CETA : "Combien de temps va-t-on donner plus de droits aux multinationales au détriment des populations et de la planète ?"

La directrice générale de Foodwatch, Karine Jacquemard, le 5 octobre 2017.
La directrice générale de Foodwatch, Karine Jacquemard, le 5 octobre 2017. (FRANCEINFO)

De nombreuses voix s'élèvent pour demander aux députés français de ne pas ratifier l'accord de libre-échange entre l'Europe et le Canada.

Un rassemblement est prévu mardi 16 juillet au soir devant l'Assemblée nationale qui s'apprête à ratifier le CETA, un accord de libre-échange entre l'Europe et le Canada. Une ratification qui suscite beaucoup d'hostilité.

À la veille du vote, plus de 70 organisations dont Attac, Greenpeace, la CGT ou encore l'UFC Que Choisir, ainsi que des députés canadiens demandent solennellement aux députés de ne pas ratifier l'accord. Karine Jacquemart, directrice générale de Foodwatch France, a dénoncé mardi sur franceinfo le CETA qui, selon elle, s’appliquera "au détriment des droits sociaux et de la protection de la planète". Elle se demande "combien de temps" encore va-t-on donner "plus de droits aux multinationales, au détriment des populations et de la planète" ?

franceinfo : Pourquoi cet accord est-il dangereux ?

Karine Jacquemart : Parce que cet accord, tout comme l'accord avec le Mercosur, le Brésil et autres pays d'Amérique du Sud, est une vraie épée de Damoclès. Pourquoi ? Parce que le vrai but, c'est de contourner ou de supprimer toutes les règles y compris des règles sociales et environnementales. Il ne s'agit plus seulement de baisser les tarifs douaniers, mais de supprimer les règles. Alors qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu'en effet, il y a des règles différentes.

Par exemple, le Canada nourrit encore son bétail avec des farines animales et utilise des antibiotiques comme des activateurs de croissance.Karine Jacquemart, directrice générale de Foodwatch Franceà franceinfo

Et ça, ce n'est pas le cas en Europe et pourtant on va les importer. Mais surtout, il y a des mécanismes qui vont nous empêcher de décider de nouvelles règles plus protectrices en Europe.

Le cas du bœuf nourri aux farines animales, n'est-ce pas la caricature et l'épouvantail qui est sorti pour résumer un texte de 500 pages ?

Non pas du tout parce que le diable se cache dans le détail. Qu'est-ce qui se passe ? Il se passe que le Canada, le Brésil et beaucoup d'autres pays n'aiment pas beaucoup le principe de précaution qu'on a en Europe et voient dans certaines règles, comme l'interdiction de l'importation du bœuf aux hormones, comme certaines règles sur les OGM, comme des barrières au commerce. Il se trouve qu'ils nous ont déjà attaqués par le passé devant l'Organisation mondiale du commerce parce qu'ils ne respectent pas le principe de précaution. Et on a perdu à chaque fois. Ça ne veut pas dire qu'on a dû autoriser l'importation de bœuf aux hormones. Soyons très clairs, ça va rester interdit, mais ça veut dire qu'on a dû payer des compensations. Donc, on aurait dû faire quoi dans le CETA ? On aurait dû dire noir sur blanc, Canada, Brésil pour le Mercosur, vous devez vous engager à ne pas nous attaquer.

Le gouvernement dit que ce sont de nouvelles opportunités qui s'ouvrent avec cet accord. Vous n'êtes pas contre le commerce ?

On a toujours dit qu'on n'était pas contre les accords de commerce, mais à condition qu'ils respectent les droits sociaux, les populations et la protection de l'environnement. On a documenté, la Commission Schubert, indépendante, commissionnée par le gouvernement, a documenté des risques. On ne joue pas sur les peurs. On parle de risques qui sont documentés et on ne voit pas pourquoi on prendrait ces risques pour la protection de la santé, du climat, la justice sociale, environnementale qui est urgente en Europe. Pourquoi ? Pour quel bénéfice économique ? Il n'y a pas d'étude d'impact crédible qui nous fasse penser que ça vaille le coup. Et de toute façon, la protection des citoyens doit être prioritaire.

Pour vous, cet accord est de la mondialisation sauvage ?

Des accords de commerce sont évidemment possibles à condition qu'ils ne soient pas au détriment des droits sociaux de la protection de la planète. Les priorités sont suffisamment claires et ça donne des droits encore plus grands aux multinationales. Pendant combien de temps on va donner plus de droits aux multinationales au détriment des populations et de la planète. Ça suffit ! Il faut remettre les priorités à leur place et la majorité est en train de faire un jeu vraiment antidémocratique, parce qu'au lieu d'avoir un vrai débat, calme, démocratique, public, ils nous font passer cette loi de ratification en quelques semaines à peine en plein été, quand on ne peut pas avoir de débat. En plus, la majorité dit des contrevérités.

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