Chine : trente ans de politique de l'enfant unique vus par les médias francophones

Une Chinoise et son bébé devant une affiche vantant la politique de l\'enfant unique, le 1er février 2005 à Shaoyang, dans le Hunan (Chine).
Une Chinoise et son bébé devant une affiche vantant la politique de l'enfant unique, le 1er février 2005 à Shaoyang, dans le Hunan (Chine). (LV JIANSHE / IMAGINECHINA)

C'est une décision historique : tous les Chinois sont désormais autorisés à avoir un deuxième enfant, pour la première fois depuis trente-six ans. Retour sur cinq temps forts de ces trois décennies de politique répressive vus par les médias francophones.

En autorisant tous les couples de Chinois à avoir deux enfants, jeudi 29 octobre, la Chine met fin à la politique de natalité la plus autoritaire au monde. Volonté de doper la croissance économique, découverte des avortements forcés… francetv info revient sur les moments qui ont marqué 36 ans de politique de l'enfant unique, à travers les reportages diffusés par des médias francophones.

1980 : la propagande célèbre les "petits empereurs"

La mort de Mao en 1976 fait entrer la Chine communiste dans une période de course à la croissance. Son successeur, Deng Xiaoping, veut pousser le pays vers la modernisation. C'est dans cette optique que naît en 1979 la politique de l'enfant unique.

Le système, conçu d'abord comme des primes versées aux familles resserrées, se transforme rapidement en amendes contre les parents ayant un deuxième bambin. Le but du gouvernement est clair : éviter la surpopulation, et ainsi relancer la croissance économique.

Le 20 octobre 1980, sur TF1, un reportage décrit les problèmes entraînés par la surpopulation et montre des images de propagande sur les bienfaits de l'enfant unique. La réforme est alors vue comme bénéfique, et serait une solution au manque d'écoles et d'infrastructures sociales.

Très vite, les affiches de propagande recouvrent les murs des villes chinoises. Les premiers nés, alors appelés "petits empereurs", se voient identifiés grâce à un petit livret rouge, véritable clé pour une éducation gratuite ainsi qu'un service de santé à bas coût, comme l'explique ce reportage de la chaîne suisse RTSI.

1996 : le monde découvre les "enfants noirs"

Après celle des "petits empereurs", apparaît la génération des "enfants noirs", ces cadets qui n'ont ni papiers, ni sécurité sociale et n'ont pas le droit d'être inscrits à l'école. Pour le gouvernement chinois, ils n'existent tout simplement pas. 

Le planning familial chinois lance alors une immense campagne de sensibilisation pour inciter les femmes à utiliser des moyens de contraception. France 2 a suivi quelques-unes des 8 millions de volontaires de la région du Sichuan qui sillonnent les campagnes pour porter la parole gouvernementale.

2006 : "Aimez les filles", demandent les autorités

Malgré les efforts du gouvernement chinois, les inégalités continuent de se creuser. Désormais plus d'un milliard, les Chinois occupent une place de choix dans l'économie mondiale, mais la politique économique du pays pénalise les campagnes. Les amendes infligées en cas de naissance d'un deuxième enfant creusent les écarts. 

Lorsque les parents ne peuvent ni assumer les frais d'un deuxième enfant, ni se permettre de payer l'amende, ils préfèrent donner naissance à un garçon, pour perpétuer la lignée familiale et prendre soin d'eux pendant leurs vieux jours. Conséquence, les avortements sélectifs, parfois sans hospitalisation, sont nombreux. On estime que 400 millions d'enfants ne sont pas nés à cause des pressions du gouvernement chinois, rapporte Le Monde.

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En 2006, craignant une "crise des célibataires", le gouvernement lance la campagne "aimez les filles" pour lutter contre les infanticides. Une prime est alors offerte en cas de naissance d'une fille, et ses parents peuvent même avoir un deuxième enfant s'ils le souhaitent. Comme l'explique ce reportage de France 2, c'est un réel assouplissement de la politique de natalité chinoise.

Mais la révolte gronde. En 2007, les familles des zones rurales manifestent contre le gouvernement. Dans la province du Guangxi, où des fonctionnaires distribuent des amendes aux familles nombreuses, 50 000 manifestants appellent le gouvernement à assouplir les contrôles, allant jusqu'à mettre le feu à des bâtiments officiels.

2011 : le gouvernement croit encore au "succès formidable" de cette politique

Après trente ans de limitation des naissances, la population vieillit, et des experts s'interrogent sur le bien-fondé de cette politique à long terme. Comment les enfants uniques pourront-ils payer les retraites de leurs parents ? Si le gouvernement accorde de nouvelles exceptions, les experts chinois, interrogés par des journalistes de France 2, ne croient pas à la fin de ce système.

2015 : un espoir de "baby boom" ?

Le 29 octobre 2015, un vote historique du Parti unique met bel et bien fin à la loi de l'enfant unique. Tous les Chinois ont désormais le droit d'avoir un deuxième enfant sans conditions. Le gouvernement espère ainsi relancer la croissance démographique du pays, qui souffre d'une population vieillissante, comme l'explique Alain de Chalvron, correspondant de France 2 sur place.

En 36 ans, la culture de l'enfant unique s'est inscrite dans les mœurs de la société chinoise. Selon une enquête du réseau social chinois Sina Weibo, seulement 30% des 150 000 personnes interrogées souhaiteraient avoir un deuxième enfant.

En cause : le coût de la vie dans les zones urbaines, considéré comme trop élevé par les jeunes Chinois. Le "baby boom" attendu par le gouvernement ne semble donc pas être à l'horizon.

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