Chine : une journaliste arrêtée pour diffusion de secrets d'Etat

(Bobby Yip Reuters)

Une journaliste chinoise de 70 ans est accusée par la police d'avoir divulgué des informations confidentielles. Pour les mêmes raisons, Gao Yu avait été emprisonnée en 1993. Cette professionnelle reconnue, lauréate de plusieurs prix internationaux, avait soutenu le mouvement de Tiananmen, il y a près de 25 ans.

A quelques jours du 25e anniversaire des
manifestations réprimées de Tiananmen à Pékin, la journaliste Gao Yu est apparue jeudi matin à la
télévision d'Etat chinoise pour une confession publique. Officiellement, cette
journaliste et militante est accusée d'avoir divulgué des secrets d'Etat.
Une interpellation qui n'étonne pas les organisations de protection de la
presse, à l'approche d'un calendrier surveillé par les autorités : la date anniversaire de la répression du 4 juin 1989. 

Une arrestation confirmée par une confession 

C'est par le biais d'un reportage sur la China Central Television,
contrôlée par l'Etat, que les amis de Gao Yu ont eu des explications sur son absence. Ils
ont vu son visage flouté lors d'un reportage et entendu sa voix décliner des "aveux". Une confession publique liée à des accusations
portant sur des secrets d'Etat, donnés des contacts étrangers.

"Je suppose être responsable d'actions qui ont
enfreint la loi et porté atteinte aux intérêts du pays. J'ai commis une grosse
erreur. J'admets ma culpabilité et je tire les leçons de cette expérience, de
façon honnête et sincère."

La journaliste, selon la police chinoise, a été arrêtée le 24 avril
et placée sous mandat de dépôt criminel. Son dernier tweet date du 23 avril.

Ce n'est pas la première fois que la journaliste fait l'objet de ce genre d'accusations. Pour le même motif, portant sur les
secrets d'Etat, elle a été condamnée en 1993 à six ans de prison. La journaliste
avait ouvertement soutenu le mouvement pro-démocratie de Tiananmen en 1989.

Ces dernières années, Gao Yu a été récompensée par plusieurs
prix internationaux. Elle a notamment reçue en 1997, le premier Prix mondial de
la liberté de la presse de l'Unesco.

Une inquiétude relayée en France

Dès le 29 avril, l'organisation Reporters sans frontières
(RSF) avait fait état de la disparition de la journaliste
, six jours plus tôt.
Elle n'avait pas rejoint des amis, pour la commémoration d'un évènement lié à la répression de Tiananmen. RSF avait rapporté son témoignage datant
du 22 avril auprès de confrères australiens. Gao Yu leur avait confié
avoir été "menacée par des officiers de la sécurité d'Etat ".

Selon le responsable du bureau Asie-Pacifique de Reporters sans
frontières, Benjamin  Ismaïl, le contexte
politique à l'approche du 4 juin est évident :

"Les arrestations d'opposants, d'anciens leaders du
rassemblement, de voix dissidentes sont malheureusement monnaie courante à  cette époque de l'année."

Gao Yu devait se rendre le 3 mai à Hong Kong, pour
participer à une conférence sur la journée internationale de la liberté de la
presse.