Guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis : "L'escalade continue, le gouvernement chinois ne se laissera pas faire par Donald Trump"

Des billets de 100 yuan de la Banque populaire de Chine.
Des billets de 100 yuan de la Banque populaire de Chine. (FREDERIC J. BROWN / AFP)

La guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine a pris un nouveau tournant avec la dévaluation du yuan, a analysé l'économiste Marie-Françoise Renard.

La Chine a ouvert un nouveau front dans sa guerre commerciale contre les États-Unis mardi 6 août en laissant chuter sa monnaie à son niveau le plus bas depuis onze ans. Washington parle de "manipulation du yuan", accusation rejetée par Pékin. "Il n’y a pas de signe positif qui montrerait qu’une négociation est à l’ordre du jour", a estimé sur franceinfo Marie-Françoise Renard, économiste et chercheuse responsable de l'IDREC (Institut de recherche sur l'économie de la Chine) à l'université de Clermont-Ferrand. "On peut penser que les électeurs américains puissent finir par peser sur Trump en considérant que ça devient financièrement insupportable", a-t-elle ajouté.

franceinfo : Les bourses américaines ont enregistré lundi leur pire journée de l’année, le Dow Jones a perdu 2,9%, le Nasdaq 3,47%. Pourquoi une telle inquiétude ?

Marie-Françoise Renard : Parce que les bourses n’aiment pas l’incertitude ni le risque. La principale crainte des marchés boursiers aujourd'hui, c’est une escalade de la guerre commerciale. Elles ont raison de le craindre, parce que les affaires ne s’arrangent pas. Il est peu probable que le yuan continue à chuter parce que cela représente un certain nombre de dangers pour la Chine. Néanmoins, la principale leçon à retenir de cela, c’est que l’escalade continue, que le gouvernement chinois ne se laissera pas faire par Donald Trump et qu’il réagisse.

C’est une option particulière qu’a choisie la Chine. Tous les pays ne peuvent pas dévaluer comme ça leur monnaie, comment se fait-il que la Chine puisse le faire ?

Ce n’est pas exactement une dévaluation. Depuis quelques années, la banque centrale chinoise fixe tous les jours un taux pivot pour sa monnaie, qui peut varier de plus ou moins 2% autour de ce taux pivot. Dans ce taux pivot, elle inclut un facteur d’ajustement contra-cyclique pour éviter une trop forte hausse ou une trop forte baisse. Jusqu’à maintenant, ça a été plutôt bien pris : le yuan ne fluctue pas en fonction des marchés ou de l’offre et de la demande puisque la banque centrale intervient. C’est une intervention qui a été considérée comme plutôt stabilisatrice mais là, elle a laissé le yuan baisser. C’est une prise de risque, parce que cela peut entraîner des fuites de capitaux. À long terme, cela représente un coût qui est relativement élevé. Un certain nombre de pays d’Asie du sud-est comme l’Indonésie, la Corée du Sud, le Cambodge et la Malaisie ont des monnaies très liées à la monnaie chinoise. Si la monnaie chinoise se déprécie, leurs monnaies peuvent se déprécier aussi.

Peut-on imaginer que cette partie de ping-pong dure longtemps ?

Malheureusement oui, il n’y a pas de signe positif qui montrerait qu’une négociation est à l’ordre du jour. Il y a un autre levier qui est possible, ce sont les terres rares [des métaux indispensables à de nombreuses industries de pointe]. La Chine possède beaucoup de terres rares qui sont des produits indispensables dans les biens de haute technologie et à court terme, elle peut interdire leurs exportations vers les États-Unis. Ce serait aussi une mesure coûteuse, mais cela peut beaucoup pénaliser les États-Unis, au moins à court terme. Ce que l’on peut imaginer, c’est que les électeurs américains commencent à trouver que cela coûte très cher. Les sommes d’argent que le gouvernement dépense actuellement pour soutenir les acteurs économiques défavorisés par cette guerre commerciale commencent à être très élevées par rapport à ce que cela peut rapporter.

Il n’y a pas véritablement de retour de la production des entreprises américaines sur le territoire américain. Elles quittent la Chine pour aller dans d’autres pays d’Asie, cela n’a pas relancé l’industrie américaine, donc c’est très coûteux. On peut penser que les électeurs américains puissent finir par peser sur Trump en considérant que ça devient financièrement insupportable. Le gouvernement chinois était plutôt favorable à l’élection de Trump, il pensait que Trump ne donnerait pas de leçon sur les droits de l’Homme comme pourrait le faire Hillary Clinton. Là, je pense qu’ils sont très déçus et très surpris. Ils doivent vivement souhaiter l’élection d’un autre président, peut-être un peu plus prévisible que ne l’est Trump.

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