne, soit de l'Europe dans son ensemble soit extrêmement faible. Il n'y a eu aucune pression exercée sur la Chine. Or, les bruits de bottes qu'on a vus de l'autre côté de la frontière, à Shenzhen, servent évidemment à tester cette réaction internationale. La faiblesse de la réaction internationale est inquiétante pour les manifestants de Hong Kong.

Le positionnement de l'armée chinoise à la frontière est-elle une manière de montrer les muscles, ou on peut s'attendre à une intervention militaire ?

Il y a 30 000 policiers à Hong Kong qui ont montré qu'ils sont tout à fait capables de réprimer les manifestations. Les interventions de Pékin sont beaucoup plus sournoises. On a vu des membres des triades aller frapper les manifestants. On a même eu la preuve hier, reconnue par les policiers hongkongais, que des policiers infiltrent les manifestants. Je crois qu'une intervention militaire du genre Tiananmen dont tout le monde parle est quelque chose d'extrêmement difficile. Les gens ne sont pas rassemblés à Hong Kong, il n'y a pas une place à occuper. Rappelons aussi qu'il y a 6 000 soldats de l'Armée populaire de libération qui sont en ce moment en garnison à Hong Kong. Donc pourquoi faire venir la police chinoise et l'armée chinoise ? Si on voulait intervenir, on pourrait déjà commencer avec l'armée qui est sur place. La stratégie de Pékin et du gouvernement de Hong Kong est aujourd'hui de jouer le pourrissement. Il y a un refus total d'entamer des négociations. Or, c'est un mouvement politique auquel on ne peut donner qu'une solution politique. Actuellement, on joue le pourrissement. Et ça fonctionne très mal. La question est de savoir si la violence, qui s'est notamment produite à l'aéroport, va dégouter la population, va la décrocher des militants les plus radicaux. La stratégie du pourrissement risque bien d'échouer elle aussi. On se trouve donc dans une impasse.

La population hongkongaise soutient-elle ce mouvement aujourd'hui?

Oui, il y a des dizaines de milliers d'enseignants qui vont manifester aujourd'hui, on a vu des mères, on a vu des gens de tous les âges et de toutes les conditions. Rappelons-le : le 16 juin, il y eu une manifestation de deux millions de personnes pour sept millions d'habitants. En Chine en revanche, la propagande chinoise ne cesse de dénoncer la petite poignée d'ennemis de la Chine, qui veulent trahir la nation, ne cesse de dénoncer les ingérences des pays étrangers dans cette mobilisation. Dans quelle mesure les Chinois croient véritablement leur presse ? C'est une question. Mais il y a aussi une certaine jalousie des Chinois vis-à-vis de Hong Kong qui a un système beaucoup plus libre, et parfois les Chinois disent que les Hongkongais devraient s'en contenter.

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