Pérou : cinq questions après le suicide d'un ancien président

Un portrait d\'Alan Garcia lors de la veillée funèbre après le suicide de l\'ex-chef de l\'Etat péruvien, mercredi 17 avril à Lima
Un portrait d'Alan Garcia lors de la veillée funèbre après le suicide de l'ex-chef de l'Etat péruvien, mercredi 17 avril à Lima (ERNESTO BENAVIDES / AFP)

Alors que la police pénétrait dans son domicile pour le placer en détention provisoire, l'ancien chef d'Etat péruvien, Alan Garcia, s'est suicidé. Il était visé par une vaste enquête de corruption, au même titre que trois autres anciens présidents.

Au petit matin, mercredi 17 avril, des policiers se présentent au domicile de l'ancien chef d'Etat du Pérou, Alan Garcia, à Lima. L'homme de 69 ans les aperçoit, se dirige vers sa chambre en expliquant qu'il va appeler son avocat, et se tire une balle dans la tempe, comme le raconte le journal péruvien La Républica, cité par Courrier International.

Transféré immédiatement dans un hôpital de la capitale, il est décédé de ses blessures dans la journée. Trois jours de deuil national ont été décrétés par le gouvernement. La famille a cependant refusé d'accepter les honneurs d'Etat pour les obsèques, comme le veut la coutume pour les anciens présidents. Alan Garcia était sous le coup d'une enquête pour corruption menée par la justice péruvienne depuis un an. Franceinfo fait le point sur cette affaire qui éclabousse, au-delà du Pérou, la classe politique de plusieurs pays d'Amérique latine.

Qui était Alan Garcia ?

Dirigeant de l'Alliance populaire révolutionnaire américaine (APRA, social-démocrate), cet avocat de formation a été le plus jeune président de la République péruvien, de 1985 à 1990, avant d'être réélu de 2006 à 2011. Entre ses deux mandats, il s'est réfugié en France jusqu'en 2001, alors que son successeur souhaitait l'arrêter.

Que lui reprochait la justice ?

Alan Garcia était poursuivi pour blanchiment d'argent présumé dans le cadre d'une enquête lancée il y a un an. Il était notamment suspecté d'avoir reçu des pots-de-vin de la part du géant du BTP brésilien Odebrecht, pour obtenir la construction du premier métro de Lima. Odebrecht a d'ailleurs récemment reconnu avoir versé des pots-de-vin à deux des plus proches collaborateurs de l'ancien chef de l'Etat ayant des comptes en Andorre, comme le rapporte Le Monde.

Quel est le contexte de cette enquête au Pérou ?

Les agissements d'Odebrecht sont en réalité liés à ceux du géant pétrolier brésilien, Petrobras. Petrobras est au cœur de "l'opération Lava Jato", du nom d'une enquête tentaculaire anti-corruption, lancée il y a six ans.

Odebreht est accusé d'avoir distribué des pots-de-vin dans plusieurs pays d'Amérique latine (Pérou, Brésil, Venezuela) et d'Afrique pour obtenir des appels d'offre de Petrobras. Selon le ministère américain de la Justice, 788 millions de dollars ont été distribués par l'entreprise du BTP brésilienne pendant plus d'une décennie. Au Pérou, Odebrecht a reconnu avoir versé 29 millions de dollars entre 2005 et 2014 pour obtenir de juteux contrats.

Quelle était la défense de l'ancien président péruvien ?

Ces dernières semaines, Alan Garcia s'était defendu d'avoir perçu des pots-de-vin de la part d'Odebrecht. La veille de son suicide, il avait assuré qu'il ne se cacherait pas et ne demanderait pas l'asile. Car l'ex-chef d'Etat avait tenté à plusieurs reprises ces derniers mois d'échapper à la justice : il avait déjà fui en Espagne avant que la justice péruvienne ne lui ordonne de revenir à Lima. En novembre 2018, il a demandé l'asile diplomatique à l'Uruguay, qui lui avait été refusé. Son interdiction de sortie du territoire avait été prononcée dans la foulée.

D'autres dirigeants péruviens sont-ils concernés ?

Alan Garcia n'est pas le seul homme politique péruvien qui était visé. Trois autres anciens présidents, Alejandro Toledo (2001-2006), Ollanta Humala (2011-2016) et Pedro Pablo Kuczynski (2016-2018), sont aussi dans le collimateur de la justice dans cette même affaire Odebrecht. Le premier est en fuite depuis 2017 aux Etats-Unis. Le président Humala a de son côté été un temps placé en détention provisoire, avant d'être libéré neuf mois plus tard. 

Une semaine avant le suicide d'Alan Garcia, Pedro Pablo Kuczynski, âgé de 80 ans, a lui aussi été placé en détention provisoire pour soupçons de corruption dans cette affaire Odebrecht, lorsqu'il était Premier ministre d'Alejandro Toledo. Après l'annonce du suicide de son prédecesseur, il a été admis en soins intensifs dans une clinique de Lima à cause d'une pression artérielle élevée.  

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